
Sahara : Intense bataille préélectorale avant les législatives
Trois partis de la majorité, Istiqlal, PAM et RNI, se disputent désormais les sièges des provinces sahariennes, jusque-là terrain quasi acquis à l’Istiqlal. Le scrutin du 23 septembre porte sur 13 sièges au total pour les deux régions sahariennes (Laâyoune, Boujdour, Es-Smara, Aousserd, Oued Eddahab, Tarfaya).
À deux mois des élections du 23 septembre, les provinces du Sud vivent une compétition d’une intensité sans précédent. Cette élection dépasse le simple enjeu des sièges, car elle est liée à l’établissement de l’autonomie des provinces du sud.
L’essentiel
• Trois partis de la majorité, Istiqlal, PAM et RNI, se disputent les sièges des provinces sahariennes, traditionnellement dominées par l’Istiqlal.
• Le scrutin du 23 septembre concerne un total de 13 sièges pour les deux régions sahariennes (Laâyoune, Boujdour, Es-Smara, Aousserd, Oued Eddahab, Tarfaya).
• Ce vote a lieu dans un contexte stratégique : résolution 2797 du Conseil de sécurité adoptée fin octobre 2025, le mandat de la Minurso se terminant le 31 octobre 2026, et la perspective d’un passage à la phase institutionnelle du plan d’autonomie.
• Un événement politique majeur cet été : le ralliement au PAM de Yanja El Khattat, président de la région Dakhla-Oued Eddahab, qui était auparavant un pilier de l’Istiqlal.
• À Laâyoune, l’Istiqlal demeure en position forte grâce à Hamdi Ould Errachid, mais le PAM cherche à miser sur le retour de Mohamed Salem Joumani.
• Le RNI s’appuie sur son bilan en matière de grands chantiers (ports, dessalement, énergie) et sur le potentiel déplacement d’Akhannouch dans la région pour influencer les investitures.
Les détails
Le Parti de l’Istiqlal a toujours été un acteur clé dans les élections au Sahara. Cependant, cette fois-ci pourrait être différente. Sa position est menacée. Les sièges des prochaines législatives risquent d’être répartis entre les trois principaux partis : Istiqlal, PAM et RNI, comme le montre les récents ralliements et l’agitation politique continue sur le terrain.
Les enjeux
Les ralliements, le mouvement politique, les meetings et les rencontres entre dirigeants font partie d’un enjeu qui va au-delà des législatives. En toile de fond, se trouve l’application du plan d’autonomie au Sahara. Depuis la résolution 2797 du Conseil de sécurité, le dossier est entré dans une phase concrète. Pour les partis, le Sahara devient un marqueur crucial de crédibilité nationale.
Le débat politique ne se concentre plus sur la souveraineté marocaine, un point de consensus, mais sur qui est le mieux placé pour accompagner le nouveau développement du dossier. Chaque parti tente de prouver qu’il a les meilleures connexions avec les provinces du Sud et qu’il est le plus apte à convertir les acquis diplomatiques en développement économique et social. Les thématiques évoluent, passant de « défendre la marocanité du Sahara » à « développer le Sahara ».
Les élus de septembre seront parmi les premiers acteurs de l’après-règlement. Le scrutin a lieu quelques semaines avant l’expiration du mandat de la Minurso, fixé au 31 octobre 2026. Ceux qui contrôleront la représentativité parlementaire, les conseils régionaux et les communes pourront légitimement « parler au nom des populations » lorsque l’autonomie débutera sa phase institutionnelle. Cela explique probablement la ferveur actuelle. À noter que les élections de ce mois de septembre concernent uniquement la Chambre des représentants. Les élections pour les communes, les régions et la Chambre des conseillers sont prévues pour 2027.
La répartition des sièges
Le poids parlementaire des régions sahariennes est stratégique : participation historiquement élevée, décisions influencées par les notables, et dans certaines circonscriptions, quelques milliers de voix peuvent faire basculer un siège.
Pour les circonscriptions locales, la répartition est la suivante :
Aousserd : 2 sièges.
Oued Eddahab : 2 sièges.
Boujdour : 2 sièges.
Es-Smara : 2 sièges.
Laâyoune : 3 sièges.
Tarfaya : 2 sièges.
Cela représente un total de 13 sièges pour les deux régions du Sud, auxquels s’ajoutent Guelmim-Oued Noun, une porte d’entrée des provinces sahariennes, avec 8 sièges.
Les forces en présence
Trois partis, chacun membre de la majorité gouvernementale et en concurrence directe sur le terrain, mettent en avant leurs atouts et réalisations.
Le RNI présente un bilan axé sur les investissements, les ports, le dessalement, les routes, l’énergie et le tourisme. Son atout réside dans l’action publique et les grands projets au Sud. Selon des sources locales, Akhannouch prévoit de visiter la région pour avoir un impact sur les négociations pré-électorales. Il revient au parti après sa démission précédente et redevient l’homme fort du RNI, surpassant le président Chaouki.
L’Istiqlal s’appuie sur sa profondeur historique. Il revendique une longue tradition nationaliste sur la question du Sahara ainsi qu’une structure bien établie dans les provinces du Sud. C’est aujourd’hui le parti à battre.
Le PAM aborde la compétition avec une attitude conquérante. Il a récemment multiplié les ralliements régionaux, transformant chaque adhésion en preuve de force. Son objectif : attirer des notables influents et établir, région par région, un pôle capable de rivaliser avec l’Istiqlal. Le PAM a renoué avec Joumani et a attiré la famille Khatatt à Dakhla.
Une cartographie rapide du pouvoir local
Dans les provinces sahariennes, les électeurs votent moins pour des programmes que pour des réseaux. Trois figures clés se dessinent.
Ould Errachid, à Laâyoune. Hamdi Ould Errachid est le pivot de l’Istiqlal dans le Sud. Son rôle est décrit comme coordinateur du parti dans les trois régions méridionales et gestionnaire des investitures. Son influence est indiscutable grâce à ses liens avec la mairie de Laâyoune et divers réseaux tribaux.
El Khattat, à Dakhla. Le ralliement au PAM de Yanja El Khattat, président de la région Dakhla-Oued Eddahab, marqué en juillet, constitue un bouleversement. Sa transformation du camp Ould Errachid en une rivalité ouverte PAM-Istiqlal change la donne au sein du paysage politique.
Joumani, à Laâyoune. Le PAM espère également ouvrir un second front grâce au retour de Mohamed Salem Joumani, exclu du parti en 2023. Ce renforcement de l’équipe PAM à Laâyoune n’est pas encore suffisant pour renverser la tendance, l’Istiqlal conservant actuellement le réseau le plus solide.
Ce qui se joue, c’est certes l’attribution des sièges lors des élections du 23 septembre, mais surtout une redéfinition des élites. La vraie question reste : qui sera présent autour de la table lorsque l’autonomie sera mise en œuvre ? Qui dirigera l’exécutif régional, représentera les tribus et dialoguera avec les grands investisseurs ?
Sous cet angle, Boujdour, Aousserd et Smara deviennent également des lieux de rivalité, tout comme Guelmim Oued Noun, où le RNI détient des atouts solides.
