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Cinquante ans après, « Les Douze travaux d’Astérix » ne perd pas son succès.

Les Douze travaux d’Astérix fêtent leurs 50 ans en 2023, en même temps que la fondation du département animation de l’école Gobelins. Le film a connu plus de deux millions d’entrées lors de sa sortie, ce qui était colossal à l’époque.


Vous souvenez-vous des *Douze travaux d’Astérix* ? Revenons sur ces aventures cinématographiques d’Astérix… La pudding à l’arsenic, la maison qui rend fou, les légionnaires fantômes… Ce classique du cinéma d’animation français célèbre cette année son cinquantième anniversaire, coïncidant avec la fondation du département animation de l’école Gobelins.

Cela s’explique par la nécessité de former des animateurs, un métier encore peu commun en Gaule dans les années 1970, pour faire fonctionner les studios Idéfix, créés par René Goscinny et Albert Uderzo. C’est donc à l’école des Gobelins que se sont réunis, le jeudi 28 mai, des invités de choix pour célébrer cet événement, en présence d’Anne Goscinny et de Sylvie Uderzo, les filles des créateurs, tout aussi complices que leurs pères.

Les *Douze travaux d’Astérix* sont nés d’une colère et d’une déception. Goscinny et Uderzo avaient vivement critiqué *Astérix le Gaulois*, première adaptation de la saga réalisée par Ray Goossens et sortie en 1967, sur laquelle ils n’avaient eu aucun contrôle et qui, selon eux, ne rendait pas justice à leurs personnages. René Goscinny a été particulièrement furieux, comme le souligne sa fille : « Mon père était plus discret mais pas content non plus. » Ils vont jusqu’à demander la destruction de *La Serpe d’or*, le film suivant prévu par Belvision et déjà presque achevé, qu’ils trouvaient insatisfaisant. *Astérix et Cléopâtre* (1968) marque une avancée, mais cela ne suffit pas. En 1974, ils créent les studios Idéfix, dont le logo s’inspire du lion de la Metro Goldwyn Mayer, avec la devise en latin « Delirant Isti Romani ! » (« Ils sont fous ces Romains ! »), une référence à l’attraction « Attention menhir » du parc Astérix. Sylvie Uderzo se remémore : « Je rêvais de participer au film en tant que « gouacheuse », car j’étais fascinée de voir tous ces gens peindre, mais ma candidature a été refusée. » Elle avait alors 20 ans lors de la sortie du film.

« Avant de faire de la bande dessinée, mon père rêvait d’être animateur, » raconte Sylvie Uderzo. « Chacune de ses cases semblait déjà en mouvement. » Le dessin animé lui paraissait une évidence. Accompagnés de partenaires comme leur éditeur Georges Dargaud, le scénariste Pierre Tchernia, le compositeur Gérard Calvi et Roger Carel (voix historique d’Astérix dès les débuts radiophoniques inspirés de la BD), le duo se lance dans l’aventure du studio que René Goscinny appelait leur « danseuse ».

La grande nouveauté consiste à ne pas adapter un album existant, mais à élaborer une histoire originale, librement inspirée des *Douze travaux d’Hercule*. Les Gaulois doivent accomplir des tâches jugées impossibles, mélangeant humour et mythologie, pour défendre leur village. Près de deux cents personnes, dont vingt et un animateurs et quatre-vingt-cinq gouacheurs, travaillent pendant trois ans à la réalisation du film, supervisé à chaque étape par Goscinny et Uderzo, témoignant ainsi de leur investissement.

*Les Douze travaux d’Astérix* rencontrent un très grand succès en salles, attirant plus de deux millions d’entrées, ce qui était exceptionnel à l’époque. Ce film est encore aujourd’hui l’un des plus souvent diffusés à la télévision. Anne Goscinny se souvient : « Mon plus beau souvenir est celui de mon père arrivant du fond de la salle pour présenter *Les Douze travaux* à mon école. Quand le film suivant des studios Idéfix, *La Ballade des Dalton*, est sorti deux ans plus tard, il était décédé. Ma mère a souhaité organiser une projection similaire et je me suis retournée espérant le voir apparaître. Pour moi, Astérix sera toujours un mélange de rire et de larmes. » Le personnage de Caïus Pupus, qui guide Astérix et Obélix, s’inspire du surnom que lui donnait son père.

Astérix est toujours présent à travers ses films et ses séries. La vigilance est de mise pour éviter les dérives, contrairement à *Astérix le Gaulois*. « Notre rôle est de veiller sur une œuvre que nous n’avons pas créée, pour voir naître des œuvres que nous n’allons pas créer », explique Anne Goscinny à propos du travail qu’elles accomplissent avec Sylvie Uderzo. Elles préfèrent se qualifier d’« ayant-devoir » plutôt que d’ayants droit, une façon de revendiquer leur légitimité à défendre l’héritage de leurs pères. « Je crois qu’ils seraient fiers de voir la qualité de l’animation actuelle et que leurs personnages continuent d’être tant appréciés, » conclut Sylvie Uderzo. *Le Royaume de Nubie*, prévu pour le 2 décembre prochain, assure que le petit Gaulois a encore de nombreux coups à porter aux Romains. L’occasion de lever nos verres à la potion !