High-tech

Un tableau noir intelligent convertit une équation en modèle 3D manipulable

iFLYTEK a présenté à Shanghai un tableau noir capable de transformer une équation griffonnée en un objet 3D manipulable. Au-delà de l’effet démonstratif, l’entreprise chinoise vise déjà à intégrer cette technologie dans les salles de classe.

Une présentatrice écrit l’équation y = x² – 3 sur une grande surface sombre. En quelques secondes, le tableau trace la parabole correspondante, puis convertit un dessin plat en volume, que l’on peut faire pivoter du bout du doigt. Cette séquence de 92 secondes, filmée lors du salon WAIC 2026 à Shanghai, a été largement diffusée sur les réseaux sociaux.

L’appareil, nommé Tongchuang AI Blackboard, a été présenté par iFLYTEK lors de la World Artificial Intelligence Conference, qui s’est déroulée du 17 au 20 juillet à Shanghai. L’entreprise est déjà connue pour ses lunettes de traduction à IA, testées au Beyond Expo. Cette fois-ci, elle s’attaque à l’élément le plus banal d’une salle de classe : le tableau. Le principe est simple : l’enseignant écrit avec un stylet, et une IA intégrée reconnaît l’écriture, les équations et les schémas pour les convertir instantanément en graphiques et en modèles 3D.

Le geste de l’enseignant reste inchangé, mais l’affichage devient beaucoup plus riche. Un triangle dessiné à main levée est redessiné en figure standard, relié au point du programme qu’il illustre, puis transformé en objet tridimensionnel dont on peut examiner les faces, les arêtes et les sommets. iFLYTEK met également en avant une conversion automatique des notes manuscrites en texte numérique : l’élève n’a plus besoin de tout recopier, et l’enseignant peut sauvegarder, corriger et partager le cours après la séance.

Concrètement, cela s’inscrit dans ce que l’on appelle la « combinaison nombres et formes » en pédagogie des mathématiques : rendre visible une abstraction. Une fonction devient une courbe, un volume abstrait se transforme en maquette que l’on peut manipuler sous les yeux des élèves. iFLYTEK n’en est pas à son premier essai : sa gamme de tableaux Spark est déjà utilisée dans les écoles chinoises depuis plusieurs années et a remporté des prix lors de salons éducatifs. Le modèle présenté à la WAIC est la version la plus avancée.

L’entreprise revendique un déploiement déjà conséquent : plus de 60 000 écoles équipées, 33 provinces couvertes et environ 160 millions d’élèves et d’enseignants concernés, soit plus du double de la population française. iFLYTEK promeut également un concept de salle « 1+4 », avec le tableau au centre et quatre déclinaisons autour : classe standard, salle de recherche, laboratoire STEM et salle multilingue. L’idée affichée est de passer d’un empilement d’équipements à un environnement conçu pour favoriser l’enseignement.

Cependant, une grande inconnue subsiste. Ce que l’on voit dans la vidéo est une démonstration de salon, enregistrée en dehors d’un cours en conditions réelles. La séquence ne montre ni une leçon complète, ni une évaluation d’élève, ni un usage sur la durée. Les commentaires ont rapidement transformé une démonstration de stand en une affirmation selon laquelle « toutes les écoles chinoises utilisent déjà ça », ce qui dépasse largement ce qui est prouvé.

Néanmoins, la piste reste sérieuse pour l’enseignement. Un support qui relie automatiquement un geste au bon chapitre du programme et qui affiche une géométrie dans l’espace en un clic pourrait faire gagner un temps précieux à un professeur de mathématiques ou de sciences. Nie Xiaolin, cofondateur et vice-président senior d’iFLYTEK, décrit un tableau qui « comprend l’éducation » et se positionne comme un compagnon d’étude. Bien que la formule soit marketing, l’usage visé est concret. On ne sait pas encore si l’engagement des élèves progresse réellement, et iFLYTEK assure que l’outil vient en aide à l’enseignant.

Pour un professeur français, cet objet restera longtemps théorique : iFLYTEK vend principalement en Chine et sur les marchés asiatiques, et rien n’indique une arrivée dans nos établissements. Cependant, il offre un aperçu très révélateur de ce que l’IA peut apporter à un tableau, au-delà du simple gadget. Si la technologie tient ses promesses en dehors des salons, elle pourrait rapidement intéresser les éditeurs de matériel scolaire bien au-delà de la Chine.