Des psychédéliques « ont une action très rapide » contre l’anxiété, affirme une chercheuse.
L’anxiété pathologique est le trouble psychiatrique le plus fréquent, touchant un quart de la population. Des recherches menées par Anna Beyeler indiquent qu’un effet anxiolytique a été enregistré dans les trois tests utilisés sur des souris à sept jours.
Un « trip » thérapeutique pourrait-il devenir un traitement pour les personnes souffrant d’anxiété ? L’anxiété pathologique, qui se manifeste sans danger immédiat, est le trouble psychiatrique le plus courant, touchant un quart de la population.
Actuellement, il faut en moyenne entre huit et dix ans pour parvenir à un diagnostic adéquat et sélectionner la molécule d’anxiolytiques appropriée, la seule option médicamenteuse disponible. De plus, ces anxiolytiques n’ont pas d’effet sur 30 % des patients et, lorsqu’ils sont efficaces, ils entraînent des effets secondaires tels que dépendance, somnolence et troubles de la mémoire.
Face à cette situation, Anna Beyeler, directrice de recherche à l’Inserm et cheffe de l’équipe « Circuits neuronaux de l’anxiété » au Neurocentre Magendie de Bordeaux, s’emploie avec son équipe à déchiffrer les mécanismes neurobiologiques de l’anxiété afin de mieux la réguler. Parmi les pistes explorées par un sous-groupe de son équipe figure l’utilisation d’un psychédélique, le 5-méthoxy-diméthyltryptamine (5-MeO-DMT), dont les résultats ont déjà été publiés dans le cadre de recherches fondamentales.
Des résultats prometteurs sont observés après seulement deux prises de ce traitement. « Je pense que d’ici cinq à dix ans, le 5-MEO sera utilisé dans la pratique clinique chez les patients », affirme la chercheuse bordelaise. Cette molécule est très similaire à d’autres psychédéliques, parmi lesquels le LSD et la psilocybine, actif dans certains champignons hallucinogènes. L’avantage des psychédéliques réside dans le fait que leurs effets thérapeutiques se manifestent après seulement une ou deux prises. « C’est révolutionnaire car avec les anxiolytiques classiques, des prises continues sont nécessaires et en cas d’arrêt, il y a des rechutes », souligne-t-elle. Ils associent une action rapide à des bénéfices thérapeutiques durables.
Bien que les psychédéliques provoquent un « trip » qui perturbe la perception et les capacités cognitives pendant huit à douze heures, l’effet du 5-MEO serait limité à trois ou quatre heures. « Cela permettrait de proposer des traitements beaucoup plus courts et efficaces », précise la chercheuse. En matière d’applicabilité, cela revêt une importance considérable.
Si les effets bénéfiques de ces molécules sont établis, leur mode d’action demeure flou. « Nous savons que cela agit sur certains récepteurs de la sérotonine, mais à l’échelle globale de la physiologie, les mécanismes restent mal compris, et c’est l’objet de nos recherches », indique-t-elle. Les psychédéliques sont étudiés depuis les années 1950 aux États-Unis, mais leur usage récréatif a interrompu le financement des recherches pendant plusieurs décennies. Ce n’est que depuis une dizaine d’années que les projets commencent à explorer à nouveau leur potentiel.
Les investigations menées par l’équipe d’Anna Beyeler se concentrent sur deux régions du cerveau, en particulier, qui sont liées à l’anxiété. D’abord, le cortex insulaire, qui détecte les constantes physiologiques telles que la fréquence cardiaque, la respiration et la pression artérielle, zone suractivée chez les patients anxieux. Ensuite, les noyaux du raphé dorsal, responsables de la production de sérotonine, un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l’humeur, sont examinés de près.
Des tests en laboratoire sont réalisés sur des souris pour évaluer leur comportement dans des espaces où elles se sentent vulnérables. Les variations de leurs circuits neuronaux sont analysées de manière approfondie par les chercheurs, notamment grâce à un microscope à feuillet de lumière de dernière génération, financé par la Fondation Bettencourt Schueller. Cet équipement permet d’imager de larges échantillons cérébraux et d’explorer les circuits neuronaux avec une précision sans précédent.
À sept jours, un effet anxiolytique a été observé dans les trois tests menés sur les rongeurs. « L’objectif à très long terme est d’identifier la neurobiologie de l’anxiété pour tenter de la restaurer lorsqu’elle est dysfonctionnelle », conclut Anna Beyeler.
