
Sam Neill n’était pas qu’Alan Grant : douze rôles à découvrir
Sam Neill joue un homme retiré du monde dans le film « Sleeping Dogs » (1977), rattrapé par un coup d’État militaire. Dans « Ma brillante carrière » (1979), il interprète Harry Beecham, un prétendant de Sybylla Melvyn, incarnée par Judy Davis, qui repousse sa demande en mariage à deux reprises.
«Sleeping Dogs» (1977), de Roger Donaldson
Il s’agit du tout premier long métrage néo-zélandais à bénéficier d’une sortie internationale. Dans Sleeping Dogs, Sam Neill interprète un homme qui s’est retiré du monde, mais qui se retrouve malgré lui mêlé à un coup d’État militaire. Dès ce premier grand rôle, ce qui deviendra sa signature est déjà présent : un personnage introverti, lucide, pris au piège par des forces plus puissantes que lui. Ce film marque le début de la carrière de Sam Neill ainsi que celle du cinéma néo-zélandais.
«Ma brillante carrière» (1979), de Gillian Armstrong
Adapté du roman féministe de Miles Franklin, Ma brillante carrière est d’abord porté par Judy Davis, qui incarne Sybylla Melvyn, une jeune femme aspirant à l’écriture et refusant de se soumettre à la vie domestique que lui offre le bush australien. Sam Neill y joue Harry Beecham, son prétendant, un homme du monde poli et séduisant, auquel Sybylla résiste en repoussant sa demande en mariage à deux reprises. Ce qui est remarquable dans ce classique du cinéma australien, c’est que Sam Neill parvient à donner à Harry, un personnage qui aurait pu rester un simple faire-valoir, une réelle profondeur et une dignité blessée, sans jamais chercher à voler la vedette à sa partenaire. C’est une belle leçon de générosité d’acteur.
«La Malédiction : Le Conflit final» (1981), de Graham Baker
Ce personnage aurait facilement pu sombrer dans la caricature. Dans le troisième et dernier épisode de la saga «La Malédiction», Damien Thorn, devenu adulte et ambassadeur des États-Unis à Londres, est interprété par Sam Neill, qui, à 33 ans, insuffle à ce personnage d’Antéchrist une sophistication glaçante, oscillant entre calme et inquiétude. La Malédiction finale est un film inégal, mais la prestation de Sam Neill parvient à créer une atmosphère véritablement angoissante.
«Possession» (1981), d’Andrzej Żuławski
Aucun superlatif ne saurait rendre justice à la performance de Sam Neill dans Possession. Ce film d’Andrzej Żuławski, qui mélange drame conjugal et spectacle Grand Guignol, est tourné dans un Berlin-Ouest encore coupé en deux par le Mur. Sam Neill y interprète Mark, un espion qui, en rentrant chez lui, découvre que sa femme (Isabelle Adjani) souhaite le quitter pour des raisons qui dépassent largement une simple crise de couple. Face à Adjani, dont la performance est légendaire, Sam Neill s’illustre avec une intensité brute, à fleur de peau, sans aucune protection. Le film, interdit dans plusieurs pays lors de sa sortie, est devenu un objet de culte.
«Un cri dans la nuit» (1988), de Fred Schepisi
Un cri dans la nuit de Fred Schepisi retrace l’affaire Chamberlain, l’un des faits divers les plus médiatisés de l’histoire australienne : en 1980, Lindy Chamberlain prétend qu’un dingo a emporté son bébé lors d’un camping dans l’Outback. Personne ne la croit, et elle est condamnée pour meurtre. Le film sort en Australie six semaines seulement après l’annulation de cette condamnation, le sujet étant encore brûlant. Meryl Streep incarne Lindy, tandis que Sam Neill joue son mari pasteur, Michael, un homme enfermé dans sa foi qui vacille progressivement face à la machine judiciaire et médiatique. Face à l’actrice au sommet de son art, Sam Neill opte pour un registre plus silencieux, intérieur, incarnant un homme en proie au doute sans jamais l’admettre.
«Calme blanc» (1989), de Phillip Noyce
Dans ce huis clos maritime de Phillip Noyce, un couple en deuil, en mer sur un yacht, recueille un naufragé qui se révèle instable. Le concept de Calme blanc peut sembler simple, mais tout réside dans l’exécution. Pendant une bonne partie du film, Sam Neill est seul à l’écran, coincé sur un bateau en train de couler, séparé de sa femme (Nicole Kidman), restée sur le yacht avec un psychopathe (Billy Zane). Sans dialogues ni partenaire, il se retrouve face à une montée de tension dans un rôle d’une intensité physique rare, prouvant qu’il n’a pas besoin de coéquipier pour porter un film, mais juste d’une tension constante et d’une présence physique imposante.
«À la poursuite d’Octobre Rouge» (1990), de John McTiernan
Dans À la poursuite d’Octobre Rouge, Sam Neill joue Vasili Borodin, le second du capitaine Ramius (Sean Connery), un Soviétique qui choisit de faire défection aux États-Unis au cœur de la guerre froide. Le personnage est méthodique, loyal, tout en retenue, et c’est lui qui apporte au film une touche d’émotion. Borodin rêve, entre deux torpilles, d’élever des lapins dans le Montana. Sam Neill incarne le facteur humain, celui qui rappelle que derrière chaque uniforme se cache un homme avec des désirs simples.
«La leçon de piano» (1993), de Jane Campion
Dans La leçon de piano, Sam Neill interprète Alisdair Stewart, un colon du XIXe siècle à la fois rigide et maladroit, qui peine à comprendre les désirs de la femme qu’on lui a envoyée d’Écosse. Face à Holly Hunter et Harvey Keitel, il construit un personnage antipathique mais profondément vulnérable. Palme d’or à Cannes, La leçon de piano consacre Sam Neill dans le registre du drame intimiste.
«L’Antre de la folie» (1994), de John Carpenter
Dans ce dernier chapitre de la «trilogie de l’Apocalypse» de Carpenter, L’Antre de la folie, Sam Neill incarne John Trent, un enquêteur en assurances chargé de retrouver un romancier d’horreur disparu. Ce voyage l’amène aux confins de la réalité et repose entièrement sur ses épaules. Son interprétation crédibilise une lente chute vers la démence. Bien qu’il ait été sous-estimé à sa sortie, le film est désormais considéré comme un classique de l’horreur lovecraftienne.
«L’Antenne» (2000), de Rob Sitch
Dans L’antenne, comédie dramatique australienne inspirée de faits réels, Sam Neill interprète Cliff Buxton, le directeur de l’observatoire de Parkes. Il est chargé de transmettre les images des premiers pas sur la Lune en 1969. Loin des productions hollywoodiennes, L’Antenne offre un cinéma tendre, drôle et modeste. Sam Neill y brille en homme ordinaire face à un moment extraordinaire, reflet de sa propre personnalité : discrète, intelligente et profondément attachante.
«Les Tudors» (2007-2010)
Première incursion notable de Sam Neill dans une série au long cours, Les Tudors le voit incarner le cardinal Wolsey, l’homme le plus influent d’Angleterre après Henri VIII – et peut-être avant, tant que le roi reste dans l’ignorance. Sam Neill interprète Wolsey en politique de coulisses : sourires en façade, manœuvres discrètes, et une vanité ecclésiastique subtilement camouflée. Stratège avisé, il comprend que le pouvoir à la cour des Tudor est une affaire à durée limitée. On peut dire que Sam Neill n’est pas présent dans la deuxième saison.
«Peaky Blinders» (2013-2014) de Steven Knight
Dans les deux premières saisons de Peaky Blinders, Sam Neill incarne l’inspecteur Chester Campbell, envoyé de Belfast pour écraser le gang des Shelby. Face à Cillian Murphy, il impose un antagoniste d’une intransigeance inébranlable, animé par une foi puritaine et une ambition dévorante. Dans Peaky Blinders comme au cinéma, Sam Neill savait endosser un rôle avec autorité, sans jamais en faire trop.
