France

Canicule : « Un risque accru » d’incendies cet été ?

Depuis le début de la saison, près de 7.000 départs de feu ont été recensés, ravageant environ 8.700 hectares de végétation, dont plus de 1.200 rien que le 1er juillet. Lors du pic le 25 juin, 72 départements figuraient en vigilance rouge et quatorze en orange.


En visite dans l’Aude, un département actuellement touché par des incendies, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a exprimé sa « très grande inquiétude pour la suite de la saison ». L’été a à peine débuté que la France fait déjà face à des incendies. Depuis le commencement de cette saison, près de 7.000 départs de feu ont été enregistrés, détruisant environ 8.700 hectares de végétation, dont plus de 1.200 juste le 1er juillet.

Eric Rigolot, ingénieur de recherche à l’unité Écologie des Forêts Méditerranéennes de l’Inrae, affirme que la double canicule du printemps a « aggravé les risques », perturbant la recharge des nappes phréatiques. « Les arbres respirent et transpirent, et en période de très fortes chaleurs, ils pompent plus d’eau, ce qui assèche les sols », précise l’expert. Bien que des orages après la canicule, bénéfiques pour faire baisser les températures, soient observés, ils ne contribuent pas significativement à la recharge hydrique. « Ce sont des épisodes ultra-localisés, avec des précipitations très violentes, qui provoquent donc des ruissellements et non pas un ressourcement du sol ou des végétaux. »

### Extension géographique et saisonnière

La canicule de juin présente en outre un facteur aggravant : elle a touché la majeure partie du pays. Lors du pic, le 25 juin, 72 départements étaient en vigilance rouge et quatorze en orange. Dans une étude de 2024, *Le dérèglement climatique attise les risques de feux de forêts*, l’Inrae avait déjà analysé les prévisions pour les années à venir. D’après leurs projections, non seulement les zones « historiques » d’incendies du Grand Sud vont faire face à un risque accru, mais ce danger s’étendra également à des zones autrefois préservées, telles que « l’Indre-et-Loire, la Sarthe ou le Morbihan ».

Cette extension est à la fois géographique et temporelle. « La période des grands feux commence plus tôt au printemps et se termine plus tard », souligne le chercheur. Christophe Chantepy, expert national Défense de la forêt française contre les incendies à l’Observatoire national des forêts (ONF), partage cette analyse. « La sensibilité de la végétation aux feux de forêt a entre quinze jours et trois semaines d’avance sur les normes de saison, ce qui crée inévitablement plus de danger pour l’avenir. » Laurent Nunez a, pour sa part, évoqué ce vendredi « une saison des incendies en avance d’un mois ».

De plus, les étés précédents ont déjà mis à l’épreuve de nombreux systèmes forestiers, « ce qui les rend plus à risque désormais. Comme les personnes fragiles, certains environnements sont très sensibles à l’accumulation des fortes chaleurs », explique le spécialiste de l’ONF.

### Un été à risque mais encore bien imprévisible

Alors, est-ce perdu ? Les experts appellent à la prudence face à la nature : il est impossible de prédire l’avenir. De potentielles pluies intenses cet été pourraient ainsi atténuer les effets néfastes des événements passés. « Le vent est aussi un facteur déterminant », ajoute Christian Pinaudeau, expert des incendies et feux de forêt. « Voilà pourquoi la première canicule n’a connu qu’un seul départ de feu : il n’y avait quasiment pas de vent. »

En matière d’imprévisibilité, le facteur principal reste l’activité humaine. « Il est commun de dire qu’elle provoque 90 % des feux, volontaires et involontaires », souligne Christian Pinaudeau, qui estime que ce chiffre pourrait atteindre « 98 % ! » Barbecue, mégot, travaux… Malgré les patrouilles et les messages de prévention, l’ONF observe toutefois une « sensibilité accrue de la population et moins de comportements à risque ».

### Le pire à venir

Pauline Vilain-Carlotti, docteure en géographie et spécialiste de la gestion sociale de l’environnement et des incendies, plaide également pour un meilleur aménagement de l’urbanisme et du territoire. Interdire certains massifs en période de risque, limiter la fréquentation des forêts… « Des débuts d’actions ont été mis en place à partir de 2023, mais encore trop lentement. Par exemple, il existe moins de 250 plans de Prévention du Risque Incendies, contre plusieurs milliers de Risque Inondation. »

Car une chose est sûre : quoi qu’il arrive cet été, avec le réchauffement climatique, « il sera moins à risque que les étés dans quelques années », conclut l’experte.