Maroc

Coupe du monde 2026 : le Maroc ne se décourage pas après son épopée.


Les Lions de l’Atlas ont été éliminés en quart de finale de la Coupe du monde 2026 après une aventure qui a débuté le 22 mai au Complexe Mohammed VI de Salé et a duré quatre semaines. Le sélectionneur Mohamed Ouahbi a convoqué un groupe de joueurs pour un rassemblement préparatoire avant la finale du tournoi, durant lequel certains joueurs confirmés étaient absents en raison de leurs engagements en club.


Avant la conclusion de leur aventure américaine et une élimination en quart de finale face à la France, les Lions de l’Atlas et leurs supporters ont vécu une expérience inoubliable. Cette histoire a débuté le 22 mai au Complexe Mohammed VI de Salé et a tenu un peuple en haleine pendant quatre semaines. Voici le récit de cette aventure.

Un succès en Coupe du monde peut rendre un peuple extrêmement heureux, et même s’arrêter en quart de finale n’est pas une honte, surtout quand ce parcours suscite autant d’émotions. Les hommes de Mohamed Ouahbi ont offert au pays une parenthèse enchantée, une parenthèse que l’on aurait aimé voir durer éternellement.

Quatre ans après la défaite en demi-finale au Qatar, l’élimination lors du Mondial 2026 ressemble à une victoire. Il ne faut pas s’attendre à ce que nos Lions portent le poids du destin national trop lourdement, mais ils incarnent désormais une tradition, une idée de résistance face aux épreuves du temps, sans jamais altérer l’ambition ni le statut d’une équipe qui a toujours rêvé grand.

Ce sont deux aventures collectives plutôt que de simples histoires de jeu, deux épopées qui se caractérisent par le don de soi et le sens de l’autre. Les Lions de l’Atlas, exemplaires sur le terrain comme dans leurs déclarations, n’ont pas à rougir de leur parcours américain. Partagés entre fierté et déception, ils peuvent être satisfaits d’avoir maintenu le Maroc parmi les grandes nations du football mondial.

Voyons plus en détail comment cette aventure a commencé au Complexe Mohammed VI de Salé. Certains joueurs sont arrivés le 22 mai dans le calme de ce complexe, lieu de vie des équipes nationales à tous les niveaux. C’était le point de départ d’une aventure qui aurait pu durer près de deux mois si tout s’était bien déroulé. Ce soir-là, ils étaient 28 autour de la table, dont le tant attendu Ayyoub Bouaddi.

Cependant, seulement la moitié d’entre eux aurait la chance de prendre l’avion pour traverser l’Atlantique quelques jours plus tard, car plusieurs internationaux confirmés étaient excusés en raison d’une fin de saison chargée en club. Le sélectionneur national voulait aussi donner une chance à ceux qui n’en avaient jamais eu, tout en montrant aux autres que leurs places n’étaient pas garanties.

Durant quatre jours d’entraînement intense, des habitués comme Ayoub El Kaabi, Munir El Kajoui et Anas Salah-Eddine ont dû briller, tout en ayant des novices en équipe nationale, tels que Soufiane Benjdida et Yanis Bagraoui, dans le rétroviseur. Il s’est avéré par la suite que ces derniers étaient principalement là pour maintenir leurs aînés en forme plutôt que de véritables options pour le Mondial. Ils n’ont pas pris mal cette occasion manquée lorsqu’a été annoncée la liste des 26 mondialistes.

Pour ce qui est des premiers choix de Mohamed Ouahbi, peu de surprises, à l’exception de l’énigme Ayoube Amaimanou, qui a continué d’intriguer jusqu’à la fin du Mondial. Une seule ombre au tableau, la convocation de Nayef Aguerd, encore convalescent, qui allait devoir lutter contre le temps pour faire partie d’une défense centrale finalement performante sans lui. Mohamed Ouahbi croyait jusqu’au bout en sa récupération.

Le sélectionneur est conscient que les premiers jours de préparation d’un grand tournoi sont cruciaux et peuvent devenir rapidement un talon d’Achille pour une sélection en compétition. Dès le 28 mai, le staff a pu individualiser le travail physique et procéder à une remise à niveau, intégrant même le ballon dans presque tous les exercices. Malgré cela, les Lions de l’Atlas présents ont tout de même subi un entraînement exigeant qui, bien que fatiguant, porterait ses fruits pendant la compétition. Madagascar, battu 4-0 à Rabat, en fait l’amère expérience lors d’un match préparatoire à sens unique, mais ce dernier révélait l’influence grandissante d’Ismael Saibari dans le dispositif de Mohamed Ouahbi.

On pouvait pressentir que le faux numéro neuf avait aussi de réelles qualités d’attaquant en inscrivant un doublé, ce qui lui a permis de se débarrasser des critiques précédentes. Il est toujours préférable de ne pas embarquer avec des doutes. Cette victoire, bien que contre une équipe peu compétitive, a renforcé l’ambiance positive du groupe depuis le début du rassemblement.

Le défi de réussir le mélange générationnel au sein de l’équipe nationale est également significatif. Les rassemblements de mars et mai ont servi à écarter ceux dont le comportement ne serait pas compatible avec la vie commune durant plusieurs semaines. Le président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, observe d’un œil amusé la vie de ce groupe auquel il est attaché. Il taquine des joueurs comme Achraf Hakimi, entretenant une belle complicité, et apprécie les échanges avec le staff lors des entraînements.

Cependant, personne n’aurait pu prévoir l’imprévu qui s’est produit la semaine précédant le début du tournoi. Alors que le moment du premier match contre la Seleção approchait, Ouahbi devait faire face à des imprévus liés à son mandat, commencé à peine quatre mois auparavant. Ce fut un dimanche où les Lions de l’Atlas avaient retrouvé des repères face à une équipe compétitive, la Norvège, lors d’un match préparatoire. Cette confiance a rapidement été ébranlée après la blessure d’Abdessamad Ezzalzouli. Sur une action anodin, l’attaquant s’est effondré en se tenant le genou, quittant ses coéquipiers en larmes à la fin d’une première mi-temps qu’il avait dominée.

Cette situation a semblé comprometteuse pour le joueur de Séville. Pour couronner le tout, Nayef Aguerd a également dû faire ses adieux, ne s’étant pas remis d’un mal aux adducteurs persistant depuis des mois. Bien que le sélectionneur ait ressenti le coup, il a gardé son sang-froid, affichant une bonne humeur et un optimisme sans faille.

L’entrée en lice face au Brésil a affirmé sa confiance dans ses joueurs, et vice versa. Le brillant parcours d’Ismael Saibari durant la phase de groupes, ayant marqué 3 buts en 3 matchs, a validé le choix du sélectionneur et lui a accordé du crédit auprès de ses joueurs. La qualification pour les huitièmes assurée après deux matchs a permis au staff de faire tourner l’équipe contre Haïti, dans une rencontre qu’ils n’avaient pas l’intention de marquer dans les annales.

Cela a été tout le contraire de la fabuleuse qualification pour les huitièmes de finale contre les Pays-Bas, qui a conduit des centaines de milliers de Marocains à célébrer dans les rues, tant au pays qu’à l’étranger. Tellement beau à voir, avec des milliers de personnes affichant leur amour pour leur pays et leur fierté d’être marocaines. Ces démonstrations de patriotisme, spontanées et sincères, ne peuvent être générées que par le football.

À tel point que même la qualification pour les quarts de finale contre le Canada, attendue et moins spectaculaire que la précédente, n’a pas suscité moins d’enthousiasme tant du côté des Lions de l’Atlas que de leurs supporters. À ce stade de la compétition, l’objectif d’aller jusqu’au bout n’était pas qu’un voeu pieux, mais un véritable objectif commun. Malgré les blessures d’Ismael Saibari et de Chadi Riad, qui compliquaient la tâche tandis que l’équipe nationale se dirigeait vers une rencontre difficile contre la France, l’espoir demeurait.

Dans sa communication, Ouahbi a semblé faire passer le message que la qualification n’était pas impossible. Toutefois, il a paradoxalement et implicitement laissé transparaître un message contradictoire envers ses joueurs en proposant un plan de jeu restrictif, maintenant tous ses attaquants axiaux sur le banc. En alignant plus de milieux de terrain que nécessaire, il a privé l’équipe de profondeur et de la possibilité d’inquiéter la défense française. Yassine Bounou a joué le rôle de héros jusqu’à l’heure de jeu, avant de céder sous une frappe de Kylian Mbappé.

Malgré la tristesse engendrée par une défaite frustrante, où les Lions de l’Atlas n’ont jamais pu rivaliser à armes égales, le staff et les joueurs ont quitté le tournoi avec honneur. Ce fut une juste reconnaissance de l’humilité et de la sérénité que cette sélection a su maintenir tout au long de ces deux mois. Pendant cette période, la joie de vivre, sans exubérance, a caractérisé un groupe qui a tout fait pour aller le plus loin possible et rendre ses supporters fiers.

Pour l’instant, les Lions de l’Atlas sont en congé, des vacances bien méritées. Ils auront le temps de réfléchir à leurs prochaines conquêtes. En ligne de mire, la Coupe d’Afrique des nations 2027, suivie de l’objectif de se mesurer lors du Mondial 2030 à domicile, une belle occasion pour confirmer que la patience est un arbre à racine amère, mais aux fruits doux.