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Guerre en Ukraine : La Russie connaît-elle un « épuisement militaire » ?

Les drones ukrainiens ont frappé des usines de composants électroniques et des raffineries à Moscou et à Saint-Pétersbourg ces dernières semaines. Selon une enquête de médias russes indépendants, 350.000 hommes russes âgés de 18 à 59 ans sont déjà morts dans le conflit.


Les difficultés s’accumulent pour Vladimir Poutine. Récemment, les drones ukrainiens ont ciblé avec intensité des installations en Russie, notamment des usines de composants électroniques et des raffineries à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Au-delà des conséquences économiques et symboliques de ces attaques, elles soulignent la réalité d’un conflit qui dure depuis plus de quatre ans, après avoir débuté en février 2022.

En mai, l’Ukraine a récupéré près de 300 km² de territoire. Bien que ces avancées puissent sembler mineures pour la deuxième fois consécutive, elles révèlent un « épuisement militaire », selon Ulrich Bounat, analyste en géopolitique et chercheur associé chez Eurocreative. Il affirme : « La Russie n’est plus capable de maintenir une pression militaire sur l’ensemble de la ligne de front. »

Parallèlement, les forces ukrainiennes mènent une double campagne, explique Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux : des frappes en profondeur sur le sol russe, associées à des attaques ciblées sur la logistique russe. « On sent que la Russie est vraiment en train de perdre pied », constate l’expert.

### En mauvaise posture

Le Kremlin est-il en train de perdre cette guerre ? « Sur le plan stratégique, la Russie a perdu depuis très longtemps », balaye Ulrich Bounat. L’objectif initial de renverser le pouvoir en Ukraine ne sera jamais atteint et la démonstration de force face à l’Occident s’avère être un échec. L’Otan, qui se renforce, compte désormais deux nouveaux membres, la Finlande et la Suède, en réaction à la menace russe. La Russie est désormais marginalisée en Europe, sous pression des sanctions occidentales. « Du point de vue ukrainien, chaque minute durant laquelle l’Ukraine existe, la Russie perd », rappelle également Stéphane Audrand.

D’autre part, l’attitude du président américain Donald Trump lors du dernier G7, perçue comme un changement de position, a inquiété les diplomates russes. Habitué à être réticent à soutenir Kiev, le républicain a suggéré que la Russie « devrait conclure un accord ». « Moscou n’a jamais réussi à lever totalement les sanctions américaines et à exclure complètement les Européens de la scène », remarque le consultant en risques internationaux. Il ajoute : « La situation n’a peut-être jamais été aussi défavorable pour la Russie depuis l’automne 2022. »

### Manœuvre de déstabilisation

Peut-on envisager une déroute pour la Russie ? Les experts sont prudents. « Il est difficile d’affirmer que les Russes vont perdre, mais ils ne gagneront pas la guerre, ce qui constitue déjà un changement de récit très significatif », résume Ulrich Bounat. Sur le plan militaire, précise-t-il, la « défaite » n’est pas encore survenue. « Bien que la Russie n’ait pas atteint ses objectifs, notamment la conquête du Donbass, elle continue d’avancer à un coût exorbitant. » D’après une enquête menée par plusieurs médias russes indépendants, 350 000 hommes russes âgés de 18 à 59 ans ont déjà perdu la vie dans ce conflit.

« Le pouvoir russe n’est jamais à court d’idées », souligne Stéphane Audrand. Il est toujours envisageable que la Russie, pour reprendre le contrôle du récit, lance une opération spectaculaire mais déstabilisante, comme l’utilisation d’une arme chimique. Ou que le pays intensifie ses ingérences en vue des élections européennes de 2027. Le Kremlin pourrait également décider d’intensifier l’escalade militaire en procédant à une mobilisation partielle ou totale de sa population.

### Ni victoire, ni défaite

Une telle décision pourrait cependant affecter l’acceptabilité sociale en Russie. En plus des pertes humaines et des frappes récentes, les indicateurs économiques montrent des signes de faiblesse, avec une croissance faible, une inflation élevée et un déficit budgétaire croissant. Des restrictions ont également été appliquées dans certaines stations-service, avec l’interdiction d’exporter de l’essence automobile jusqu’au 31 juillet et celle des carburants d’aviation jusqu’au 30 novembre.

« Il ne faut pas oublier que les conflits se terminent souvent lorsque la situation intérieure devient intenable », insiste Stéphane Audrand. « Comme tout dictateur, Vladimir Poutine veut avant tout conserver le pouvoir. S’il y a une déstabilisation interne, cela le poussera à agir », prévoit Ulrich Bounat, qui rappelle que des élections législatives sont prévues à la Douma à l’automne.

Dans l’éventualité de négociations prochaines, le conflit pourrait se terminer dans une sorte de statu quo, que le président russe pourrait toujours présenter comme une « victoire », puisque des territoires auraient été conquis, bien que ceux-ci ne soient pas reconnus par la communauté internationale. La Russie et l’Ukraine se retrouveraient alors face à un mur économique et social. « La paix sera un moment très difficile », anticipe Stéphane Audrand, soulignant les souffrances de la société civile. « Ce sont les limites de la guerre, il y a rarement un gagnant net. »