
Voiture électrique : l’Europe envisage un bonus pour le « Made in EU »
L’Allemagne a récemment décidé de restreindre son aide à l’achat de voitures électriques aux modèles assemblés au sein de l’Union européenne. Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre d’un bonus dénommé « Made in EU » en préparation à Bruxelles, suscite des inquiétudes à Pékin.
Le 31 août, les partis de la coalition gouvernementale allemande, comprenant les conservateurs de la CDU/CSU et les sociaux-démocrates du SPD, ont officialisé cette mesure. Cependant, Berlin attend encore la définition de critères de « contenu local » conformes aux réglementations européennes. Cette décision vise à répondre aux critiques selon lesquelles les subventions allemandes finançaient des véhicules fabriqués en dehors de l’Europe. En juin, des craintes avaient émergé concernant un « choc chinois », bien que le ministère de l’Environnement ait précisé que seulement 15 % des 50 000 premières demandes d’aides concernaient des marques chinoises.
Ce projet de règlement européen, connu sous le nom d’Industrial Accelerator Act, promeut le « made in UE » pour l’octroi d’aides aux voitures électriques, d’abord pour les marchés publics et les flottes d’entreprise. Ainsi, seules les voitures assemblées dans un État membre de l’UE pourraient bénéficier de ces aides, excluant les modèles importés, notamment ceux en provenance de Chine. La définition précise de ce qu’est une voiture « made in UE » reste à établir, engendrant des débats sur les critères à utiliser, tels que le lieu d’assemblage, la proportion de composants européens ou l’origine des batteries. À titre de comparaison, les États-Unis ont opté pour une approche similaire avec l’Inflation Reduction Act, qui réserve ses crédits d’impôt aux véhicules et batteries produits localement.
La France, quant à elle, a anticipé cette évolution. Son bonus écologique impose déjà des critères de faible empreinte carbone pour les batteries, ce qui exclut certains modèles asiatiques. Ce dispositif a été modifié à plusieurs reprises, et Paris a introduit des mesures complémentaires, comme un leasing social à environ 100 euros par mois et une prime de 7 700 euros pour les gros rouleurs. Il est conseillé aux consommateurs de se tenir informés des règles en vigueur avant de faire un achat.
Un aspect intéressant de cette dynamique est la collaboration inattendue entre Stellantis et Volkswagen. Le 5 février, Antonio Filosa, le PDG de Stellantis, et Oliver Blume, le dirigeant de Volkswagen, ont coécrit une tribune dans Les Échos pour plaider en faveur d’un « bonus made in Europe ». Bien que ces deux géants de l’automobile soient en concurrence, ils s’accordent sur la nécessité de réduire la fiscalité pour les véhicules produits en Europe. Ils proposent la création d’un label « Made in Europe » et d’un bonus CO2 pour les voitures éligibles.
Une telle réglementation profiterait principalement aux constructeurs bien établis en Europe, tels que Renault, Volkswagen, Stellantis, BMW et Mercedes, tout en pénalisant les marques chinoises comme BYD, NIO ou MG, qui commencent à implanter des usines en Europe.
La réaction de la Chine à cette initiative a été négative. Pékin considère cette mesure comme une forme de protectionnisme qui discrimine ses véhicules. Les voitures électriques chinoises gagnent en popularité en Europe, suscitant des préoccupations jusqu’au Sénat français. Selon des sources, la Chine a averti Bruxelles fin avril que quatre secteurs seraient menacés par ces nouvelles règles : les batteries, les véhicules zéro émission, le solaire et les matières premières critiques, avec des menaces de représailles explicites.
Ce conflit commercial n’est pas nouveau. Depuis fin 2024, l’UE impose des droits de douane pouvant atteindre 35 % sur les voitures électriques chinoises, en plus des 10 % habituels, et cette mesure a été étendue à certaines hybrides rechargeables. L’introduction d’un bonus « Made in EU » viendrait s’ajouter à ce cadre réglementaire.
Pour l’heure, l’incertitude demeure quant au calendrier de mise en œuvre de ces mesures, aucune législation n’ayant encore été adoptée et la définition d’une voiture « européenne » n’étant pas encore établie.
