Fraude aux visas à Alger : dossiers à 25 000 €, enquête sur BLS
Un nouveau développement vient d’éclabousser l’affaire de fraude présumée aux visas espagnols à Alger. Après l’arrestation de Vicente Moreno, ancien chancelier du consulat, et de l’employé local Mohamed B., l’Audience nationale espagnole se tourne désormais vers le prestataire indien BLS, chargé de la gestion des rendez-vous consulaires.
D’après des informations recueillies par THE OBJECTIVE auprès de sources judiciaires, l’enquête menée par la juge María Tardón, du Tribunal central d’instruction n° 3, fait suite à des alertes émises par l’ambassade d’Espagne en Algérie. Celles-ci ont été déclenchées par des agents du ministère de l’Intérieur ayant identifié un réseau criminel impliqué dans la délivrance frauduleuse de visas Schengen pour l’Espagne.
Ce scandale remonte à 2025, lorsque des hommes d’affaires espagnols avaient signalé au ministère des Affaires étrangères des blocages fréquents des visas professionnels au consulat d’Alger. Leurs lettres évoquaient un système de corruption au sein de la représentation diplomatique. Selon l’instruction, ce réseau aurait monnayé l’obtention de titres de séjour, réinjectant ses bénéfices illicites dans le marché automobile espagnol.
Le réseau, dirigé par l’ex-chancelier, est accusé d’avoir organisé un trafic de visas et de permis de séjour ou de travail, facilitant ainsi une immigration clandestine de ressortissants algériens vers l’espace Schengen. Les candidats ne remplissant pas les critères légaux devaient payer pour faire valider leurs demandes à l’aide de faux documents. Ce système criminel s’étendait au-delà d’Alger, avec des relais assurant la régularisation et le maintien de ces ressortissants en situation légale dans la zone Schengen, y compris en France.
La juge Tardón s’efforce également d’identifier tous les complices impliqués. En avril dernier, l’épouse algérienne de l’ex-chancelier a été mise en examen, sans être placée en détention. Le réseau bénéficiait d’une double complicité, associant des fonctionnaires espagnols du consulat à du personnel local algérien occupant des postes clés dans le traitement des dossiers.
L’enquête s’étend également aux sociétés sous-traitantes. La justice espagnole a découvert que des employés d’entreprises comme BLS filtrent les demandes, favorisant celles des familles prêtes à verser des pots-de-vin au réseau. Les montants demandés pour ce traitement prioritaire pouvaient atteindre jusqu’à 25 000 euros par dossier, un chiffre déjà relevé par la police au début de l’affaire.
En 2016, le ministère espagnol des Affaires étrangères avait confié la gestion des rendez-vous de visa à la société indienne BLS pour un montant de 175 millions d’euros. Ce choix avait suscité des controverses en raison des antécédents de la société, déjà impliquée dans des scandales en Inde et aux États-Unis. Depuis l’attribution de ce marché à VFS Global en 2011, la diplomatie espagnole a régulièrement externalisé ce service à des entreprises indiennes.
Les véritables victimes de ce trafic sont les citoyens algériens qui effectuent des démarches régulières. Les membres du réseau bloquaient délibérément les créneaux des professionnels et des étudiants au profit de dossiers frauduleux, car traiter des demandes légales ne leur rapportait aucun bénéfice financier.
Le volet financier de cette escroquerie reposait sur la collecte d’espèces par des intermédiaires, qui redistribuaient les fonds en fonction de l’implication de chaque membre du réseau. Pour dissimuler l’origine illicite des fonds, l’organisation procédait à l’acquisition systématique de véhicules, contournant ainsi la surveillance des flux financiers tout en maximisant les profits. Les enquêteurs ont déjà noté des signes extérieurs de richesse chez les suspects, tant en Espagne qu’en Algérie.
Le juge d’instruction a retenu de lourdes charges contre les mis en examen. En plus du blanchiment de capitaux, le dossier inclut quatre autres infractions majeures : aide à l’immigration irrégulière, falsification documentaire par des fonctionnaires, trafic d’influence et association de malfaiteurs.
