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Explosion à Monaco : Les hypothèses sur l’attaque contre Vadim Ermolaev.

Vadim Ermolaev, 58 ans, a été grièvement blessé fin juin à Monaco par un engin explosif, aux côtés de sa compagne et de son fils de 13 ans. La police ukrainienne a confirmé la découverte du corps d’Anastassia Berezovska, présentant des « blessures par balles à la tête », et l’arrestation de deux suspects liés à l’affaire.


C’est une affaire qui évoque un film d’espionnage. La victime est Vadim Ermolaev, 58 ans, un homme d’affaires ukrainien très riche, gravement blessé fin juin à Monaco par un engin explosif placé à l’entrée d’un immeuble de standing, aux côtés de sa compagne et de son fils de 13 ans. La suspecte est Anastassia Berezovska, une Ukrainienne de 39 ans, déguisée en homme sous un bob noir, actuellement recherchée dans toute l’Europe. La tournure des événements : elle a été retrouvée morte, avec des « blessures par balles à la tête ».

La police ukrainienne a annoncé ce mardi la découverte du corps de Berezovska en Ukraine ainsi que l’arrestation de deux suspects. Il s’agit d’un « ancien membre des forces de l’ordre » et d’un « employé actuel » de la Direction générale du renseignement (GUR) du ministère ukrainien de la Défense. Des contacts ont été établis entre la quadragénaire, rentrée en Ukraine quelques jours après l’explosion, et les deux hommes, incluant des virements d’argent. Sont-ils les commanditaires de l’attaque à Monaco ? Et si oui, pour quelles raisons ? 20 Minutes fait le point sur les hypothèses.

Un assassinat commandité par le gouvernement ? L’employé de la Direction générale du renseignement (GUR) du ministère de la Défense ukrainien a avoué avoir tué Anastassia Berezovska, en collaboration avec un ancien agent des forces de l’ordre. Il précise avoir agi seul, sans « informer ses supérieurs ». Ils ont été mis en détention, « soupçonnés d’avoir commis des meurtres dans le cadre d’un complot antérieur mené par un groupe de personnes », selon le média ukrainien Glavcom. La police ukrainienne a indiqué que l’enquête implique le GUR, les services de sécurité (SBU) et le Parquet général.

L’implication des forces de sécurité des deux hommes alimente l’hypothèse d’un assassinat commandité par l’État, relayée sur les réseaux sociaux pro-russes. Vadim Ermolaev figure parmi les hommes d’affaires les plus riches d’Ukraine. Il a renoncé à sa citoyenneté en 2017 pour devenir ressortissant chypriote. Dans une interview accordée à Forbes Ukraine en 2024, citée par Le Kyiv Independent, il avait expliqué avoir changé de passeport pour bénéficier d’une « protection internationale ». Il avait déclaré : « Le système judiciaire ukrainien, pour le dire gentiment, n’est pas idéal, et le système fiscal n’est pas objectif ».

En 2023, le président Volodymyr Zelensky avait imposé des sanctions de dix ans à cet oligarque, qui vit à Monaco depuis le début de la guerre, l’accusant de collaboration avec la Russie en poursuivant ses activités économiques en Crimée. Ermolaev possédait notamment une entreprise de boissons alcoolisées sur ce territoire, qu’il est accusé d’avoir continué de contrôler via des intermédiaires après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Il dément ces accusations, affirmant avoir « tenté » de récupérer ses investissements « en vain ». Il avait également déclaré avoir versé 83 millions de hryvnias (environ 1,6 million d’euros) pour l’effort de guerre ukrainien.

Un règlement de compte commercial ? De nombreux analystes s’interrogent sur la pertinence de la piste gouvernementale. « Je ne vois aucun motif politique derrière l’attaque », affirmait l’analyste politique Volodymyr Fesenko au Kyiv Independent. « Quelqu’un comme lui a eu une carrière suffisamment longue et trouble, teintée de zones d’ombre, pour s’être attiré un certain nombre d’ennemis », analysait pour 20 Minutes Sébastien Gobert, spécialiste de l’Europe centrale et orientale et auteur de L’Ukraine, la République et les oligarques (Tallandier).

Les commanditaires de l’attaque pourraient-ils être liés aux affaires de Vadim Ermolaev ? Originaire de Dnipro, ce riche homme d’affaires a fondé le groupe Alef et investi dans les secteurs de l’agroalimentaire, de l’immobilier, des matériaux de construction et des équipements médicaux. En 2023, pour échapper aux sanctions, une grande partie de ses biens ont été transférés à sa fille, selon une enquête du site Glavcom publiée en 2025.

Plus récemment, son fils Arthur Ermolaev a également été mis en cause dans une enquête concernant des centres d’appels illégaux en Ukraine. Il est accusé d’avoir participé à une escroquerie téléphonique aux faux investissements ayant permis de détourner environ 100 millions d’euros. Après son arrestation à Chypre, il a été extradé vers l’Estonie où il a passé un accord avec la justice, acceptant une peine de cinq ans de prison avec sursis et une amende. A-t-il dénoncé ses complices ? Un réseau criminel ? Pour Volodymyr Fesenko, interrogé par le Kyiv Independent, la thèse des représailles est la plus plausible.