Belgique

La quasi-totalité des migrants illégaux à Ceuta sont repartis, selon le ministre espagnol.

Environ 60.000 personnes, principalement des jeunes hommes et des adolescents, majoritairement originaires du Maroc, ont pénétré sans autorisation à Ceuta depuis le début de la semaine, en traversant la frontière terrestre ou en passant par la mer depuis le Maroc voisin, selon les informations fournies aux journalistes par le président régional de ce petit territoire, Juan Jesus Vivas.

Cependant, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, dépêché d’urgence sur place, a affirmé que presque tous ces migrants avaient quitté les lieux samedi.

« La situation est presque entièrement inversée », a-t-il déclaré devant la presse.

Dans la matinée, sous la surveillance de soldats et de policiers espagnols, les derniers jeunes migrants ont continué à repasser la frontière vers le Maroc, comme l’ont constaté des journalistes de l’AFP.

Ceux qui restaient trop longtemps sur le sentier côtier étaient immédiatement reconduits vers la sortie par les militaires.

Les 84.000 habitants de Ceuta « peuvent se promener, font leurs courses, les commerces ont rouvert », a insisté le ministre Fernando Grande-Marlaska, tout en reconnaissant que cette crise migratoire, qui s’est transformée en querelle diplomatique au sein de l’Union européenne, n’était « pas terminée ».

Au moins 67 personnes ont perdu la vie, beaucoup se sont noyées, en tentant de pénétrer sur ce territoire bordant le détroit de Gibraltar, a-t-il déploré.

L’AFP a de son côté observé deux hommes sortir de l’eau sur la plage adjacente à la frontière, puis s’écrouler sur le sable, visiblement épuisés.

Plus à l’intérieur des terres, l’AFP a vu des centaines de migrants, dont beaucoup d’Africains subsahariens, attendre devant le centre d’accueil qui leur est dédié, mais dont la police bloquait l’accès.

« En Afrique, il n’y a pas beaucoup d’opportunités. Alors on espère aller en Europe pour pouvoir travailler et gagner notre vie, c’est tout », a confié Souleye Bodian, un Sénégalais de 19 ans.

« Un ami m’a appelé, il m’a dit que la frontière était ouverte », a raconté à l’AFP Soufiane, un Marocain de 42 ans, qui est arrivé à Ceuta en nageant « trois, cinq minutes » dans l’espoir de rejoindre Madrid, à des centaines de kilomètres plus au nord, pour voir sa mère, « victime d’une leucémie ».

Selon lui, l’entrée massive de migrants ces derniers jours montre que « tout le monde veut ‘monter’ (en Espagne) et souhaite avoir un bon avenir ».

Cet afflux soudain de migrants a suscité l’inquiétude chez de nombreux dirigeants de nations européennes, où les questions d’immigration et de contrôle des frontières de l’espace Schengen demeurent sensibles.

Les ministres de l’Intérieur des pays de l’UE discuteront mardi en visioconférence des événements à Ceuta, a annoncé samedi l’Irlande, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne.

Par échanges de lettres, l’Espagne, suivie d’un groupe de 22 États, dont l’Italie, l’Allemagne et le Danemark, a successivement demandé cette réunion.

« Nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés, l’instrumentalisation des migrations ou d’autres menaces hybrides donnent le sentiment qu’il est possible d’entrer illégalement dans l’Union européenne. Et qu’une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal », ont écrit dans une lettre ouverte les représentants de ces 22 pays.

« Les événements de ces derniers jours exigent une réponse européenne immédiate et coordonnée », ont-ils ajouté.

Ce texte est le fruit d’une initiative de la Première ministre italienne d’extrême droite, Giorgia Meloni, dont le pays a temporairement cessé d’appliquer les règles de l’espace Schengen vis-à-vis de l’Espagne, et de son homologue danoise, Mette Frederiksen, qui a estimé vendredi que l’UE devrait envisager de suspendre la coopération Schengen avec l’Espagne.

« La défense des frontières extérieures de l’Union n’est pas l’intérêt d’une seule nation. C’est une responsabilité commune de l’Europe », a souligné sur X la cheffe du gouvernement italien.

Parmi les autres signataires figurent les dirigeants des gouvernements hongrois, suédois et polonais, mais pas les dirigeants français et portugais, dont les pays sont des voisins immédiats de l’Espagne.

Le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sánchez, qui prône une approche ouverte en matière migratoire, à l’opposé de nombreuses autres nations européennes, a dénoncé une attitude qui « va à l’encontre des intérêts à long terme » du Vieux Continent.

Son ministre, Fernando Grande-Marlaska, a également critiqué « la mauvaise foi » de certains qui « ont la mémoire très courte », rappelant le soutien de l’Espagne à l’Italie durant la crise migratoire sur l’île de Lampedusa en 2023.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a jugé sur X que l’Union européenne devait « tirer les leçons de la situation pour renforcer notre résilience européenne », tout en soulignant qu’aucune personne n’avait atteint l’Espagne continentale ou le reste de l’UE après être parvenue ces derniers jours à Ceuta.

Ce territoire constitue l’une des deux frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe, avec l’autre enclave espagnole de Melilla.

Pour empêcher désormais les migrants de traverser à la nage, une barrière pneumatique de 500 mètres de long est en cours d’installation dans la mer Méditerranée, a constaté l’AFP.