France

Saint-Denis : Stéphane Bern agace sur les projets patrimoniaux mais se défend

C’est une polémique inattendue qui a émergé. Le jeudi 23 juillet dernier, l’animateur Stéphane Bern a été élu président de l’association « Suivez la flèche », responsable du chantier de restauration de la tour nord et de la flèche de la basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Cette élection est contestée par le maire insoumis de la ville, Bally Bagayoko, qui remet en question la légitimité du vote. Ce conflit a suscité de nouvelles critiques concernant la simple présence de Stéphane Bern dans ce projet.

« Stéphane Bern n’a aucune qualité en quoi que ce soit, il n’est ni historien, ni conservateur du patrimoine. Il a fait une école de commerce », déclare un internaute. Un autre s’interroge même sur l’existence « d’un projet en France qui se ferait sans lui ». En effet, depuis près de dix ans, le nom de l’animateur, passionné par les familles royales, est presque systématiquement associé à tous les projets patrimoniaux en France. Ce sujet suscite des agacements tant sur sa légitimité que sur son omniprésence.

En 2017 déjà, les critiques avaient fusé lorsque Emmanuel Macron, alors nouveau président de la République, avait annoncé confier une mission de préservation du patrimoine à Stéphane Bern. Plusieurs historiens avaient fustigé ce choix, regrettant que le poste ne soit pas attribué à un historien de formation (Stéphane Bern est diplômé d’une école de commerce, l’EM Lyon), d’autant plus que l’intéressé était connu pour avoir une vision « réactionnaire » de l’Histoire, plus orientée « roman national » et « têtes couronnées » que factuelle et universitaire.

Dans une interview au Nouvel Obs, l’historien Nicolas Offenstadt regrettait le triomphe de l’« histotainment » (contraction d’histoire et entertainment – divertissement) et dénonçait une « vraie gifle adressée aux professionnels qui travaillent dans l’ombre sur ces thématiques » face à l’incompétence de Stéphane Bern dans ce domaine. Une autre historienne commentait dépitée sur Twitter : « En fait, nous les historiens on sert à rien. » D’autres historiens avançaient encore une vision uniquement « marketing » du patrimoine.

Selon les critiques, c’est autant à sa popularité qu’à sa proximité avec Brigitte et Emmanuel Macron que Stéphane Bern doit sa nouvelle position. Bien que l’animateur ait montré à plusieurs reprises avoir des affinités avec la première dame, en 2017, il repoussait les attaques, justifiant n’avoir rencontré le président qu’à trois reprises avant sa nomination. Il sera difficile, après son élection à la tête de « Suivez la flèche », de réitérer cette excuse, lui-même ayant confié que l’État, propriétaire de la basilique, l’avait incité à se présenter. « Quand on vient vous solliciter pour servir, il faut servir », a-t-il assuré, lui qui était déjà membre du Conseil d’administration.

Il est vrai qu’il est devenu incontournable dans toutes les questions relatives au patrimoine depuis. Au premier semestre 2025 encore, il faisait partie de la commission chargée de la transformation de la place de la Concorde à Paris. Cependant, une personnalité très impliquée dans les sujets « patrimoine » en France, qui préfère garder l’anonymat, nous invite à tempérer cette vision : « Oui, il est engagé dans beaucoup de causes. Et c’est pour cela qu’on entend beaucoup son nom. Mais je pense que c’est une impression gonflée par sa présence médiatique avec ses émissions, etc. »

Surtout, selon cette source, le nom de Stéphane Bern est souvent cité de manière indirecte. « En tant que président de la Mission patrimoine, à chaque projet mis en avant, son nom est cité. Ce ne sont pourtant pas “ses” projets directement, mais ils sont soutenus par son organisation, précise-t-il, d’où cette sensation que c’est “encore lui”. »

C’est aussi une des raisons pour lesquelles il a été nommé à ce poste, concède notre expert. « C’est évident que si le label “Stéphane Bern” est accolé à votre projet, vous bénéficiez de davantage de visibilité. D’ailleurs, la mission a même été renommée à son nom (« Mission Bern »). Et, pardon de le dire, mais le patrimoine aujourd’hui, c’est un peu ça. C’est de la survie. Une course aux fonds pour sauver ce qui peut l’être alors si la personnalité de Stéphane Bern peut le faire, tant mieux. »

Outre sa personnalité, c’est également le réseau de l’animateur de « Secrets d’Histoire » qui est mis en avant. « Il est dans les tuyaux depuis des dizaines d’années. Si quelqu’un sait où et à qui s’adresser pour obtenir des soutiens, c’est bien lui. C’est malheureux, mais c’est aussi très macroniste. S’il n’y a pas une tête d’affiche, un peu de clinquant, ça n’existe pas. Ça existait déjà il y a trente ans dans la Culture. Tout le monde courait après Jack Lang », ajoute le spécialiste, qui tient tout de même à mettre certaines choses au crédit de Stéphane Bern : « Non, il n’a pas les compétences d’un chercheur dont c’est la spécialité. Mais c’est quand même un vrai passionné depuis des décennies. Il ne sort pas de nulle part, et surtout, il est vraiment engagé. Quand il se lance, il fait le boulot. »

Face aux critiques, Stéphane Bern se défend. Contacté par 20 Minutes, il répond d’abord aux accusations de Bally Bagayoko. « Ma légitimité est celle d’un président élu à l’unanimité par un conseil d’administration d’une association régie par la loi de 1901 et le vote est démocratique. Le président n’est ni héréditaire ni automatique ! » Il réagit également aux critiques sur son CV : « Je ne vois pas en quoi le parcours universitaire serait en cause. Il y a un conseil scientifique et un comité d’experts… Par ailleurs, oui je fais beaucoup pour le patrimoine mais c’est justement pour cela que les membres du conseil d’administration m’ont tous élu. Je rappelle que c’est une charge et une responsabilité lourdes, et bénévole, que j’assume pour rendre service au patrimoine de Saint-Denis et à ce chantier dont je suis le parrain depuis 2014. »