Sport

Coupe du monde 2026 : Cédric Kanté déclare qu’« sans équipe africaine en quarts, on serait très loin du compte »

Cédric Kanté, ancien capitaine du RC Strasbourg, regrette les éliminations des équipes africaines, notamment de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire, de la République démocratique du Congo et du Sénégal, après quatre jours de 16es de finale de la Coupe du monde 2026. Au cours de cette compétition, le Sénégal a mené 2-0 contre la Belgique avant de s’incliner 3-2 après prolongation.

En tant qu’ancien capitaine du RC Strasbourg, Cédric Kanté exprime sa « unique satisfaction » au lendemain du match captivant entre la Belgique et le Sénégal (3-2 après prolongation) : la bonne entrée en jeu du piston du Racing Diego Moreira. Après quatre jours de 16es de finale de la Coupe du monde 2026, l’ancien international malien (43 sélections) déplore les éliminations consécutives de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire, de la République démocratique du Congo et du Sénégal.

L’ex-défenseur central, qui a participé à deux CAN (2008 et 2012) avec les Aigles du Mali, a évoqué ce jeudi pour 20 Minutes un point d’étape sur le Mondial des dix nations africaines engagées, en mettant l’accent sur la déception de la Côte d’Ivoire, la désillusion du Sénégal, et les déclarations « au mieux maladroites » de Rudi Garcia.

Le Malien Cédric Kanté (à gauche) affronte ici le Nigéria de Yakubu Aiyegbeni, lors de la Coupe d'Afrique des nations 2008 au Ghana.
Le Malien Cédric Kanté (à gauche) affronte ici le Nigéria de Yakubu Aiyegbeni, lors de la Coupe d’Afrique des nations 2008 au Ghana.  - R. Blackwell/AP/SIPA

En deux soirées, la Côte d’Ivoire, la RDC et le Sénégal ont été éliminés, tous trois ayant concédé un but à la 86e minute. Quels points communs voyez-vous entre ces éliminations ?

Ces cas sont très différents. La RDC a presque réussi un hold-up grâce à un but très tôt dans le match (7e), mais la tâche était trop difficile. Les Anglais ont eu tant d’occasions que, lorsque l’égalisation est survenue, on pouvait presque deviner le dénouement (1-2). L’équipe a démontré qu’elle était plus forte que la somme de ses individualités. Cette fin de match est à la fois cruelle et presque sans regrets, tant l’adversaire était supérieur, surtout Harry Kane. Je considère que c’est une élimination justifiée, contrairement à celles de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.

Comment expliquez-vous la contre-performance ivoirienne face à la Norvège mardi (1-2) ?

Les Ivoiriens ont eu des occasions et ont dominé le jeu, possédant une équipe de grande qualité. Cependant, ils n’ont pas su concrétiser leurs chances, notamment Yan Diomandé et Ange-Yoan Bonny, que j’avais pu espérer plus constants dans cette compétition. Diomandé semble moins efficace depuis qu’il est sous les projecteurs, et les adversaires s’adaptent.

Il semble qu’il y ait presque trop de joueurs de talent dans cet effectif. Des stars comme Bonny et Elye Wahi sont arrivées, ce qui oblige le staff à modifier les compositions. La Côte d’Ivoire a peut-être aussi manqué de maturité. Avec deux désillusions consécutives en CAN, cela commence à peser.

Le manque d’expérience évoqué par Franck Kessié face à une équipe de Norvège, qui n’avait pas connu de Mondial depuis 1998, représente-t-il un complexe d’infériorité par rapport au football européen ?

Je ne le pense pas. Les joueurs ivoiriens ont remporté des titres et participent à des Coupes du monde, certains, comme Franck Kessié, ont connu de grands clubs, mais leur vécu collectif reste limité. La Côte d’Ivoire et le Sénégal ne sont pas des équipes qui ont l’habitude d’avancer en Coupe du monde.

Reste à savoir si un aspect émotionnel entre en jeu, avec cette tendance à perdre le rythme en cours de match. Cela pourrait expliquer cette situation, car ces deux équipes étaient clairement supérieures, et je peine à comprendre comment elles peuvent être éliminées aujourd’hui.

Ici en défense face à Erling Haaland mardi, Franck Kessié estime que la Côte d'Ivoire a payé le prix d'une inexpérience internationale, face à une Norvège... n'ayant pourtant participé à aucune Coupe du monde depuis l'édition 1998 en France.
Ici en défense face à Erling Haaland mardi, Franck Kessié estime que la Côte d’Ivoire a payé le prix d’une inexpérience internationale, face à une Norvège… n’ayant pourtant participé à aucune Coupe du monde depuis l’édition 1998 en France.  - M. van Dorst/DeFodi Images/SIPA

Je suppose que l’incompréhension est d’autant plus forte concernant le Sénégal, qui menait 2-0 à la 85e contre la Belgique…

Le cas du Sénégal est le plus problématique, étant donné la grande différence de niveau affichée par rapport aux Belges pendant la majorité du match. Mais comme pour la Côte d’Ivoire, le Sénégal doit apprendre à gérer des effectifs très talentueux.

Lorsque l’on a uniquement des « joueurs de Ligue des champions », les jeunes staffs en place risquent-ils de laisser certains sur le banc plusieurs matchs d’affilée ? J’ai l’impression que Pape Thiaw a ressenti le besoin de faire participer son groupe durant ses changements mercredi.

Il faut parfois faire des choix : Deschamps a sa hiérarchie, et même si Zaïre-Emery a peut-être été meilleur qu’Hakimi contre le Bayern cette saison, Jules Koundé et Manu Koné restent prioritaires. Cherki, même s’il ne doit jouer que trente secondes, jouera ces trente secondes.

Si Pape Gueye, qui était le meilleur joueur sur le terrain, est remplacé à la 66e minute, c’est parce qu’il y a sur le banc un joueur comme Lamine Camara, capable d’être titulaire. On se dit qu’en l’intégrant, le niveau de l’équipe ne baissera pas, et il en est de même pour l’entrée de Pape Matar Sarr. Cependant, l’équipe n’a pas su garder le contrôle à ce moment-là.

Pape Thiaw fait face à de nombreuses critiques au Sénégal concernant sa gestion de la fin de match. A-t-il pu penser que la qualification en 8es était acquise ?

Cela se pourrait, car les Sénégalais ont dominé le match. Néanmoins, on ne parle pas d’un match où l’on fait des changements à 3-0 à la 80e minute lors d’une CAN contre le Burundi. Je pense que ces substitutions étaient un peu prématurées, même si sa logique est compréhensible. Au final, les entrants du Sénégal n’ont rien apporté, contrairement à Moreira et Lukaku du côté belge. Il faudra réfléchir à ces défaites pour l’Afrique subsaharienne, mais sans non plus surinterpréter les résultats.

Le Lyonnais Moussa Niakhaté (à droite) tente de consoler son jeune coéquipier Lamine Camara, après la folle élimination subie par les Lions de la Teranga, mercredi à Seattle contre la Belgique.
Le Lyonnais Moussa Niakhaté (à droite) tente de consoler son jeune coéquipier Lamine Camara, après la folle élimination subie par les Lions de la Teranga, mercredi à Seattle contre la Belgique.  - E. Erturk/Anadolu/AFP

Que pensez-vous des déclarations controversées du sélectionneur belge Rudi Garcia après la rencontre ?

En évoquant « ces équipes-là » qui « perdent leur structure tactique vers la fin du match », pensez-vous qu’il dénigre le football africain dans son ensemble ?

Quand je parle du football africain, j’inclus souvent ma propre expérience. Je regrette d’avoir fourni des arguments à Rudi Garcia, lui ayant donné du crédit. Sa déclaration est au mieux maladroite, au pire empreinte de clichés. Il a ensuite reculé après avoir donné des leçons tactiques à Pape Thiaw.

Mais pendant 80 minutes, Garcia ne se montrait pas très serein face à la mauvaise performance de son équipe. Peu importe les conseils qu’il pourrait donner, le football évolue très rapidement. S’il peut me prouver qu’aucune équipe, ailleurs qu’en Afrique, n’a mené 2-0 et ensuite s’est fait égaliser, qu’il me le fasse savoir…

Faut-il s’interroger sur un arbitrage prétendument défavorable aux nations africaines, comme l’affirment certains sur les réseaux sociaux après Belgique-Sénégal ?

Non, je ne le pense pas. Lors du premier tour, il était possible de croire que le statut des joueurs influençait les décisions. Dans le match Angleterre-Ghana (0-0), on sait que si Harry Kane avait été à la place de Prince Adu lors d’une contre-attaque, l’arbitre aurait sifflé penalty immédiatement. Mais dans les matchs à élimination directe, rien ne m’a choqué.

Concernant l’égalisation belge, est-ce que Niakhaté ne joue pas plus la faute que le duel ? Et sur le penalty obtenu via le VAR, il y a bien faute de Lamine Camara, qui était mal positionné. Quand on voit Pathé Ciss au sol dans la surface durant plusieurs minutes, il faut rester digne…

Cette Coupe du monde peut-elle encore, malgré tout, représenter une réussite pour le football africain ?

Nous avons eu neuf équipes africaines sur dix en 16es de finale ; deux des trois meilleures équipes sont maintenant éliminées. Nous nous réveillons donc avec une certaine désillusion. Si le Sénégal était passé, psychologiquement, cela aurait pu débloquer quelque chose et il aurait pu aller très loin, car je le voyais difficilement éliminé par des États-Unis déjà privés de Balogun.

Un quart de finale en Coupe du monde [comme en 2002] aurait été un véritable « game changer » pour les Sénégalais, et cela fait encore plus de regrets. Si aucune équipe africaine n’atteint les quarts, nous serons très loin du compte.

Notre dossier sur la Coupe du monde 2026

Le Maroc, demi-finaliste au Qatar, a annoncé vouloir remporter ce Mondial. En a-t-il les capacités, alors qu’il affrontera le Canada en 8es samedi ?

Dans une émission avant le Mondial, on m’a demandé si une équipe africaine pouvait gagner cette Coupe du Monde. J’avais répondu que non, que c’était beaucoup trop tôt, même pour le Maroc et le Sénégal, qui sont les deux meilleures équipes du continent. Les Marocains se rapprochent, ils ont de l’ambition et Saibari a pris une nouvelle dimension. Mais est-ce qu’ils croiseraient avec l’équipe de France en quarts ? Enfin, non en fait pour la victoire finale (sourire).