
Botola Pro : La vague portugaise ne déferle pas sur les bancs
L’afflux important d’entraîneurs portugais dans le championnat marocain ces dernières semaines a suscité des réactions. Ces techniciens semblent partager une méthodologie commune plutôt qu’un simple réseau d’influence. Cette évolution soulève des questions sur la place des entraîneurs locaux.
Il n’existe toujours pas de liaison souterraine entre le Maroc et la péninsule ibérique, mais la connexion est désormais rapide. La saison prochaine, six des seize clubs de Botola Pro seront dirigés par un entraîneur portugais : Paulo Sérgio (Wydad), Pedro Gonçalves (AS FAR), Rui Almeida (MAS), Ricardo Formosinho (FUS), Jorge Paixão (CODM) et Ricardo Chéu (DHJ).
À cette liste s’ajoutent le nouveau directeur sportif et technique du Raja, Rogério Matias, ainsi que le directeur de l’académie, Silveira Ramos. Cela confirme qu’il s’agit d’une tendance plutôt que d’un simple concours de circonstances.
À moins que les entraîneurs portugais n’apprennent l’arabe, les joueurs auraient tout intérêt à acquérir quelques notions de portugais. Les raisons de cet afflux sont multiples et seront examinées plus en détail.
Si l’on devait identifier un point central au sein de la communauté des entraîneurs portugais, ce serait probablement Fernando Da Cruz.
Thiago Lima chez les U17 et João Sacramento avec les A
Fernando Da Cruz, qui a été tour à tour directeur technique puis manager de l’AS FAR, a sans doute été celui qui a véritablement lancé la tendance « luso » au Maroc. Son travail au sein du club de la capitale a attiré l’attention de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Il a été nommé directeur technique en juin 2024, avant de rejoindre cet été l’Afrique du Sud pour prendre le poste de manager des Kaizer Chiefs.
Affirmer que Fernando Da Cruz a œuvré pour placer des entraîneurs portugais dans le championnat marocain serait un raccourci et une interprétation erronée de la situation. Cependant, son travail a indéniablement contribué à mettre en avant la méthode portugaise. Cela a convaincu la FRMF de confier les U17 à Tiago Lima et de nommer João Sacramento comme premier adjoint de Mohamed Ouahbi pour l’équipe A.
En réalité, l’idée d’une confrérie qui s’accorde des faveurs est loin de la vérité. Le point commun entre la majorité des entraîneurs présents dans le championnat marocain réside dans leur capacité d’adaptation, éprouvée au fil de leurs nombreuses expériences, ainsi que dans leur goût pour l’expatriation.
L’école portugaise est aujourd’hui reconnue comme une référence en Europe et dans le monde. Le nouvel entraîneur du Wydad Athletic Club, Paulo Sérgio, en est un exemple frappant. « L’école portugaise est aujourd’hui une référence en Europe et dans le monde », souligne un cadre technique à Médias24. « José Mourinho, Ruben Amorim, Nuno Espírito Santo, Marco Silva ou encore Abel Ferreira sont autant de techniciens qui ont contribué à renforcer l’image du savoir-faire portugais. »
Les entraîneurs portugais partagent effectivement une base méthodologique commune. Beaucoup ont été formés selon les principes de la périodisation tactique, développée par Victor Frade, professeur à l’Université de Porto. Cette approche place le modèle de jeu au cœur de l’entraînement et vise à développer simultanément les dimensions physique, technique, tactique et mentale, plutôt que de les traiter séparément.
C’est une orientation stratégique que la Direction technique nationale a souhaité instaurer dès le lancement du programme de formation des jeunes footballeurs, initié par la FRMF et mis en œuvre par Evosport, une filiale de l’Université Mohammed VI polytechnique. Il est donc logique que les clubs suivent cette direction, sans y être nécessairement contraints, car le profil des entraîneurs portugais présente de nombreux attraits.
Niveau de vie et proximité géographique avec le Portugal
Bien qu’ils n’aient pas tous joué à un niveau élevé, ils maîtrisent presque tous les autres aspects, du scouting à la tactique, en passant par la préparation physique et la psychologie, sans oublier la communication. Leur savoir-faire est d’autant plus efficace lorsqu’ils participent également au recrutement des joueurs dont le profil s’aligne avec leur philosophie de jeu.
Un autre facteur à considérer est à la fois financier et géopolitique. En raison des conflits au Moyen-Orient, le Maroc est perçu comme un havre de paix, où la qualité de vie est particulièrement attrayante. Les salaires y garantissent un bon niveau de vie. De plus, la proximité géographique avec le Portugal joue également un rôle dans le choix des entraîneurs lusitaniens.
En somme, le made in Portugal est devenu un gage de qualité à l’international, et le Maroc compte bien en tirer profit. Cependant, cette vague d’entraîneurs portugais soulève une question plus délicate : celle de la place accordée aux entraîneurs marocains. Si les clubs se tournent de plus en plus vers des entraîneurs portugais, c’est aussi parce qu’ils doutent parfois de la compétence locale ou de la qualité de la formation des entraîneurs nationaux. « Le constat qui en ressort, c’est aussi que les coachs locaux ne sont pas en vogue. Cela doit remettre en question la formation des entraîneurs marocains », conclut notre interlocuteur.
