France

Incendies : Replanter est-il nécessaire après le feu dans la forêt ?

Au lendemain des violents feux de forêts de l’été 2022, Emmanuel Macron avait promis de planter « un milliard d’arbres » en dix ans. Le 7 juillet, 55 députés ont déposé une proposition de loi visant à adapter nos forêts au changement climatique, sans inclure de vaste programme de replantation.


Au lendemain des violents incendies de forêt de l’été 2022, Emmanuel Macron avait promis de planter « un milliard d’arbres » en dix ans. Quatre ans après cette annonce et alors que la France fait face à un début d’été désastreux sur le plan des incendies, cette promesse semble désormais lointaine. Est-ce simplement une opération de communication ? Cela reste envisageable. S’il est essentiel de planter des arbres pour préparer le pays à un climat en réchauffement, il est crucial d’agir avec discernement. Face aux ravages des flammes dans les forêts, les experts en sylviculture multiplient les appels à faire preuve de patience, avec un objectif clairement affiché : laisser la nature se régénérer d’elle-même.

Après le passage des flammes, il ne faut que quelques semaines pour que les fougères commencent à reverdir. Les fourmis et les insectes rampants reviennent également très rapidement. En revanche, plusieurs années sont nécessaires pour que les arbres retrouvent leur taille. L’homme est-il capable d’attendre ? « Il y a un vrai décalage entre la perception des forestiers et celle du grand public. Quand une forêt brûle, on a l’impression que tout le monde veut reconstruire rapidement. Comme cela a été fait pour Notre-Dame-de-Paris. Mais une forêt, ce n’est pas une maison ou un monument », souligne Hervé Le Bouler.

Bien qu’il s’inquiète de la multiplication des incendies, le spécialiste des forêts appelle à la raison et à la patience. « Les écosystèmes forestiers ont une réelle capacité de régénération naturelle. D’abord à partir des graines présentes dans le sol, mais aussi grâce aux semences des arbres qui ont survécu. Il ne faut surtout pas se précipiter. » L’Office national des forêts, qui gère les espaces publics, adhère à ce point de vue. « La nature a souvent sa propre capacité de résilience, qui est souvent remarquable. Il ne faut pas prendre des décisions hâtives. Très souvent, la régénération naturelle est suffisante », précise l’ONF. Les graines présentes dans le sol ou dispersées par le vent et les animaux, ainsi que les rejets des souches d’arbres feuillus, permettent cette reconstruction.

Le parc national des Calanques de Marseille, souvent touché par des incendies, doit régulièrement expliquer la présence d’arbres calcinés aux visiteurs, parfois perturbés par ces troncs noircis. « Ces arbres peuvent être perçus comme sales dans le paysage. Ce n’est sûrement pas l’avis des petits mammifères et oiseaux qui les utiliseront pour recoloniser la zone et transporter des graines, contribuant ainsi au renouvellement de la forêt. Nettoyer, c’est entraver le processus naturel de régénération de la forêt », met en garde le parc national. Seuls les arbres situés le long des routes ou des chemins sont enlevés pour des raisons de sécurité. Le reste est laissé en l’état.

Face à la nécessité pour les politiques de communiquer rapidement pour éteindre les controverses, Bruno Doucet appelle également à la patience. « La forêt peut repousser d’elle-même, même après un incendie majeur. Il n’est pas nécessaire de l’assister. En quelques mois, certaines essences sont déjà revenues. En quelques années, elle redémarre », assure le responsable de campagne de l’ONG Canopée. Cette organisation milite depuis 2018 pour une meilleure protection de nos forêts et insiste sur l’importance de laisser la nature agir seule, plutôt que de se sentir obligés d’intervenir. « Le risque, lorsqu’on replante, est d’artificialiser et d’obtenir des plantations d’une seule espèce, comme le pin maritime. Cela pousse rapidement et est facile à valoriser pour l’industrie du bois. Mais la monoculture est un véritable danger. On sait que pendant des années, ces jeunes arbres seront très sensibles au feu. Il faut des plantations mixtes avec une vision à long terme », ajoute Bruno Doucet.

Bien que la France le veuille, elle ne pourra pas replanter tout ce qui a été brûlé. Près de 40 000 hectares ont déjà été dévastés cette année, un chiffre largement supérieur à celui de l’ensemble de l’année 2022. Une question se pose cependant : en laissant la nature se reconstruire seule, sommes-nous certains qu’elle se concentrera sur des espèces adaptées au changement climatique ? « À Fontainebleau, il est évident que ce sont principalement des parcelles de pin qui ont brûlé. Si nous ne faisons rien, il est très probable que la même espèce repousse, et comme elle pousse très vite, elle risque de devenir encore plus dominante. Il est nécessaire de réfléchir à la manière de contrôler cette régénération. Faut-il intervenir pour aider la forêt face au réchauffement ? Je n’ai pas la réponse. Je pense qu’il faut un mélange. Il faut tout réinventer, mais en concertation », propose Hervé Le Bouler.

Le 7 juillet, 55 députés issus de Horizons à LFI, en passant par de nombreux écologistes, ont déposé une proposition de loi visant à adapter nos forêts au changement climatique. Ce texte prévoit notamment l’interdiction du dessouchage et le recrutement de près de 1 300 personnes pour l’Office national des forêts (ONF). Cependant, il ne comprend pas de vaste programme de replantation. La nature s’en chargera.