
Voiture électrique : le SUV de Ford, un cheval de Troie chinois en Europe ?
Ford a annoncé la construction d’un SUV compact à Valence, en Espagne, qui sera basé sur la plateforme électrifiée GEA de Geely. Le lancement de ce modèle est prévu pour 2029. Ce choix marque un tournant pour le constructeur américain, qui dispose désormais de peu d’architectures propres pour ses véhicules électrifiés en Europe.
Cette collaboration, révélée en juillet dernier, a été confirmée par An Conghui, le président de Geely Auto Group, lors d’une présentation aux analystes le 17 août. La GEA, ou Global Intelligent Electric Architecture, permettra d’intégrer des motorisations entièrement électriques ainsi que des hybrides rechargeables. Des modèles utilisant cette plateforme sont déjà en circulation en Europe, comme le Geely EX5, un SUV entièrement électrique, et le Starray, un SUV hybride rechargeable. Renault, de son côté, a également adapté cette architecture pour ses futurs modèles au Brésil.
Actuellement, Ford s’appuie sur des plateformes tierces pour ses nouveaux modèles. Les SUV électriques Explorer et Capri, par exemple, utilisent la plateforme MEB de Volkswagen. À partir de 2028, Renault fournira également une citadine électrique et un SUV dérivé à Ford.
Le seul modèle de Ford qui reposera sur une base propre sera le Bronco, également prévu à Valence en 2028. Ce modèle se distinguera par un design et une dynamique inspirés des véhicules de rallye emblématiques de la marque, bien que le châssis et la batterie proviennent de Chine.
L’usine de Valence, exploitée par une coentreprise entre Ford et Geely, recevra un investissement de 221 millions d’euros de Centurion Industries, une filiale de Geely, pour 34 % de la propriété du site. Cette opération vise à réduire les risques liés au développement d’une nouvelle ligne de production. Menacée de fermeture, l’usine pourra désormais produire plusieurs modèles, dont le Geely EX5, qui sera fabriqué sur place dès 2028.
Avec une capacité de production d’environ 500 000 véhicules par an, l’usine d’Almussafes est actuellement sous-utilisée, ne fonctionnant qu’à 30 % de sa capacité avec le seul modèle Kuga. L’ajout du Bronco et des SUV Geely permettra de maximiser l’utilisation de cette installation.
Les avantages douaniers de cette opération sont également notables. Les véhicules électriques importés de Chine sont soumis à des droits d’importation élevés, mais les assembler en Espagne permettra de contourner ces frais et de répondre aux futures exigences de production « Made in Europe » imposées par l’Union européenne.
An Conghui a également exprimé l’intention de localiser la chaîne d’approvisionnement, sans entrer dans les détails. Ce modèle de coentreprise, similaire à un précédent accord en Corée du Sud, illustre une nouvelle tendance où les entreprises chinoises prennent l’initiative dans des partenariats avec des marques occidentales.
Geely vise à atteindre 400 000 ventes annuelles en Europe avec ses marques Geely, Lynk & Co et Zeekr, alors que seulement 25 000 véhicules ont été vendus au premier semestre 2026. Cette dynamique souligne l’importance de Ford en tant que tremplin pour le constructeur chinois sur le marché européen.
Pour les consommateurs français, ce SUV de 2029 sera un modèle Ford assemblé en Espagne, utilisant une technologie chinoise, avec des options électriques et hybrides rechargeables. Les détails concernant le nom et le prix de ce véhicule restent à définir, et le projet est encore à un stade préliminaire. La performance du châssis sera déterminante pour évaluer si l’héritage de rallye de Ford se traduira par des caractéristiques tangibles sur ce nouveau modèle.
