High-tech

Tesla voit son bénéfice par voiture chuter à 2 140 $ suite à la perte des crédits carbone.

En 2022, Tesla a réalisé un profit net d’environ 9 500 dollars par véhicule vendu, tandis qu’en 2025, ce chiffre est tombé à environ 2 140 dollars, soit près de 1 880 euros. Les crédits réglementaires de Tesla au premier trimestre 2026 se sont élevés à 542 millions de dollars, en baisse par rapport aux 692 millions un an plus tôt.


Tesla demeure l’un des fabricants automobiles généralistes ayant les bénéfices les plus élevés par véhicule vendu, bien que l’écart avec Toyota se réduise rapidement. Cette situation est due à l’érosion d’un modèle commercial très rentable lié aux normes CO2 européennes.

Pendant des années, Tesla a dominé la concurrence sur la base d’un indicateur : le bénéfice réalisé par voiture vendue. En 2022, la marque enregistrait environ 9 500 dollars de bénéfice net sur chaque véhicule.

En 2025, ce montant a chuté à environ 2 140 dollars, soit près de 1 880 euros, représentant une baisse de 40 % en un an selon les données du quotidien japonais Nikkei Asia. Pendant ce temps, Toyota se rapproche dangereusement.

Le leader de l’hybride affiche désormais un bénéfice d’environ 2 078 dollars par véhicule (près de 1 830 euros), à quelques dizaines de dollars de Tesla. Bien que la rentabilité de Toyota ait reculé de 20 %, sa gamme repose sur des hybrides, une technologie déjà rentabilisée et qui ne dépend d’aucune subvention.

Tesla subit une importante perte de revenus annexes alors que Toyota continue de tirer profit de ses moteurs à essence. La concurrence entre Tesla et Toyota se joue également sur les volumes de ventes.

Pour comprendre cette situation, il est nécessaire d’aborder la question des crédits carbone. Le principe est que, en Europe, chaque constructeur doit respecter un plafond moyen d’émissions de CO2 pour l’ensemble des véhicules qu’il vend.

En 2025, ce plafond est passé à 93,6 grammes de CO2 par kilomètre, contre 116 grammes précédemment, signifiant une réduction de 19 % en un an. Les constructeurs dépassant ce seuil risquent de lourdes amendes : 95 euros par gramme de dépassement, multiplié par le nombre de voitures immatriculées.

Tesla, qui ne commercialise exclusivement que des voitures électriques, est largement en dessous de ce seuil. De ce fait, la marque peut « prêter » son excédent à d’autres constructeurs via un pool CO2, un groupement où les mauvais élèves paient Tesla pour réduire leur moyenne commune et éviter des amendes.

Pendant plusieurs années, cette pratique a rapporté énormément. Pour 2025, le pool comprenait Toyota, Stellantis, Ford, Honda, Mazda, Subaru et Suzuki. Des analystes d’UBS estimaient que ce groupement pouvait générer plus d’un milliard d’euros pour Tesla, comme l’a rapporté Electrek.

Le problème est que ce modèle dépend d’une condition : que les autres constructeurs restent en retard sur l’électrique. Or cela est en train de changer.

Pour 2026, Toyota et Stellantis ont quitté le pool proposé par Tesla. Toyota estime pouvoir respecter son objectif de 96,3 grammes par kilomètre indépendamment, grâce à sa forte proportion de véhicules hybrides et à de nouvelles offres électriques comme le bZ4X. Stellantis, quant à lui, met en place son propre pool avec sa filiale chinoise Leapmotor, plutôt que de payer un concurrent.

Les crédits réglementaires de Tesla au premier trimestre 2026 ont chuté à 542 millions de dollars, contre 692 millions l’année précédente, selon l’analyse de l’expert automobile Matthias Schmidt.

De plus, un autre obstacle s’est ajouté : aux États-Unis, le marché des crédits d’émissions a été supprimé en 2025. Le fait que le pool européen ait à peine réussi à respecter ses obligations en 2025 montre que les marges de manœuvre se réduisent.

Cette source de revenus, en déclin, avait été signalée alors que le secteur le plus rentable de Tesla commençait à vaciller. Ainsi, ces gains, presque gratuits, qui gonflaient les marges, sont en train de disparaître, coïncidant avec une baisse des ventes de Tesla.

Pour s’adapter face à la concurrence chinoise et à un recul de la demande, Tesla réduit ses prix, ce qui impacte davantage la marge par véhicule.

Le modèle qui a engendré la fortune de la marque, celui des crédits carbone à prix élevé, était de toute façon temporaire. Il ne pouvait prospérer que tant que les autres constructeurs n’avançaient pas assez vite dans l’électrification. Ce temps semble toucher à sa fin.

Elon Musk espère que le FSD (système de conduite autonome de la marque) devienne une nouvelle source de revenus, avec un abonnement de 99 euros par mois par véhicule. Néanmoins, pour cela, ce système doit être davantage autorisé qu’il ne l’est actuellement. En Europe, les États-Unis l’autorisent de manière très limitée : à ce jour, le FSD supervisé n’a été homologué qu’aux Pays-Bas et en Lituanie, ce qui ne semble pas suffisant au goût du milliardaire et des propriétaires qui attendent cette promesse depuis des années.