
Le « Chinese Dreamcore » fascine la Gen Z.
Le phénomène du « Chinese Dreamcore » est inspiré des souvenirs d’enfance des jeunes Chinois et puise dans des éléments des années 2000 comme des centres commerciaux et des jeux vidéo. Le hashtag #DreamCore# a cumulé plus d’un milliard de vues sur Rednote, tandis que #ChineseDreamCore# compte près d’un million de discussions.
Pourquoi les jeunes adultes ressentent-ils une telle nostalgie pour le passé ? Depuis plusieurs mois, une tendance émerge sur les réseaux sociaux chinois : le « Chinese Dreamcore ». Ce mouvement ne propose ni danses virales, ni recettes de cuisine, mais présente des images granuleuses de terrains de jeux abandonnés, de vieux centres commerciaux, d’escaliers, d’écrans Windows XP ou de souvenirs des Jeux olympiques de Pékin en 2008.
Apparu sur Internet au début des années 2020, le *dreamcore* est d’abord une esthétique tirée des jeux vidéo et de l’Internet des années 2000. Les images floues, les couleurs pâlies, les espaces vides, les écrans d’ordinateurs et les effets VHS forment un univers volontairement étrange, oscillant entre rêve et souvenir.
### Qu’est-ce que le « Chinese Dreamcore » ?
Le « Chinese Dreamcore » reprend directement les souvenirs d’enfance des jeunes Chinois : les centres commerciaux excentriques des années 2000, les immeubles à l’architecture futuriste, les terrains de jeux colorés, les salles de classe, les anciennes interfaces de QQ (l’ancêtre chinois de Messenger) ou encore les Jeux olympiques de Pékin de 2008… Dans un article consacré à ce phénomène, le *South China Morning Post* souligne que cette variante est étroitement liée à l’urbanisation rapide du pays. Selon Shirley Lau, commissaire d’exposition, cela témoigne d’« un sentiment d’aliénation » et d’« une nostalgie d’une époque où la relation avec sa ville semblait plus intime », même si cette période est en partie idéalisée.
Le hashtag #DreamCore# a cumulé plus d’un milliard de vues sur le réseau social Rednote, tandis que #ChineseDreamCore# compte près d’un million de discussions, d’après un blog. Ce phénomène dépasse de loin les simples chiffres associés au hashtag ; il a déjà pénétré un paysage culturel plus large.
### Plus qu’une nostalgie, un refuge ?
Dans le *New York Times*, Han Xiaoqiang, professeur associé à l’université Southeast de Nankin, compare ces vidéos à une forme d’accès à un accomplissement imaginaire :
« Ils utilisent la nostalgie pour retourner dans un rêve parce qu’ils ne peuvent rien changer. Les rêves de leur enfance étaient lumineux, mais une fois adultes, ils découvrent que la société ne correspond pas à ce qu’ils imaginaient. »
Les créateurs évoquent également un « antidouleur numérique ».
Les utilisateurs de ce hashtag appartiennent principalement à la génération Z. Toutefois, cette tendance s’étend bien au-delà des réseaux sociaux, influençant l’art, inspirant des livres et des campagnes publicitaires. À Hong Kong, une exposition entière appelée *Dreamedcore* a été dédiée à cette nouvelle sensibilité. Rassemblant vingt-deux artistes de Chine, Hong Kong, Singapour et Thaïlande, elle recrée un grand magasin des années 2000 avec ses fontaines, ses mannequins et ses enseignes lumineuses.
### Hashtag qui dérange l’État chinois ?
Bien que ce voyage dans le passé semble inoffensif, il ne fait pas consensus. Le *New York Times* rappelle que plusieurs médias d’État chinois ont mis en garde contre une idéalisation excessive du passé. Un article d’une revue liée au département de la propagande de la province du Gansu estime qu’« une immersion trop importante dans le Dreamcore pourrait conduire certains jeunes à développer une vision déformée de la réalité ou à se détourner de l’avenir. »
« C’est surtout un hashtag à la mode », déclare Huang Heshan, artiste plasticien pékinois :
« Reste à voir combien de personnes pourront vraiment en tirer quelque chose de précieux et de profond, et cela dépendra de sa capacité à inspirer des œuvres durables. »
L’illustratrice Ai Kewei, interrogée par le quotidien américain, assure que le « Chinese Dreamcore » ne critique pas la Chine actuelle, mais cherche plutôt à créer « un espace virtuel où chacun peut reconnaître sa vulnérabilité et comprendre qu’il n’est pas seul ». Une manière, conclut-elle, de regarder sa tristesse et de se dire : « Moi aussi, je ressens ça. »
