
Coupe du Monde : le patron des JO de Paris critique la Finale des Restos du cœur du riche
La finale de la Coupe du monde opposera l’Espagne à l’Argentine ce dimanche au MetLife Stadium de New York dans le New Jersey. Le show durant la mi-temps, qui aura lieu pendant un délai de 11 minutes, inclura des performances d’artistes tels que Madonna, Shakira, BTS, Justin Bieber, Burna Boy et Coldplay.
Une première en 96 ans de Coupe du monde ! La finale, qui mettra aux prises l’Espagne et l’Argentine ce dimanche au MetLife Stadium de New York, dans le New Jersey, ne se limitera pas à l’affrontement de deux équipes sur le terrain. Pendant la mi-temps, les 82 500 spectateurs présents dans le stade, ainsi que les 2 milliards de téléspectateurs devant leurs écrans, assisteront à un concert, un halftime show inédit dans l’histoire du football, inspiré du Super Bowl américain.
Madonna, Shakira, BTS, Justin Bieber, Burna Boy et Coldplay partageront la scène, accompagnés du chef d’orchestre vénézuélien Gustavo Dudamel, qui dirigera conjointement des membres du New York Philharmonic et de l’Orchestre symphonique Simón Bolívar du Venezuela, en hommage au pays après les récents séismes, d’après Variety. En outre, une chorale d’écoliers new-yorkais, les Muppets et les héros de Sesame Street compléteront cette affiche assez originale.
Tout cela se déroulera en onze minutes sous la direction artistique de Chris Martin, le leader de Coldplay. Ce défi colossal est produit par l’ONG Global Citizen en collaboration avec Live Nation et Done + Dusted, la société britannique derrière les JO de Londres 2012. Thierry Reboul, directeur exécutif de la Création, des Cérémonies et des Projets Spéciaux des JO de Paris 2024, a été sollicité pour commenter cette « superbowlisation » de la finale de la Coupe du monde.
« La pause passe de 15 à 25 minutes » est le chiffre officiel de la FIFA : le spectacle durera onze minutes afin de respecter le règlement de l’IFAB, qui limite la mi-temps à quinze minutes, modifiable uniquement avec l’accord de l’arbitre. Toutefois, Thierry Reboul n’y croit pas. « Un show d’envergure à la mi-temps, ça ne fonctionne, comme au Super Bowl d’ailleurs, que si la pause passe de 15 à 25 minutes », estime-t-il. Lors de la finale de la Coupe du monde des clubs en 2025, au même endroit, la pause avait déjà duré vingt-quatre minutes. Selon plusieurs médias américains, la FIFA envisagerait cette fois de prolonger la pause à 20 à 25 minutes, voire 30 en tenant compte du montage et du démontage du plateau.
Thierry Reboul y voit un intérêt qui va au-delà de la simple logistique. « Pendant ce temps, vous passez les pubs. » En d’autres termes, la FIFA n’annonce pas officiellement cet allongement « pour éviter que tous les puristes ne s’indignent », mais cette évolution semble inévitable.
Reste à savoir où sera installée la scène. En 2025, lors de la finale de la Coupe du monde des clubs au même stade, le plateau avait été placé dans les tribunes supérieures pour préserver la pelouse : 18 tonnes de structures, 1 200 mètres de tubes de contreventement, des écrans totalisant 16 millions de pixels, le tout mis en place par 100 machinistes.
La presse américaine indique que la production de 2026 suivra un dispositif similaire. Thierry Reboul émet des doutes : « Dès que vous installez quelque chose dans les tribunes, ce qu’on appelle des « kill-sits », vous occultez des séries de sièges. En général, on essaie d’éviter cela. » Pour lui, le spectacle se déroulera sur le terrain, comme au Super Bowl. « Il faut répéter, répéter, pour que les équipes soient parfaitement synchronisées et que chaque personne sache exactement ce qu’elle doit faire. »
Concernant la vision artistique, il se montre plus critique. « Accumuler les stars, c’est comme ne rien faire du tout, » affirme l’expert. Ce qui fait la force du Super Bowl, c’est l’attente de savoir qui sera la star de l’année, permettant à l’artiste de préparer une véritable scénographie et un mini-spectacle. Là, c’est « les Restos du cœur du riche », dit-il.
Hugh Evans, directeur de Global Citizen, a comparé cet événement au « plus grand rassemblement d’artistes unis pour une cause depuis Live Aid ». Tous les artistes se produiront bénévolement au profit du fonds FIFA Global Citizen pour l’éducation. « Ça sent le mini-Live Aid, rétorque Thierry Reboul. Quand on essaie de satisfaire tout le monde, on ne satisfait personne. C’est ce qui plombe des organisations comme la FIFA. »
Thierry Reboul oppose cette démarche aux halftime shows les plus réussis du Super Bowl. « À Los Angeles, lorsque Snoop Dogg a rassemblé les stars du rap, il y avait une cohésion. On racontait l’histoire du rap de la côte ouest. C’était incarné. Là, j’ai peur que ce soit désincarné. »
Pourtant, le spécialiste salue l’initiative. « J’ai toujours été surpris qu’ils ne fassent pas cela auparavant. Le sport et le spectacle sont indissociablement liés depuis longtemps. » Il rappelle que seuls deux événements ont vraiment réussi à combiner ces deux aspects : le Super Bowl et les cérémonies olympiques. « Ça fonctionne quand le plus grand événement sportif rencontre le plus grand spectacle. Sinon, cela déséquilibre le tout. »
Ce dimanche, les spectateurs assisteront également à une cérémonie de clôture à 13h30, avec Post Malone en tête d’affiche, une apparition de Tom Cruise – comme lors de la cérémonie de clôture des JO de Paris – et des performances de Robbie Williams, Nicole Scherzinger et du vidéaste IShowSpeed. Jennifer Hudson chantera l’hymne national américain avant le coup d’envoi. La FIFA ne fait pas les choses à moitié; reste à savoir si le spectacle sera à la hauteur des attentes.
