
Saison des festivals : inquiétudes sur la rentabilité des événements.
La Belgique organise plus de 400 festivals par an, ce qui en fait l’un des pays avec la plus forte concentration de festivals au monde. Selon Denis Gerardy, « il n’y en aurait pas plus aujourd’hui qu’il y a 5 ans ou 10 ans », mais une certaine saturation se fait ressentir, ce qui rend la création de nouveaux festivals peu probable.
Le Graspop, Rock Werchter, Les Ardentes, Dour Festival, Ronquières, Les Solidarités, Pukkelpop, Couleur Café, le Festival Lasemo, les Francofolies de Spa, Esperanzah !, Tomorrowland figurent parmi les festivals les plus célèbres en Belgique. Toutefois, il existe de nombreux autres événements.
Avec plus de 400 festivals chaque année, la Belgique se classe parmi les pays ayant la plus forte concentration de festivals au monde. « C’est vrai que sur un petit territoire, il y a beaucoup de festivals. C’est un pays de festivals. Ça vient de Flandre, quand on regarde l’histoire. On pense évidemment au festival de Torhout Werchter. Et je pense que ça a tellement été gros et que toute une génération d’organisateurs actuels a souhaité faire un peu la même chose », souligne Denis Gerardy.
Torhout-Werchter, qui a été lancé en 1977 sur deux sites différents, a inspiré de nombreux autres festivals.
La question se pose : y a-t-il trop de festivals ? Selon Denis Gerardy, leur nombre n’a pas augmenté par rapport à il y a 5 ou 10 ans. Cependant, une certaine saturation est apparentée, ce qui rend difficile la création de nouveaux événements. L’accent serait plutôt mis sur l’équilibre entre les festivals existants.
### Une rentabilité plus difficile à atteindre
Dans ce contexte, divers facteurs compliquent l’atteinte de l’équilibre financier. Même les festivals les plus populaires ne font plus toujours complet, et certains, comme Dour, Ronquières ou les Francofolies de Spa, se retrouvent dans le rouge.
Denis Gerardy identifie plusieurs éléments expliquant ces difficultés : « La situation économique, la diminution drastique de subsides et d’aides publiques qui permettaient quand même de pouvoir proposer d’autres choses que simplement des têtes d’affiche ou d’accueillir un public différent, la limite que les sponsors privés ont à l’heure actuelle d’investir dans ce secteur fait qu’avant, quand on vendait 80 % de ce qui était prévu au niveau des billets, on arrivait en équilibre. Maintenant, on est de l’ordre de 90 à 95 %. »
« Ce sont tous les frais annexes, tous les fournisseurs de matériel, la sécurité qui a presque doublé en quelques années », ajoute-t-il.
Les cachets des artistes ont également explosé ces dix dernières années, mais ce qui a surtout augmenté, selon Denis Gerardy, ce sont « tous les frais annexes, tous les fournisseurs de matériel, la sécurité qui a presque doublé en quelques années ». Toutes ces augmentations impactent les finances des festivals. « Une étude sérieuse a été faite en France. Huit festivals sur dix qui ont affiché quasi complet étaient en déficit l’an dernier », précise-t-il.
Évidemment, cela se répercute aussi sur le prix des billets. Par exemple, cette année, un pass de 4 jours à Werchter coûte 315 euros, tandis qu’il faut compter 300 euros aux Ardentes et 220 à Dour.
Cette tendance à la hausse des prix est également alimentée par la montée en puissance de grands groupes financiers, capables d’investir dans l’organisation d’événements tels que les festivals. Live Nation Belgique en est un bon exemple, gérant des salles de spectacle et organisant des festivals comme Werchter, Graspop ou Pukkelpop. Live Nation détient également des actions dans le festival de Dour, bien qu’un rapprochement avec les Ardentes soit en discussion, certains actionnaires des Ardentes pouvant racheter les parts de Live Nation dans le festival de Dour.
### La concurrence des « méga concerts »
Un autre phénomène influe sur les festivals et leur affaiblissement : ce que Denis Gerardy appelle les « gros événements », qui attirent un public déclinant vis-à-vis des festivals. « Ce sont des stades, ce sont des grosses scènes d’un jour ou de deux jours avec un seul artiste », explique-t-il.
« Le public a commencé à progressivement déserter certains festivals pour plutôt aller au Stade Roi-Baudouin, au Stade de France, voir des méga shows, où le prix des places dépasse largement le prix demandé pour les festivals », ajoute-t-il, soulignant que c’est « plus inquiétant que l’arrivée de multinationales ou de gros groupes au sein des festivals ». « Cette année, cet été, il y a 4 ou 5 Stades Roi Baudouin qui ont été complets tout de suite, » précise-t-il.
Cette situation oblige le public à faire des choix. Dans ces méga concerts, « les prix des places sont largement élevés, et ça empêche peut-être d’aller voir un spectacle dans un stade et en plus de prendre un billet pour un festival ».
À titre d’exemple, pour assister à l’un des deux concerts que le groupe coréen de K-pop BTS donnera au Stade Roi Baudouin début juillet, les places les plus chères se sont vendues autour de 500 euros, soit plus cher qu’un pass de quatre jours à Werchter.
