
Financement de l’économie : le véritable test après l’appel royal
Dans son discours du Trône, le Roi Mohammed VI a placé le financement au centre de la transformation économique et sociale du Maroc. Les banques, les marchés de capitaux et les investisseurs institutionnels sont appelés à mieux orienter les ressources vers les petites et moyennes entreprises (PME), l’innovation, l’industrie et l’exportation.
Le message adressé au secteur financier établit une responsabilité claire. Le financement doit devenir l’un des moteurs de la transformation productive du Maroc.
Lors de son discours du Trône du 29 juillet 2026, le Roi Mohammed VI a exhorté le secteur financier national à élargir qualitativement l’accès aux financements bancaires et non bancaires, en particulier pour les PME, l’innovation, l’industrialisation et l’exportation. Le Souverain a également souligné la nécessité d’une mobilisation plus efficace de l’épargne nationale, notamment institutionnelle.
Pour le Souverain, le rôle du secteur financier est crucial, car la dynamique de transformation économique et sociale nécessite « la mobilisation de ressources financières d’une envergure inédite, dont l’essentiel doit provenir de financements domestiques ». L’objectif est de donner « un coup d’accélérateur à la dynamique de développement du Maroc émergent ».
Cette orientation remet la finance dans sa fonction économique première, celle de transformer l’épargne disponible en investissement productif. Elle introduit également une exigence de qualité. Le volume des financements est important, mais leur destination, leur durée, leur coût et leur capacité à soutenir les entreprises porteuses de croissance sont encore plus déterminants.
La question centrale devient alors celle de l’allocation du capital. Quelles entreprises ont accès aux ressources, dans quelles conditions et pour financer quels projets ?
La création d’emplois commence par le financement des entreprises. Pour Zakaria Garti, analyste économique et financier, la portée du discours royal peut se résumer en une formule : « La création d’emplois se finance ». Son analyse met en lumière deux contraintes qui se renforcent mutuellement : le financement des entreprises et le capital humain.
Une entreprise disposant de ressources limitées investit peu dans ses équipements, sa technologie, son développement commercial et ses compétences. Sa capacité de croissance reste ainsi contenue, tout comme ses recrutements. À l’échelle nationale, cette réalité pèse sur la création d’emplois et réduit les opportunités offertes aux jeunes diplômés.
Garti estime que les orientations royales doivent être interprétées à la lumière de trois chiffres. « La part du crédit bancaire destinée au secteur privé réel serait passée de plus de 65% à environ 40% en vingt ans. Seules 22% des entreprises disposeraient aujourd’hui d’un prêt bancaire, tandis que plus de 90% de leurs besoins de trésorerie seraient couverts par autofinancement », explique-t-il.
Ces données décrivent un tissu productif largement dépendant de ses ressources internes.
L’autofinancement offre une certaine autonomie, certes, mais il impose aussi aux entreprises un rythme de développement lié aux bénéfices déjà réalisés. Une PME souhaitant lancer une nouvelle unité de production, investir dans une technologie, obtenir une certification ou conquérir un marché extérieur doit souvent mobiliser des ressources supérieures à sa capacité d’autofinancement.
L’accès au financement devient alors une condition essentielle pour changer d’échelle. Une entreprise mieux capitalisée investit davantage, améliore sa productivité, élargit ses marchés et crée des emplois. Elle peut également offrir des perspectives professionnelles plus attractives aux profils qualifiés.
Zakaria Garti établit ainsi un lien direct entre capital financier et capital humain, ce qui donne au débat une portée plus large.
Selon lui, un pays où 84,9% des chômeurs sont diplômés gaspille une partie de son capital humain lorsque les entreprises restent trop fragiles pour absorber les compétences disponibles.
Des entreprises sous-capitalisées investissent peu dans la technologie, la formation et l’organisation. Elles créent moins de postes qualifiés et offrent des perspectives salariales plus limitées. Cette situation alimente un décalage entre l’effort de formation et la capacité d’emploi de l’économie.
Le capital financier permet aux entreprises de croître, de se moderniser et de recruter. Le capital humain améliore la productivité et la rentabilité des investissements. La dynamique fonctionne lorsque les deux progressent ensemble.
Une politique de financement centrée sur l’innovation, l’industrie et l’exportation peut contribuer à créer des emplois à plus forte valeur ajoutée. Elle peut également rapprocher les besoins des entreprises des compétences produites par le système éducatif et universitaire.
La question du financement rejoint ainsi celle du contenu de la croissance. Une économie financée principalement vers des activités peu productives crée des emplois limités en nombre et en qualité. À l’inverse, une économie orientant davantage de ressources vers la technologie, l’industrie et les services exportables élargit les débouchés pour les profils qualifiés.
Le discours royal évoque explicitement les financements bancaires et non bancaires. Cette formulation ouvre la voie à une diversification plus profonde des instruments financiers.
Le système marocain reste principalement structuré autour du crédit bancaire. Les banques occupent une place centrale dans le financement de l’économie. Leur activité repose sur l’évaluation du risque, la solidité financière des emprunteurs, leur capacité de remboursement et la disponibilité de garanties.
Cette architecture répond efficacement aux besoins de nombreuses entreprises établies, mais montre davantage de limites face aux jeunes sociétés, aux projets innovants, aux investissements industriels longs et aux entreprises familiales en phase d’accélération.
Ces profils disposent parfois de peu d’actifs à offrir en garantie. Leur potentiel repose davantage sur leurs perspectives de croissance, leur technologie, leur savoir-faire ou leurs débouchés futurs.
Le développement de financements complémentaires prend ici tout son sens. On peut citer le capital-investissement, le capital-risque, la dette privée, les obligations, les quasi-fonds propres, les fonds sectoriels, les mécanismes de garantie ou l’introduction en bourse.
Chaque instrument répond à une étape précise de la vie d’une entreprise.
Zakaria Garti estime que l’appel royal trace, à cet égard, une feuille de route visant à « approfondir les marchés de capitaux, développer le capital-investissement et la dette privée, élargir l’usage des quasi-fonds propres et faciliter l’accès des PME à la cotation en bourse, et orienter l’épargne longue (institutionnelle comme celle de notre diaspora) vers l’investissement productif ».
Cette transformation suppose également une évolution au sein des entreprises. Ces instruments financiers exigent une information financière fiable, une gouvernance structurée et une plus grande transparence.
La modernisation du financement rejoint ainsi celle du tissu entrepreneurial.
L’appel royal à élargir qualitativement l’accès au financement introduit une distinction essentielle entre volume et impact.
Accroître les encours de crédit ou multiplier les dispositifs financiers produit des effets limités lorsque les ressources restent concentrées sur les acteurs déjà les mieux servis. La transformation économique suppose une allocation plus fine du capital.
Cette qualité se mesure à travers plusieurs dimensions, dont la part des ressources destinée aux PME, l’accès des entreprises jeunes ou innovantes, la durée des financements et la capacité à accompagner différentes natures d’investissements et d’investisseurs.
Elle repose aussi sur le coût du financement. Une entreprise peut accéder à un crédit tout en supportant des conditions peu compatibles avec la rentabilité ou la maturité de son projet. Les activités industrielles, technologiques et exportatrices nécessitent souvent des horizons longs, des périodes de grâce et des montages flexibles.
La qualité de l’accès dépend enfin de l’accompagnement. Une PME a parfois besoin d’un soutien en gouvernance, en structuration financière, en stratégie commerciale ou en préparation de son ouverture du capital.
Le financement devient alors un service global, combinant ressources, conseil et mise en relation.
Trois priorités structurantes apparaissent dès lors que nous parlons de financement.
La première concerne l’accès au financement. Une grande partie des PME reste contrainte par la faiblesse des garanties, le coût du crédit, le manque de fonds propres et des outils financiers insuffisamment adaptés.
La deuxième porte sur l’allocation du capital. Les ressources doivent aller davantage vers les activités capables d’améliorer la productivité, de renforcer le contenu industriel de l’économie, de soutenir les exportations et de créer des emplois qualifiés.
La troisième relève de l’accompagnement. Les entreprises ont besoin de financements, mais aussi d’une meilleure gouvernance, d’une information financière plus fiable et d’un soutien dans leur stratégie de croissance.
Ces trois dimensions forment une seule chaîne. Ainsi, le discours royal esquisse une doctrine financière tournée vers la transformation productive.
Sa portée se mesurera à travers des indicateurs concrets. On peut citer la part du financement allant aux PME, le volume de fonds propres mobilisés, le nombre d’entreprises accompagnées vers l’export, la progression du capital-investissement, le développement de la dette privée et les emplois créés.
Le Maroc dispose d’une épargne, d’un système bancaire solide, d’investisseurs institutionnels et de marchés financiers en développement. Le défi consiste à mieux connecter ces ressources aux entreprises capables de porter la prochaine étape de croissance.
La réussite dépendra aussi de la qualité des projets, de la gouvernance des entreprises et de leur capacité à transformer les ressources mobilisées en investissements productifs.
Le financement devient pleinement productif lorsqu’il permet à une entreprise d’investir, de gagner en taille, d’améliorer sa productivité, d’innover et de recruter. L’ultime indicateur sera donc le nombre d’entreprises qui auront changé d’échelle, conquis de nouveaux
