« Interdit aux chiens et aux Italiens » : Alain Ughetto lance des marionnettes sur les traces de sa famille disparue

Alain Ughetto rend hommage à sa famille dans Interdit aux chiens et aux Italiens, réalisé en stop motion (animation image par image) et doublement récompensé au Festival d’Annecy. Il revient au début du XXe siècle, dans le nord de l’Italie, pour faire découvrir comment les siens ont survécu à la misère à force de courage et de détermination.

« J’ai mis neuf ans à monter le projet, explique le réalisateur de Jasmine à 20 Minutes. L’idée m’est venue quand j’ai découvert que tout ce qui avait fait ma famille avait disparu du village d’Ughettera dont nous sommes originaires et où il ne restait plus aucune trace de leur passage. » Il raconte la vie pauvre mais heureuse de ses grands-parents et de ses parents venus s’installer en France dans l’espoir d’y vivre mieux. Avec pudeur et tendresse, il donne l’impression au spectateur de faire partie de leur environnement chaleureux.

Faire entendre la voix des migrants

« En faisant entendre la voix des miens, c’est à tous les migrants que je donne la parole. Mon film est militant dans la façon dont il fait écho au monde d’aujourd’hui », précise Alain Ughetto qui assure la narration de son film avec Ariane Ascaride. Les mains du cinéaste apparaissent régulièrement dans le champ pour manipuler les objets. L’émotion est intense quand c’est la marionnette de son père qu’il fait bouger. « Il était important pour moi d’apparaître ainsi, précise-t-il. C’est ma façon de rendre hommage à mon père et mon grand-père qui travaillaient de leurs mains. » Alain Ughetto a également choisi d’utiliser des éléments familiers du passé de sa famille – brocolis, châtaignes, morceaux de carton – pour créer les décors, donnant un cachet poétique et original à cette fresque riche en émotions.

La pancarte « Interdit aux chiens et aux Italiens » qui donne son titre au film existait vraiment en Belgique. « Les migrants qui venaient faire les basses besognes, parfois au péril de leurs vies, n’avaient droit à aucun respect, raconte-t-il. Ils se battaient pour que leurs enfants connaissent une vie meilleure. » L’amour et l’admiration qu’Alain Ughetto ressent pour ses proches imprègnent son œuvre. Il révèle aussi bien les malheurs que les siens ont subis que leurs joies notamment lors du passage du Tour de France dont on voit évoluer la caravane au fil des années. Si Alain Ughetto explique qu’il a attendu le décès de son père pour faire ce film, on se prend à penser que ce dernier aurait sans doute apprécié de revivre de si belle façon sous les doigts de son rejeton.