
Canicule : Le prix des frites va-t-il flamber ?
Le secteur de la pomme de terre traverse une période délicate, exacerbée par des conditions climatiques extrêmes. Bien que la frite ne soit pas le plat le plus prisé durant les vagues de chaleur, les fortes températures impactent néanmoins la production de cet aliment emblématique. Les répercussions sur les coûts de production pourraient se traduire par une augmentation des prix pour les consommateurs.
L’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) a récemment révélé une chute alarmante de la production en France, estimée à une baisse de 23 % par rapport à l’année précédente. Le ministère de l’Agriculture prévoit qu’en 2026, la récolte pourrait atteindre seulement 6,5 millions de tonnes, soit 1,8 million de tonnes de moins qu’en 2025. Cette situation est d’autant plus préoccupante après une année record pour le secteur, marquée par des tarifs douaniers imposés par l’administration Trump et l’arrivée sur le marché mondial de producteurs chinois et indiens, qui jusqu’alors se concentraient sur leurs propres marchés.
Les producteurs français, qui représentent près de la moitié des exportations mondiales de pommes de terre sous forme de tubercule, ont dû faire face à une crise de surproduction, les incitant à réduire leurs surfaces cultivées. Cependant, la sécheresse actuelle, bien qu’encore peu perceptible pour l’instant, pourrait avoir des conséquences significatives sur les prix à venir. Bertrand Ouillon, délégué général du Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre (GIPT), souligne que l’impact est pour l’heure marginal, grâce à des contrats de vente établis en début d’année dernière.
Néanmoins, la situation pourrait se compliquer pour les pommes de terre non contractualisées, qui représentent environ 20 % de la production en temps normal. Avec la sécheresse, cette part pourrait atteindre 25 à 30 %, ce qui obligerait les acheteurs à se tourner vers le marché libre, où les prix sont généralement plus élevés. Toutefois, selon Ouillon, cette hausse ne devrait pas dépasser 5 centimes par kilogramme.
À plus long terme, les pommes de terre qui seront récoltées dans environ un mois et demi pourraient engendrer des renégociations de contrats. Si un producteur ne peut fournir la quantité convenue, il devra compenser ses coûts fixes, ce qui pourrait influencer les prix. De plus, les industriels pourraient se voir contraints de s’approvisionner auprès de fournisseurs internationaux, tels que la Chine, l’Inde, ou l’Ukraine.
Cette situation pourrait devenir récurrente avec les vagues de chaleur et les sécheresses. Cependant, Ouillon reste prudent : « Les conditions climatiques sont rarement constantes, il y a toujours des fluctuations. Il est encore trop tôt pour affirmer qu’il y aura une hausse durable des prix. » Par ailleurs, la France continue d’exporter une grande quantité de pommes de terre vers des pays voisins, tout en cherchant à renforcer son industrie locale, ce qui pourrait améliorer la balance commerciale des produits transformés.
Un autre défi se profile à l’horizon : la taille des pommes de terre affectées par le déficit hydrique. Des tubercules plus petits compliquent la préparation de frites de qualité, car la restauration exige des calibres spécifiques pour garantir une texture et un goût satisfaisants. Cette problématique pourrait inciter les industriels à se tourner vers des producteurs étrangers, notamment chinois ou indiens, qui proposent des produits compétitifs en termes de prix et de qualité.
