
Réalité augmentée : Snap lance ses lunettes connectées après le smartphone
Snap a lancé mardi ses lunettes de réalité augmentée Specs, vendues à 2.195 dollars et disponibles dès l’automne aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France. L’entreprise a supprimé récemment 16 % de ses effectifs, soit environ 1.000 emplois, et est déficitaire depuis son entrée en Bourse en 2017.
Snap opère un changement stratégique. La société mère de Snapchat a présenté mardi ses lunettes de réalité augmentée, les Specs, un produit décrit comme un passage vers « l’après-smartphone ». Révélées lors du salon Augmented World Expo en Californie, ces lunettes autonomes seront mises en vente à partir de cet automne aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, au prix de 2.195 dollars.
Pour l’entreprise, l’enjeu est considérable. Elle compte sur ces lunettes pour se réorienter sur le marché des objets connectés, malgré des difficultés financières persistantes. L’objectif est de proposer un produit intermédiaire, plus avancé que les lunettes connectées traditionnelles, mais plus léger et accessible que les casques de réalité mixte.
Le PDG de Snap, Evan Spiegel, défend une approche novatrice. « Si nous ne parvenons pas à faire entrer l’informatique dans le monde où nous vivons, il sera très difficile de la rendre plus humaine », déclare-t-il. Cette vision guide le développement des Specs depuis plus de dix ans au sein de l’entreprise. Contrairement aux modèles concurrents, les lunettes ne se contentent pas de projeter des informations. Elles analysent l’environnement et y superposent des objets numériques en 3D, interactifs avec le monde réel. Une différence majeure avec d’autres dispositifs, que le dirigeant considère trop similaires à un écran.
Snap se lance sur un marché déjà concurrentiel. Meta domine avec ses lunettes Ray-Ban, qui se sont vendues à plus de sept millions d’exemplaires, tandis que Google et Samsung préparent leurs propres modèles. La concurrence est rude et coûteuse. Evan Spiegel critique certains des produits existants : les lunettes avec écran intégré donnent « l’impression d’avoir un minuscule écran de téléphone collé à l’œil ». En revanche, les casques, comme ceux d’Apple, restent « très performants et immersifs, mais très lourds à porter et qui coupent du monde ». Snap essaie donc de se positionner entre ces deux extrêmes.
L’argument principal reste le prix. À 2.195 dollars, les Specs coûtent moins cher que certains casques, comme le Vision Pro d’Apple, lancé à 3.499 dollars. « Nous pouvons mettre cette technologie entre les mains du plus grand nombre possible », assure Evan Spiegel. Cependant, le pari est risqué. Snap affiche des pertes depuis son introduction en Bourse en 2017 et a récemment réduit ses effectifs de 16 %, soit environ 1.000 emplois. Le développement de ces lunettes a également coûté des milliards, selon un fonds activiste qui réclame l’abandon de ce projet.
Au-delà du matériel, Snap mise sur les développeurs. Les Specs permettent d’exploiter différents modèles d’intelligence artificielle, qu’il s’agisse d’OpenAI ou de Google, pour créer des expériences inédites. Le succès du produit sera évalué non seulement en fonction des ventes, mais aussi de la créativité des usages. Une démonstration a eu lieu à Paris, dans le cadre d’une installation de l’artiste JR. Le public équipé des lunettes pouvait découvrir des animations, comme un vol de chauves-souris ou une danseuse virtuelle. « Ce que je trouve génial avec la réalité augmentée, c’est qu’on traverse nos écrans », a résumé l’artiste. En dépit de ces ambitions, Snap avance sans certitudes. Evan Spiegel n’a fourni ni objectifs de ventes ni volumes de production, préférant rester discret sur les performances attendues. Il exclut cependant toute cession de l’activité « pour le moment ».
