
Présidentielle 2027 : Ségolène Royal peut-elle bousculer ses rivaux du PS ?
La scène politique française est souvent marquée par des discours prévisibles et des débats sans surprise. Pourtant, Ségolène Royal, figure emblématique du Parti socialiste, continue de susciter l’intérêt et l’inquiétude. Après une carrière de quarante ans, l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 se lance dans la course à la primaire socialiste, prévue les 10 et 17 octobre prochains, en collaboration avec Place publique. Alors que les regards se tournent vers les favoris, Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, la question se pose : Ségolène Royal peut-elle encore une fois déjouer les attentes ?
Royal a récemment annoncé avoir réuni les parrainages nécessaires pour sa candidature. Elle ne se contente pas d’être une simple figurante dans cette compétition. « Aujourd’hui, on a beaucoup de responsables politiques qui s’aiment eux-mêmes et qui aiment leur carrière au lieu d’aimer le peuple. […] Moi, je n’ai rien à prouver, je n’ai pas de carrière politique à faire », a-t-elle affirmé avec son franc-parler habituel. À 72 ans, elle reprend son slogan de 2007, « l’ordre juste », et met en avant des thèmes cruciaux tels que le pouvoir d’achat, la transition énergétique et la protection des enfants.
Luc Carvounas, maire d’Alfortville et directeur de campagne de Royal, évoque l’impact qu’elle a sur son entourage : « Quand vous entrez dans un restaurant avec elle, les têtes se tournent. Il y a toujours l’effet waouh. Elle rappelle l’âge d’or du PS, l’époque où on dirigeait le pays ». Il souligne également son sens populaire et sa capacité à anticiper des enjeux sociétaux, comme le sexisme en politique et le retour des symboles nationaux à gauche.
Cependant, ses ambitions n’ont pas toujours été prises au sérieux par ses pairs. Au fil du temps, ses adversaires ont compris qu’elle était une adversaire redoutable. Un cadre socialiste la décrit comme « un personnage hors du commun » qui peut tirer parti de sa singularité. Malgré ses succès passés, elle a également connu des revers. En 2017, elle est nommée ambassadrice pour les pôles, mais deux ans plus tard, elle est critiquée pour avoir mis en avant ses propres ouvrages. Démise de ses fonctions en 2020, elle a également fait parler d’elle pour avoir soutenu l’hydroxychloroquine contre le Covid-19, avant de supprimer ses tweets à ce sujet.
Son parcours politique a été semé d’embûches, notamment un score décevant aux sénatoriales de 2021, où elle n’a obtenu que 2 % des voix. Malgré cela, elle a soutenu Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle de 2022 et a rejoint l’émission de Cyril Hanouna comme chroniqueuse. En 2024, elle a même exprimé son intérêt pour Matignon pendant la crise politique estivale. Toutefois, ses déclarations controversées, notamment sur la guerre en Ukraine, ont suscité des critiques. Elle a été accusée de minimiser les crimes de guerre russes, ce qui a provoqué des tensions au sein du PS.
Les premiers jours de sa campagne ont révélé son caractère imprévisible. Sur BFMTV, elle a exprimé des opinions sur des sujets sensibles, comme l’interdiction du voile, en déclarant : « Je préfère une femme qui a un foulard sur la tête et qui garde des enfants qu’un pédocriminel ». Ces propos ont suscité des inquiétudes, même parmi ses soutiens. Un député socialiste a noté qu’elle possède une capacité à faire des bourdes, ce qui pourrait nuire à la qualité des débats.
Malgré les doutes, certains estiment que sa notoriété pourrait attirer l’intérêt des électeurs. Romain Eskenazi, soutien d’un autre candidat, a exprimé des réserves quant à sa capacité à représenter la gauche démocratique après une longue absence de la vie politique. Lors d’un déplacement à la foire de Châlons-en-Champagne, Ségolène Royal a commenté les inquiétudes suscitées par sa candidature en souriant : « Ils ont raison d’avoir peur ». Cette déclaration soulève la question de savoir si elle parviendra à transformer ses surprises en succès dans cette nouvelle aventure politique.
L’enquête sur l’utilisation des ressources mises à sa disposition en tant qu’ambassadrice a été classée sans suite par le Parquet national financier.
