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Guerre en Ukraine : Mykhailo Fedorov peut-il défier Zelensky ?

Mykhailo Fedorov, ex-ministre de la Défense ukrainien, a fait entendre sa voix mardi sur sa chaîne YouTube, marquant ainsi son intention de rester actif sur la scène politique ukrainienne, malgré son limogeage en juillet dernier. Alors que son successeur a été nommé par le parlement ce mercredi, Fedorov, vêtu de noir, a exprimé son refus d’accepter un départ définitif. Son éviction a été suivie de manifestations, un phénomène rare dans le contexte actuel de guerre où les pertes civiles s’accumulent en Ukraine.

Dans un climat de tensions croissantes, le président Volodymyr Zelensky a pris la décision de remplacer Oleksandr Syrsky, un personnage jugé rival de Fedorov. Cependant, ce changement n’a pas conduit à une réintégration de l’ancien ministre, qui a été écarté des affaires gouvernementales. Mi-août, Zelensky a proposé Ievgueniï Khmara, un haut responsable des services de sécurité, pour le poste de ministre de la Défense, fermant ainsi la porte à un retour de Fedorov qu’il a déjà affirmé ne considérer que pour ce rôle précis, refusant d’autres fonctions, y compris celle de vice-Premier ministre.

L’ancien ministre a clairement indiqué qu’il ne voyait pas d’avenir dans un gouvernement où seul le ministre de la Défense pouvait véritablement influencer la stratégie militaire. Dominique Arel, professeur à l’université d’Ottawa, souligne que Fedorov a pris la décision de passer à l’offensive, appelant à la tenue de nouvelles élections. Dans une allocution directe, il a dénoncé une « crise systémique de gouvernance » en Ukraine et a critiqué son propre limogeage, affirmant que les nominations ne devraient pas dépendre de la loyauté personnelle mais du professionnalisme et des résultats.

Les élections en Ukraine, cependant, sont entravées par la loi martiale qui interdit leur tenue. De plus, la situation sur le terrain complique considérablement la possibilité d’un scrutin équitable. Avec environ 18 % du territoire occupé par les forces russes et des millions de citoyens déplacés, la tenue d’élections dans de telles conditions semble peu réaliste. Un sondage récent a révélé que seulement 15 % des Ukrainiens souhaitent des élections avant la fin de la guerre, ce qui a conduit à une réception froide des propositions de Fedorov, même parmi ses partisans.

Oleksandr Merezhko, député ayant soutenu Fedorov, a qualifié ces idées de « très dangereuses et irréalistes », arguant qu’elles pourraient affaiblir l’unité nationale. Arel partage cette inquiétude, craignant que des élections puissent être manipulées par la Russie et entraîner un regain de soutien pour les factions pro-russes. Il est important de noter que Fedorov ne plaide pas pour des concessions territoriales, telles que le retrait du Donbass.

Un article du Kyiv Post soulève des questions sur les motivations de Fedorov, suggérant qu’il cherche à capitaliser sur sa popularité croissante pour avancer ses propres ambitions politiques. Les sondages montrent que, mis à part Zelensky, les figures de confiance en Ukraine, comme Fedorov, n’occupent pas de mandats électifs. Selon une enquête récente, Fedorov est perçu par 65 % des Ukrainiens comme une personnalité de confiance, juste derrière le général Zaloujny.

Cet épisode met en lumière les évolutions de la vie politique ukrainienne, même en temps de guerre. Arel note que le débat politique reste ouvert, ce qui est remarquable dans un contexte où des décisions comme le limogeage d’un ministre de premier plan sont contestées publiquement. Cela pourrait être interprété comme un signe de transformation démocratique, un phénomène inédit dans le cadre d’un conflit armé.