
Souveraineté tech : 80 % des Européens surveillent l’origine, moitié refuse le « Made in USA »
Près d’un Européen sur deux dit vouloir éviter les entreprises qui confient ses données à des sociétés américaines. 45 % des personnes interrogées disent qu’elles éviteraient les entreprises stockant leurs données chez des prestataires américains, en citant la vie privée et la sécurité avant le prix ou la qualité.
Une enquête réalisée par le fournisseur suisse Proton indique que les Européens manifestent une méfiance croissante envers les grandes entreprises technologiques américaines. Bien que les résultats soient clairs, il convient de noter que la source a tout intérêt à ce qu’ils le soient.
Près d’un Européen sur deux déclare vouloir éviter les entreprises qui transmettent leurs données à des sociétés américaines. C’est la conclusion principale d’une étude menée auprès de 3 000 personnes en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, commandée par Proton, la société suisse à l’origine de la messagerie chiffrée Proton Mail. Il est évident qu’elle propose le type d’alternative européenne suggéré par son sondage.
Les données sont significatives, avec 45 % des personnes interrogées affirmant qu’elles éviteraient les entreprises qui stockent leurs données chez des prestataires américains, mettant en avant la vie privée et la sécurité avant des facteurs tels que le prix et la qualité. Cela montre que l’infrastructure technique d’une entreprise influence désormais le choix d’achat, un aspect qui était auparavant invisible pour le consommateur.
Les services qui suscitent le plus d’inquiétude sont ceux liés aux communications, avec les réseaux sociaux en tête (48 %), suivis de l’e-mail (46 %) et des applications de messagerie (40 %). Le stockage en ligne (38 %) et les navigateurs Internet (31 %) figurent également sur la liste. De plus, deux Européens sur trois (65 %) estiment que les PME européennes devraient utiliser des outils européens, et 80 % prennent en compte l’origine européenne d’un service lors du choix d’un partenaire ou d’un produit.
Un autre chiffre souligne l’évolution des mentalités : 56 % des répondants jugent désormais plus essentiel qu’il y a un an que les entreprises européennes comptent sur une infrastructure locale. Toutefois, il est important de signaler que Proton a dû publier une correction après avoir reconnu des erreurs dans les pourcentages présentés dans deux graphiques de la première version de l’enquête. Les chiffres mentionnés ici proviennent de la version corrigée, qui a été reprise par les médias.
Ce sujet n’est pas nouveau. Au printemps 2025, le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a perdu l’accès à sa messagerie Microsoft à la suite d’un décret de sanctions signé par Donald Trump, le conduisant à utiliser Proton Mail. Microsoft a contesté cette interprétation, affirmant que la décision d’interrompre le service venait de la Cour.
Cet incident a agi comme un électrochoc, faisant passer l’idée qu’un acteur américain pouvait « couper le robinet » d’une discussion théorique à une situation concrète. Ce scénario d’une rupture soudaine avec les services américains est devenu une préoccupation pour les institutions européennes.
Cependant, cette dépendance aux services américains reste importante. Selon Proton, 74 % des entreprises européennes cotées en Bourse utilisent des services américains fournis par des entreprises telles que Google ou Microsoft. Les pouvoirs publics commencent à réagir : le Parlement européen a désigné Qwant comme moteur de recherche par défaut, et Bruxelles mise sur l’open source pour accroître sa souveraineté, même si les budgets sont encore insuffisants. Pour ceux qui souhaitent explorer des alternatives, le site European Alternatives propose un recensement d’outils européens classés par catégorie, y compris des moteurs de recherche, des navigateurs et des équivalents à Gmail, Teams ou WhatsApp.
En somme, l’enquête sert principalement de thermomètre à une tendance réelle, tout en tenant compte du fait qu’une entreprise suisse a financé l’étude. Par ailleurs, entre l’intention exprimée de quitter des services comme Gmail ou Microsoft 365 et l’action réelle, un fossé demeure que les géants américains, solidement implantés, ne combleront pas simplement à travers quelques sondages. Néanmoins, le fait que cette question parvienne au grand public, et pas seulement aux régulateurs, est déjà un signe en soi.
