
« Au procès du « Rat », un schéma d’emprise se répète »
Au tribunal correctionnel de Paris, le procès de Sahbi Boukraia, surnommé « Rat », met en lumière un système d’exploitation et de manipulation qui a touché plusieurs femmes. Ce dernier est accusé de proxénétisme aggravé, de traite d’êtres humains et d’association de malfaiteurs. Les témoignages des victimes, qui se succèdent à la barre, révèlent des récits glaçants de soumission et de violence psychologique.
Léa*, la première à témoigner, raconte comment elle a été séduite par cet homme de 36 ans lors d’une soirée à Paris en 2017. À l’époque, elle n’avait que 21 ans et se sentait perdue dans la capitale. Boukraia, charmant et sûr de lui, a su gagner sa confiance avant de l’entraîner dans un monde de dépendance et de prostitution. « Il vous encense », explique-t-elle, soulignant l’emprise psychologique qu’il exerçait sur elle.
Rapidement, Boukraia lui propose une méthode facile pour gagner de l’argent : la prostitution. Léa, déjà en proie à l’alcool et à la cocaïne, ne remet pas en question cette nouvelle voie. Elle abandonne son emploi d’assistante commerciale et commence à voir des clients, laissant Boukraia gérer les revenus. Un schéma similaire se dessine avec Samira*, qui, en 2020, croise Boukraia sur une application de rencontre. Son petit ami lui suggère également de se lancer dans des séances de domination BDSM pour financer son rêve d’ouvrir un salon d’esthétique.
Les récits de Léa et Samira se recoupent, illustrant l’addiction à la drogue et à l’alcool qui les a piégées. Léa a perdu 10 kg, tandis que Samira consommait jusqu’à un gramme de cocaïne et une bouteille d’alcool par jour pour affronter des clients lors de rencontres parfois éprouvantes. Les deux femmes évoquent des actes dégradants et humiliants, révélant l’horreur de leur quotidien sous l’emprise de Boukraia, qui ne montre aucun remords.
Les menaces et la violence faisaient également partie de leur réalité. Boukraia, dans un accès de rage, pouvait devenir menaçant, allant jusqu’à menacer Léa de « lui lancer de l’acide au visage pour la défigurer ». Samira a subi des violences physiques, y compris une tentative d’étouffement. Léa, quant à elle, a même envisagé le suicide, tant la pression était forte.
Face à ces accusations, Boukraia se défend en affirmant qu’il n’a jamais contraint qui que ce soit à travailler pour lui, et il accuse même ses victimes de cupidité. Cependant, les témoignages des femmes contredisent ses dires. L’avocate de Boukraia lui a conseillé de ne pas répondre aux questions concernant son passé, ce qui laisse planer le doute sur ses véritables motivations.
Samira, en écoutant Léa, réalise qu’elle a été manipulée et utilisée. Elle décrit Boukraia comme un « serial proxénète » qui ne se soucie que de l’argent et qui laisse derrière lui des victimes brisées. Les deux femmes ont réussi à s’échapper de cette emprise, Léa grâce à sa mère et Samira après la perte de la sienne, qui l’a plongée dans un état psychologique désastreux.
Boukraia a été arrêté en 2024, mettant fin à ses activités de proxénétisme, mais ses victimes vivent toujours dans la peur d’une éventuelle vengeance. Il encourt jusqu’à dix ans de prison et des amendes pouvant atteindre plusieurs millions d’euros.
*Le prénom a été changé.
