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Ceuta n’est pas soumise au principe de libre circulation de l’Espace Schengen.

Depuis quelques jours, l’enclave espagnole de Ceuta est confrontée à un afflux de personnes. Selon les derniers chiffres fournis par les autorités locales, plus de 40.000 individus ont traversé la frontière depuis le Maroc au cours des dernières 24 heures. Malheureusement, 18 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’enclave à la nage.

De nombreuses vidéos montrant la foule franchissant la frontière ont été diffusées sur les réseaux sociaux. Face à ces images, un internaute a commenté que les « clandestins marocains sont entrés dans l’espace Schengen, ils n’en sortiront plus ». Cette affirmation a été réitérée par le même internaute dans une publication ultérieure.

D’autres internautes vont encore plus loin dans leurs déclarations. « Grâce aux accords de l’espace Schengen, ils pourront circuler librement dans toute l’Europe dès demain… », peut-on lire. « Ils seront en Ile-de-France dans 24 ou 48 heures », est-il affirmé dans une autre publication, qui repartage une vidéo du média Le Figaro. Mais alors, ces affirmations sont-elles fondées ? Nous allons vérifier.

FAKE OFF

Commençons par un point d’histoire et de géographie. L’enclave espagnole de Ceuta se situe sur le continent africain. Située entre le Maroc et la mer Méditerranée, seul le détroit de Gibraltar la sépare de la péninsule ibérique. Depuis 1668 et le traité de Lisbonne, Ceuta est rattachée à l’Espagne.

Le Maroc revendique également ce territoire en lien avec l’histoire coloniale de l’Espagne. « L’enclave de Ceuta et celle de Melilla sont d’anciens comptoirs coloniaux espagnols, des ports francs comme on les appelait à l’époque », explique Mehdi Alioua, sociologue à l’Université internationale de Rabat, spécialiste des questions migratoires. Il ajoute que de nombreux Marocains souhaiteraient que ces enclaves soient « rétrocédées au Maroc » ou « au moins […] en co-gestion ».

Quoi qu’il en soit, dans les faits, la ville autonome de Ceuta est un morceau d’Europe sur le continent africain. En étant rattachée à l’Espagne, elle fait par définition partie de l’Union européenne. Le territoire est d’ailleurs clairement visible sur une carte disponible sur le site de l’Union Européenne.

Des conditions spécifiques de circulation

Les dispositions de l’espace Schengen s’appliquent à Ceuta, mais pas toutes. C’est le cas du principe de libre circulation, qui est soumis à des conditions spécifiques. Pour « les déplacements vers et depuis Ceuta et Melilla », il y a une « vérification des documents lors des départs des villes lors de voyages vers d’autres parties de l’espace Schengen », indique le site espagnol de l’autorisation de voyage ETIAS.

En d’autres termes, il s’agit d’un contrôle aux frontières. « Cela signifie que, techniquement, les voyageurs internationaux arrivant à Ceuta ou Melilla depuis un État non Schengen ne sont pas encore arrivés dans la zone européenne de libre circulation », précise le même site.

« 99 % des gens ne pourront pas rester à Ceuta »

« Pour voyager vers l’Espagne continentale ou un autre État Schengen depuis Ceuta ou Melilla, les passagers devront avoir un passeport et peuvent avoir besoin d’un visa ». Les affirmations de ces internautes sont donc inexactes. De plus, il est impossible de déterminer si toutes les personnes ayant franchi la frontière ont pour objectif de migrer en France ou en Europe. « Certaines de ces personnes sont déjà reparties par elles-mêmes », assure même Mehdi Alioua.

Selon lui, rejoindre la péninsule ibérique et l’Espagne via Ceuta est pratiquement impossible. « Ceux qui pensent pouvoir passer en Espagne à partir de ces enclaves sont dans le déni. Ça n’arrive pratiquement jamais. 99 % des gens ne pourront pas rester à Ceuta et vont très rapidement retourner au Maroc », souligne le sociologue. Il réserve le pourcentage restant aux personnes vulnérables – personnes âgées, femmes enceintes, parents avec un nourrisson – qui pourraient « rester à Ceuta », le temps que leur statut soit déterminé.