
Etats-Unis : Trump a-t-il raison d’aimer l’inflation ?
En mai, aux Etats-Unis, les prix ont augmenté de 4,2 % sur un an, contre 3,8 % en avril. La Fed avait tablé sur un objectif d’inflation autour des 2 %, soit deux fois moins que celle actuelle.

Énième provocation ? Déni ? Ou réelle vision économique ? Dans la nuit, le président américain a exprimé son admiration pour… l’inflation. Aux États-Unis, les prix ont grimpé de 4,2 % en mai par rapport à l’année précédente, contre 3,8 % en avril. Au lieu de s’inquiéter, Donald Trump a déclaré que « les chiffres étaient supers […] j’aime l’inflation ». Une affirmation qui pourrait surprendre tout consommateur encore marqué par l’onde inflationniste de 2021 à 2023.
Mais est-ce que nous, simples consommateurs préoccupés par le coût de notre panier, avons tort ? L’inflation peut-elle réellement être positive ? « L’inflation, c’est comme le cholestérol : il y a la bonne et la mauvaise », illustre Stéphanie Villers, macro-économiste au cabinet PwC. Dans un contexte de croissance forte et d’économie dynamique, l’inflation peut être bénéfique. Or, ce n’est pas tout à fait le cas ici. « Actuellement, l’inflation est exogène, liée à la situation géopolitique internationale », explique l’économiste.
« La hausse sera subie »
La croissance américaine stagnante tourne autour de 2 %, bien loin de l’inflation. Par ailleurs, elle est presque exclusivement tirée par le secteur des nouvelles technologies et l’intelligence artificielle. « Il peut y avoir une bonne inflation dans ce domaine particulier, mais dans la plupart des secteurs traditionnels, la situation va stagner et la hausse sera ressentie », avertit l’experte. Elle identifie deux grands risques : soit les salaires ne suivent pas et le pouvoir d’achat se dégrade, soit la société entre « dans un cercle vicieux hausse des prix-hausse des salaires-hausse des prix sans fin et nuisible ».
Urszula Szczerbowicz, professeure associée d’économie à la Skema Business School et spécialiste en économie internationale, partage cet avis. « Une bonne inflation dépend de l’objectif établi par la banque centrale. Si elle dépasse cet objectif, cela va inquiéter les marchés ». La Fed, la banque centrale américaine, a fixé un objectif d’inflation autour de 2 %, soit deux fois moins que le niveau actuel. Cependant, « en période de forte inflation, la banque centrale a tendance à augmenter les taux, tandis que Donald Trump souhaite les maintenir bas », note Philippe Crevel, macro-économiste et directeur du Cercle de l’Épargne. Un désaccord qui a déjà coûté cher à Jerome Powell, ancien président de la Fed.
Quelques points positifs
Cette augmentation de l’inflation entraîne mécaniquement une baisse de la compétitivité. « Avec des prix plus élevés, vos produits se vendent moins bien à l’étranger », résume Philippe Crevel. Cela dit, cette réalité est atténuée par l’augmentation globale des prix de l’énergie : tous les pays ont connu cette hausse. De plus, « les États-Unis sont des exportateurs nets de pétrole. Pour ce secteur, c’est donc une bonne nouvelle. L’inflation va accentuer davantage les inégalités américaines, avec des gagnants et des perdants face à la hausse des prix », précise le spécialiste.
Il existe effectivement quelques éléments positifs à ces 4,2 %. En premier lieu, la dette publique américaine, qui dépasse 100 % du PIB. « Lorsque l’inflation augmente, le PIB s’accroît. Comme les produits coûtent plus cher, la somme des produits est plus élevée. Donc, le ratio dette/PIB diminue mathématiquement », souligne Stéphanie Villers.
Une déclaration mensongère ?
Il convient également de ne pas trop diaboliser l’inflation. « La période 2021-2023 a été très positive pour les entreprises, qui en ont profité pour augmenter leurs prix bien plus que les hausses des coûts liés aux salaires et à l’énergie. Elles ont donc amélioré leurs marges », explique Véronique Riches-Flores, spécialiste en prospective économique et financière internationale.
Cependant, d’un point de vue plus humain, le pouvoir d’achat des Américains devrait être affecté de manière significative. Cela tombe mal pour un Donald Trump qui a axé toute sa campagne pour un second mandat sur une réduction de l’inflation. « C’est une affirmation trumpienne sans fondement visant à créer l’illusion d’un contrôle, plutôt qu’une réelle philosophie politique », analyse Urszula Szczerbowicz. Elle rappelle qu’il a passé le reste de son discours à affirmer que cette inflation disparaîtrait rapidement, dès la fin de la guerre avec l’Iran. Ceci illustre l’empressement du président à se débarrasser de ces « super chiffres ».
