
Hongrie : Un ancien haut magistrat écarté par Orban devient président
Andras Baka, ancien président de la Cour suprême hongroise, a été élu président de la République lors d’une session extraordinaire du Parlement mardi. Cette élection, qui a vu Baka recueillir 140 voix en sa faveur contre six votes contre et aucune abstention, est perçue comme un pas vers le rétablissement de l’État de droit en Hongrie. Les députés, membres du parti Tisza, qui détient une majorité des deux tiers depuis les élections législatives d’avril, espèrent que son parcours judiciaire renforcera la crédibilité de cette démarche.
Le Premier ministre pro-européen, Péter Magyar, a exprimé son soutien à Baka, le qualifiant de « digne d’incarner l’unité de la Nation » et saluant son engagement en faveur de l’État de droit. À 73 ans, Baka représente une figure emblématique, ayant déjà défié Viktor Orbán, Premier ministre depuis 2010, en s’opposant à des réformes qu’il considérait comme une atteinte à l’indépendance judiciaire.
Le choix de Baka, qui a été écarté de son poste en 2012 après avoir dénoncé une réforme visant à abaisser l’âge de départ à la retraite des juges, est un symbole fort. Son limogeage avait été reconnu par la Cour européenne des droits de l’homme comme étant motivé par des raisons politiques. Bulcsu Zsiga, analyste au Centre pour l’analyse politique équitable, souligne que son retour à un poste de responsabilité envoie un message clair aux partenaires européens de la Hongrie et assure que la démocratie libérale suivra une voie définie.
Initialement, Péter Magyar avait proposé la présidence à Judit Polgar, championne d’échecs, qui a décliné l’offre. Tisza a ensuite opté pour Baka parmi trois candidats lors d’un vote à bulletins secrets. Le Fidesz, le parti de Viktor Orbán, a annoncé son boycott du scrutin, le qualifiant d’« illégitime » en raison du raccourcissement du mandat de l’ancien président, Tamás Sulyok, par la nouvelle majorité parlementaire.
Des organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, ont critiqué cette éviction, la comparant aux méthodes d’Orbán pour remodeler les institutions. Baka avait déclaré à l’AFP que cette destitution ne devrait pas avoir eu lieu dans un pays respectant l’État de droit, qualifiant la Hongrie d’« État captif sous Orbán ».
Péter Magyar a précisé que Baka ne devrait exercer qu’une partie de son mandat, jusqu’à la réécriture de la Constitution, un processus qui devrait durer entre un an et un an et demi. Le Premier ministre a promis d’initier des consultations dès le mois prochain.
