Présidentielle 2027 : La candidature de Jean-Luc Mélenchon ne fait pas débat à LFI
Jean-Luc Mélenchon sera candidat pour la quatrième fois à l’Elysée. Au sein du mouvement, sa candidature ne fait aucun doute, car les ambitieux susceptibles de lui faire de l’ombre ont été écartés.
« Vous pensez que Jean-Luc Mélenchon s’embête avec une primaire ? » Au sein de la droite, certains envient la liberté d’action dont jouit le leader de La France insoumise. Ce mouvement de gauche a organisé dimanche dernier une assemblée pour préparer sa stratégie en vue de la présidentielle de 2027. Bien que le nom du futur candidat LFI n’ait pas été annoncé, au sein du parti, personne n’entretient plus le faux suspense. Jean-Luc Mélenchon se lancera en effet pour la quatrième fois dans la course à l’Élysée. « Parce que c’est le meilleur ! », justifie un cadre du mouvement. Malgré les controverses, sa candidature n’a jamais été remise en question.
« Faites mieux », déclarait pourtant l’intéressé le 10 avril 2022, après sa troisième élimination au premier tour d’une présidentielle. Devant un public touché, l’ancien sénateur socialiste semblait ouvrir la porte à sa succession pour mener la lutte. Quatre ans plus tard, l’ancien ministre de Lionel Jospin s’apprête à repartir en campagne. En réalité, il n’a jamais lâché prise, restant au centre du jeu politique à gauche. « Élisez-moi Premier ministre », lançait-il dès l’entre-deux-tours de la présidentielle. Après une campagne retentissante, le tribun a participé à la création de la Nupes, qui visait à amener « Mélenchon à Matignon » aux législatives de 2022. « Il n’a pas dit »faites mieux sans moi », et pour le coup, nous avons effectivement fait mieux aux législatives, mais aussi aux européennes de 2024 et aux municipales de 2026 », défend Aurélien Saintoul, député LFI des Hauts-de-Seine. « Il a l’expérience des campagnes, il a exercé le pouvoir, sa candidature ne suscite pas de débat, il est le plus légitime. » « Ce n’est pas acté, mais il est le candidat naturel parce qu’il a fait progresser à chaque fois notre camp jusqu’à nous placer aux portes du second tour », abonde Manon Aubry, eurodéputée LFI.
Au sein du mouvement, sa candidature ne fait pas de doute. En effet, le tribun et ses proches ont su écarter toutes les figures susceptibles de lui faire de l’ombre, en purgeant notamment les « camarades » les plus critiques, comme Danielle Simonnet, Raquel Garrido, Alexis Corbière, ou Clémentine Autain à l’été 2024. Les relations se sont également rapidement détériorées avec François Ruffin, que le patron de LFI avait pourtant semblé soutenir un temps. « Le mouvement ne permet pas de débat interne, que ce soit pour la désignation du candidat ou pour la stratégie. Malgré les mises en scène, le parti est verrouillé, et les instances opaques ne favorisent pas la discussion. Tout est régi par la figure présidentielle du candidat Mélenchon », déplore Alexis Corbière, l’ex-lieutenant déchu.
Du côté de LFI, les critiques sont balayées. « Je crains que les considérations personnelles prévalent ici sur les enjeux politiques », répond Aurélien Saintoul. « Jean-Luc Mélenchon a espéré que François Ruffin soit prêt, mais il n’était pas assez solide. Comme dans la fable de La Fontaine, le renard qui ne peut atteindre les raisins en haut de l’arbre les trouve finalement trop verts pour les manger… », ironise-t-il.
Pour les insoumis, Mélenchon est le candidat idéal. Malgré les polémiques et les accusations d’antisémitisme de ses adversaires et maintenant même d’une partie de la gauche. Malgré aussi les mauvais sondages pour le second tour : l’insoumis serait largement battu par Jordan Bardella dans l’éventualité d’une qualification au second tour de la prochaine présidentielle (71,5 % contre 28,5 % selon une enquête Elabe fin mars). « Mélenchon a un socle électoral de premier tour. Mais son plancher est devenu son plafond. Il a contribué à isoler l’extrême gauche du reste de la gauche, et c’est désormais le pire candidat face à Jordan Bardella », affirme Sacha Houlié, député de la Vienne proche de Raphaël Glucksmann. « Mélenchon a un effet très répulsif pour une partie de l’électorat dont nous aurons besoin pour l’emporter au second tour. C’est un impensé de la stratégie insoumise », déplore Alexis Corbière.
« C’est le seul à gauche qui peut être au second tour, c’est factuel », répond le député LFI de Paris Rodrigo Arenas. Les insoumis rejettent les « sondages bidonnés » et misent sur une surmobilisation des abstentionnistes au premier comme au second tour pour l’emporter. « Dans le monde parallèle des sondages, ce n’est pas très compliqué, tout le monde perd face à Bardella. Mais un sondage de second tour n’a aucune valeur dès lors que les sondés ne sont pas placés devant ce scénario », ajoute Manon Aubry.
« Pour la bonne société et les plus riches, c’est peut-être quelqu’un de dangereux. Mais dans les quartiers populaires, il y a de la sympathie. En tant qu’insoumis, nous sommes identifiés, mais quand nous disons »nous sommes avec Jean-Luc Mélenchon », cela ouvre les portes, nous sommes même parfois invités à manger un gâteau », s’amuse Aurélien Saintoul. « Sa candidature a un caractère d’évidence, car aujourd’hui il reste le meilleur. » Le meilleur, du moins pour les insoumis.

