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Coupe du monde 2026 : Un pasteur de Dallas critique la politique raciste de Donald Trump.

Les Bleus ont affronté l’Espagne à Dallas ce mardi après avoir passé les trois quarts de la Coupe du monde sur la côte est des États-Unis. Eric Folkerth, pasteur méthodiste unie de Kessler Park à Dallas, a déclaré : « J’aimerais vous dire que la société américaine est beaucoup plus diverse que l’image qui en est souvent donnée dans les médias. »


De notre envoyé spécial à Dallas,

Après avoir passé la majeure partie de la Coupe du monde sur la côte est des États-Unis, les Bleus se sont finalement installés à Dallas pour affronter l’Espagne ce mardi. Dallas, ville emblématique de JR et de Sue Helen, avec ses pick-up éclatants et son univers impitoyable. Toutefois, il faut se méfier des apparences, comme nous l’avons appris tout au long de notre road-trip américain débuté le 11 juin dernier. Si cette image de l’Amérique est bien un cliché, elle est souvent bien plus diverse et complexe qu’on ne le pense.

C’est dans ce Texas fortement républicain, où l’on chasse le sanglier à la mitrailleuse depuis des hélicoptères, que nous avons récemment rencontré un pasteur méthodiste atypique. Eric Folkerth, chanteur de folk à ses heures, est un fervent opposant à Trump, qu’il combat au quotidien au sein de sa communauté, depuis son Église méthodiste unie de Kessler Park, située dans un quartier huppé de Dallas. En entrant dans son église, nous avons été accueillis par un silence impressionnant, propice à partager ses préoccupations dans un pays qui a volontairement redonné les pleins pouvoirs à Donald Trump après un premier mandat tumultueux.

Il affirme aimer le soccer, mais cela semble davantage relever de la diplomatie. Sur un meuble en acajou près de son bureau en chêne massif, on trouve surtout des photos et des figurines de basketball et de football américain. Les murs de son bureau exposent des photos et des cadres qui en disent long sur lui. On le voit ici célébrer un mariage entre deux femmes à une époque où cette pratique était encore prohibée par l’Église méthodiste unie. Une initiative qui aurait pu lui coûter cher, mais il s’en est sorti sans trop de dégâts, comme en témoigne une photo où il apparaît entouré de deux policiers, menottes aux poignets mais le sourire aux lèvres, devant la Maison-Blanche.

« J’ai fait encadrer le reçu de mon arrestation, c’est comme une sorte de trophée », confie-t-il avec un sourire espiègle qui ne le quitte pas. « Nous manifestions en soutien aux migrants et à la politique migratoire de Barack Obama qui, bien que moins terrifiante que celle de Trump, était tout de même abominable. Ce jour-là, nous étions cent treize responsables religieux à participer à cette action de désobéissance civile devant la Maison-Blanche. »

Quand on lui demande ce que signifie être un pasteur progressiste dans ce Texas ultra-conservateur, Eric Folkerth prône la nuance. Selon lui, Dallas a beaucoup évolué, devenant aujourd’hui « une goutte de bleu [couleur du parti démocrate] dans un océan de rouge [couleur des Républicains] ». Il ajoute : « C’est une ville très différente de l’image que beaucoup se font du Texas. Lors des élections, les démocrates y remportent souvent la majorité des voix, même si elle était auparavant très conservatrice. Comme dans de nombreuses grandes villes américaines, la tendance s’est progressivement inversée. »

Cela n’empêche pas que Dallas soit un des principaux lieux d’opérations de l’ICE, la politique migratoire de Trump. Bien que cette réalité soit restée en arrière-plan pendant la Coupe du monde, les expulsions massives n’ont jamais cessé, comme nous avons pu le constater en juin. C’est ici qu’Eric Folkerth collabore avec des militants anti-ICE. Leur dernière réussite? Avoir persuadé une entreprise locale de renoncer à un projet d’emprisonnement d’immigrés clandestins.

« L’idée était de transformer des entrepôts prévus pour le stockage de marchandises en lieux de détention humaine », s’indigne-t-il. « Ces bâtiments n’étaient tout simplement pas adaptés. Mais grâce à notre mobilisation, l’entreprise a dû faire marche arrière. Nous considérons cela comme une victoire. Le projet pourrait être déplacé ailleurs, mais il n’aura pas lieu ici. »

Son église propose également une aide matérielle et juridique aux personnes ciblées par l’ICE, incluant des femmes et des hommes qu’on voit parfois entrer dans un bâtiment discret de la banlieue de Dallas, pensant y avoir un simple rendez-vous administratif, sans jamais en ressortir. Il se souvient d’une femme d’origine mexicaine entrant accompagnée de ses deux grands enfants, pendant que le père attendait sur le parking avec leur nourrisson.

Trois heures plus tard, désireux d’avoir des nouvelles, l’homme a finalement rejoint sa femme dans les locaux de l’ICE. « Peu après, la mère est ressortie avec les trois enfants, mais le père a été retenu. Il n’était là que pour soutenir sa femme, mais ils l’ont arrêté simplement parce qu’il était entré avec son bébé pour demander de l’eau », souffle-t-il. « Voilà la réalité de ce que fait l’ICE à Dallas. En renvoyant les pères de famille, ils espèrent que le reste de la famille les suivra. »

Ému en évoquant ce souvenir pénible, Eric Folkerth s’interroge sur la dérive de son pays : « Comment avons-nous pu en arriver à un tel degré de folie ? » Pour ce chrétien fervent, les actions du président des États-Unis – qui se présente sur Truth comme Jésus envoyé sur terre pour sauver les peuples – sont en contradiction totale avec les valeurs des Écritures.

« Jésus disait que nous devons aimer tout le monde : aimer Dieu, aimer notre prochain et nous aimer nous-mêmes. C’est ce qui m’oppose à certains chrétiens évangéliques. Dans notre Église, nous essayons d’accueillir tout le monde. D’autres courants évangéliques affirment que le christianisme doit nous séparer, comme si nous étions supérieurs aux autres. Je crois qu’ils se trompent. »

Dans son église, où il organise parfois des prières collectives devant les bureaux de l’ICE, Eric Folkerth essaie de convaincre ces représentants du courant MAGA de retrouver la raison. Mais il craint que « les dégâts causés par Fox News et les influenceurs d’extrême droite véhiculant des faits alternatifs et une idéologie raciste soient irréversibles ». Dans un pays où deux camps s’affrontent avec une violence croissante, aborder la possibilité d’une guerre civile ne semble plus impensable.

« Il y a dix ans, j’aurais dit qu’une telle chose était impossible aux États-Unis, mais aujourd’hui, beaucoup de personnes que je connais sont de plus en plus préoccupées. Et moi aussi. Il ne faudrait pas beaucoup pour que les tensions s’exacerbent, et avec la prévalence des armes, la situation devient très inquiétante. » Néanmoins, cet homme de foi garde espoir. Avant que nous partions, il tenait à partager un message avec les Français.

« J’aimerais vous dire que la société américaine est beaucoup plus diverse que l’image souvent véhiculée par les médias, et bien plus complexe que celle idéale rêvée par Donald Trump. Il est important de comprendre qu’il existe toujours d’autres voix aux États-Unis. Nous sommes là. Nous continuons à défendre nos valeurs, comme nous l’avons toujours fait. » Amen, cher frère.