PSG-Arsenal : « Quand les mots font mouche, c’est du plaisir » – Paul Tchoukriel
Paul Tchoukriel a commenté le match du Paris Saint-Germain lors de leur campagne de Ligue des champions la saison passée, notamment en prononçant « c’est le but pour être champion d’Europe… Le but pour être champion d’Euroooooooope » au moment du 4-0 contre Kvaratskhelia. Il a déclaré que la préparation en amont pour un commentaire représente 90 % de son travail, tandis que l’improvisation intervient lors des moments cruciaux du match.
De notre envoyé spécial à Budapest, le journaliste et commentateur Paul Tchoukriel est désormais la voix emblématique de Canal+ pour les grandes soirées de Ligue des champions. Il a suivi les performances du Paris Saint-Germain lors de leur exceptionnelle campagne de C1 la saison dernière. Son commentaire iconique « c’est le but pour être champion d’Europe… Le but pour être champion d’Euroooooooope » au moment où Kvaratskhelia se présente seul face à Yann Sommer pour marquer le 4-0 reste gravé dans les mémoires.
Les supporters parisiens n’oublieront jamais ce moment, tout comme les Français de plus de trente ans se souviennent de Thierry Roland déclarant « Je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquille » après la victoire de l’équipe de France contre le Brésil en 1998. Un an après cette finale contre l’Inter, et à quelques heures de leur seconde finale de Ligue des champions consécutive, Paul Tchoukriel a accepté de répondre à nos questions sur la manière d’accompagner ces instants significatifs de l’histoire du sport français.
Si vous deviez ne garder qu’une image de la dernière finale, quelle serait-elle ?
Pour moi, ce sont les larmes de Marquinhos dans les arrêts de jeu. Cela résume toutes les interrogations sur le PSG : allait-il un jour réussir ? Voir le capitaine, symbole du club depuis une dizaine d’années, s’effondrer, fait prendre conscience de l’importance de l’événement. Le destin bascule enfin en leur faveur ; les traumatismes du passé sont oubliés et le bonheur leur appartient.
Vous avez confié dans *L’Equipe* avoir été ému en voyant Marquinhos craquer…
Effectivement, cela m’a touché, même si je n’ai pas de lien particulier avec le PSG. J’aime le sport et ce moment était incroyable. Sa vulnérabilité en direct, en plein match, le rend humain. Il redevient l’enfant qui rêvait de soulever cette coupe mythique. À ce moment-là, je pense à ce qui doit se passer dans sa tête et je suis ému. Nous étions en immersion totale, avec la pression qui s’accumulait, donc nous sommes forcément plus sensibles. Je me sens parfois un peu trop impliqué, alors je laisse Sydney prendre la parole, car je veux m’assurer que mes émotions ressemblent à celles de ceux qui regardent derrière leur écran.
Avez-vous conscience que vous faites partie de cette histoire, de cette épopée, à travers vos commentaires désormais connus ?
Je ne sais pas, et je le dis sans fausse modestie. Néanmoins, je sens une certaine distinction parmi les supporters parisiens. Quand je vais au Parc, les gens évoquent le but de Doué ou celui de Kvaratskhelia en finale, ainsi que le but de Fabian Ruiz contre Arsenal en demi-finale. Cela me touche, car cela signifie que j’ai su transmettre l’émotion. Je répète que, peu importe les compétences d’un commentateur, l’émotion provient d’abord du terrain. Quand quelque chose d’important se produit, et que j’accompagne bien cela, c’est alors que la magie opère. C’est comme la bande-son d’un film ; une musique bien choisie peut sublimer le moment, alors qu’une mauvaise peut ruiner l’expérience. L’équilibre est essentiel, et je ne cherche pas à ce que les gens se souviennent de moi.
Quel est le pire ennemi du commentateur ? La phrase ou le mot de trop ?
Oui, tout à fait. Plus on parle, plus on risque de faire des erreurs. En commentant entre 50 et 70 matchs par an, des fautes sont inévitables, mais il est préférable de ne pas les commettre lors des moments clés d’un match. C’est à ces instants précis qu’il faut être à son meilleur, en saisissant l’importance d’une action ou d’un but en une seconde, parfois même en une demi-seconde. C’est là que tout le travail préparatoire est crucial, car commenter ne consiste pas uniquement à crier dans un micro. Il faut en une fraction de seconde déterminer ce qui rend ce but important ou beau, ou les deux. Quand les mots coulent et qu’ils portent, c’est un vrai plaisir.
Y a-t-il un commentaire en particulier qui vous a marqué dans votre enfance ?
C’est difficile de répondre car j’ai écouté de nombreux commentaires durant ma carrière. De Jean-Michel Larqué sur le but de Giresse en 1982 à Thierry Roland, Thierry Gilardi ou Grégoire Margotton avec les Bleus, tous m’ont influencé d’une manière ou d’une autre. Cependant, si je devais en choisir un, ce serait « la lumière est venue de Laurent Blanc ! » de Gilardi lors du but en or contre le Paraguay en huitième de finale de la Coupe du monde 98 à Bollaert. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais sept ans, assis dans le salon de mes grands-parents, et j’ai pleuré de joie en voyant Laurent Blanc marquer.
Quelle est la part de préparation dans un commentaire et celle de l’instinct ?
La préparation consiste en 90 % de recherche avant un match. Je vais sortir un carnet pour noter des choses importantes à ne pas oublier. En revanche, pour des commentaires concernant un but ou l’entrée des joueurs, je n’écris rien à l’avance. Je préfère laisser l’improvisation prendre le dessus.
Même pour l’entrée des joueurs ?
Pour l’entrée des joueurs, j’ai quelques idées en tête, mais j’attends d’être au stade pour trouver la meilleure façon de procéder. À Bilbao, par exemple, je réfléchissais à quelque chose autour du terme « cathédrale » et l’idée de dire que « Paris vaut bien une messe » m’est venue. Il est essentiel de plonger les téléspectateurs dans le match, plutôt que de simplement annoncer « bonsoir, nous sommes au stade de Bilbao pour la 4e journée de la Ligue des champions ». Je note des idées au quotidien, en lisant ou en écoutant de la musique, mais je ne relis pas mes notes. Si je rédige trop, cela risque de se sentir à l’antenne, rendant mes commentaires peu naturels. À moins d’être un excellent acteur, ce qui n’est pas mon cas.

