
Les jeunes sont plus informés qu’on ne le pense, mais vulnérables.
Si certains participants sur le plateau admettent ne pas suivre l’actualité quotidiennement, la réalité semble plus complexe. « Je pense qu’il y en a beaucoup qui s’informent quotidiennement, mais qui ne s’en rendent pas compte », remarque Laura Jadot, journaliste pour Mise à jour, le compte TikTok de la RTBF dédié à l’information des adolescents. En effet, plusieurs comptes sur les réseaux sociaux diffusent des contenus informatifs en continu, sans que l’utilisateur ait l’impression de « consommer de l’info ». Cosmina, 21 ans, étudiante en communication, résume : « Dans mon fil d’actu, il y a des infos qui s’affichent toutes seules. Je n’ai pas le choix de ne pas me tenir informée ».
Lorsque l’on interroge les participants sur leurs sources d’information, TikTok et YouTube sont mentionnés en priorité. Lucas, 18 ans, étudiant en tourisme, explique son attrait pour TikTok : « Je préfère écouter que lire. Je vais rester plus longtemps, naturellement, sur la vidéo. » Juliana, 20 ans, préfère YouTube, qu’elle décrit comme « un entre-deux entre les réseaux sociaux et la télévision », permettant d’approfondir l’analyse. Les podcasts séduisent également : Soukeyna, 26 ans, étudiante et assistante administrative, les écoute régulièrement. « Matin Première » et « Hugo Décrypte » figurent parmi ses préférés. La radio et la presse digitale restent présentes, mais de manière complémentaire. La télévision traditionnelle, quant à elle, est jugée trop formelle par plusieurs participants.
La bulle algorithmique, un sujet souvent évoqué, est vécue différemment. Lucas en fait l’expérience : TikTok ne lui propose que ce qui correspond à ses centres d’intérêt. « J’ai une pote qui va voir une information politique, et moi, la politique, ça ne m’intéresse pas. Nous n’aurons tous les deux pas du tout la même information. » En conséquence, chacun vit dans sa propre version de l’actualité, sans forcément en avoir conscience. Et lorsque l’information plaît, le réflexe est souvent de la partager sans vérification. Soukeyna le reconnaît : « On a cette tendance de ‘Ah, l’info me plaît, donc je vais partager’. Ça va super vite. »
Mehdi Khelfat, Référent info Nouvelles Générations à la RTBF, nuance l’idée selon laquelle la désinformation serait un problème propre aux jeunes : « Il faut se souvenir de ce qui passait pendant le Covid sur Facebook. Il y a beaucoup de seniors qui balançaient des choses complètement fausses. Ce n’est pas une question d’âge, c’est une question de moment. » Pour identifier une source fiable, il propose un repère simple : « Un média sérieux qui se trompe va reconnaître son erreur et va faire un démenti. » Juliana ajoute que l’apparence d’un contenu peut également induire en erreur : « Si le logo d’un média est bien reproduit et qu’il n’y a pas trop de fautes d’orthographe, on va peut-être partager l’information plus facilement. »
Pour toucher les jeunes là où ils se trouvent, la RTBF utilise plusieurs formats spécifiques. Laura Jadot présente Mise à jour, le compte TikTok d’information pour les adolescents, qui compte aujourd’hui près de 600 000 abonnés. Le concept : aborder l’actualité avec les codes des jeunes, sans sacrifier la rigueur. « On essaye d’utiliser vos codes. On vous raconte l’info différemment, avec de l’humour et de la spontanéité », explique-t-elle. Une information vérifiée, sourcée, mais présentée dans un format qui parle aux jeunes.
Mehdi Khelfat résume l’ambition : « L’objectif, c’est qu’on sorte de là en ayant appris quelque chose. Une info qui a été vérifiée, certifiée. Mais sans que ce soit rébarbatif. » Sur Tarmac, IZY News propose des épisodes de 12 minutes sur des sujets variés — des élections aux grandes rivalités sportives, en passant par les droits LGBT. Pour aborder les partis politiques lors des élections, l’équipe avait même créé des cartes Pokémon. Une manière de démontrer que l’information sérieuse et des formats accessibles ne sont pas incompatibles.
Patrick Verniers, directeur du Conseil supérieur de l’éducation aux médias, rappelle que s’informer est un apprentissage. L’esprit critique ne tombe pas du ciel : « L’esprit critique, c’est parvenir à faire le tri. C’est exercer en permanence une espèce de doute raisonnable. » Ni rejet systématique, ni confiance aveugle, mais une vigilance constante.
Prendre le temps de vérifier une information avant de la partager est une attitude simple à adopter, mais cruciale à une époque où une rumeur peut faire le tour du monde en quelques secondes. « Prenez ce temps pour en parler et pour recouper une info », insiste-t-il. Un message que les jeunes présents dans l’émission semblent avoir compris, même si, comme ils l’admettent eux-mêmes, résister à l’impulsion du partage immédiat reste un défi quotidien.
Retrouvez la dernière édition de « Table Média » ci-dessus.
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