France

Affaire Lyhanna : Gérald Darmanin face à la tempête à l’Assemblée nationale

Mathilde Panot a critiqué le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, en affirmant : « Il est indécent de voir un ministre au pouvoir depuis neuf ans se défausser de toute responsabilité politique sur des magistrats ». Plusieurs parlementaires demandent au gouvernement d’inscrire à l’ordre du jour la proposition de loi intégrale visant à lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants.

À l’Assemblée nationale,

L’affaire Lyhanna a été, sans surprise, au centre des débats politiques ce mardi à l’Assemblée nationale. Dès le matin, Mathilde Panot a ouvert les hostilités en mettant la pression sur le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. « Il est indécent de voir un ministre au pouvoir depuis neuf ans se défausser de toute responsabilité politique sur des magistrats », a déclaré la députée LFI lors d’une conférence de presse. « La responsabilité politique est celle de Monsieur Darmanin, de ses prédécesseurs, et de la politique menée par Emmanuel Macron », a ciblé l’élue. Depuis plusieurs jours, le garde des Sceaux s’efforce de désamorcer les controverses liées aux « dysfonctionnements » ayant conduit à la mort de la collégienne de 11 ans dans le Gers.

Gérald Darmanin a récemment averti que des sanctions seraient prises après les « défaillances extrêmement graves » dans l’enquête. Toutefois, ni cette annonce, ni celle portant sur la reprise des 70 000 dossiers de plaintes concernant les enfants n’a permis d’apaiser la colère dans le pays, y compris au sein du Palais-Bourbon. Dans l’hémicycle, après une minute de silence respectée sur tous les bancs, l’opposition reprend la parole pour poser des questions au gouvernement et tente d’accentuer la pression sur le garde des Sceaux.

« Vous lancez une enquête sur les responsabilités qui ont conduit au drame, ne craignez-vous pas qu’elles remontent jusqu’à vous, Monsieur Darmanin ? », interroge la députée LFI du Val-d’Oise, Gabrielle Cathala. « J’ai dit que l’institution judiciaire que je représente devait présenter ses excuses aux Français, et que nous avons failli. […] Mais si vous pensez que vous allez protéger les enfants en faisant de la politique politicienne, je pense que vous vous trompez frontalement », réplique le ministre, sous les huées de la gauche.

Appels à la démission

Plusieurs parlementaires ont demandé au gouvernement d’inscrire à l’ordre du jour la proposition de loi complète visant à lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants. « Les dispositions de la loi intégrale peuvent nous aider, mais aucune n’aurait répondu dans le cas précis au drame de la petite Lyhanna », a répondu Gérald Darmanin. « Nous n’avons pas besoin de davantage de moyens », a-t-il ajouté. « Une loi intégrale sans moyen supplémentaire, c’est encore une fois abandonner les victimes », a rétorqué la socialiste Marie-Charlotte Garin. « Avant même les conclusions [de l’enquête administrative], le président et le garde des Sceaux balayent de manière bien désinvolte la question des moyens de justice », a souligné David Taupiac, député Liot du Gers.

Le ministre français de la Justice Gérald Darmanin prend la parole lors de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 9 juin 2026.
Le ministre français de la Justice Gérald Darmanin prend la parole lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le 9 juin 2026. - SIMON WOHLFAHRT/AFP

Pendant plus d’une heure, le gouvernement a été assailli de questions sur l’affaire Lyhanna. Gérald Darmanin a été, cet après-midi, presque le seul à se lever pour répondre. Depuis le début de l’affaire, l’ancien maire de Tourcoing suit une ligne délicate : répondre à l’émotion populaire sans heurter l’institution judiciaire. Il a d’ailleurs réaffirmé dans l’hémicycle sa « confiance » en « l’ensemble des métiers de justice », alors que le Conseil supérieur de la magistrature a déploré le « discrédit jeté sur des milliers de magistrats ».

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« Ses coups de menton contre l’administration sont désolants. Le ministre doit prendre ses responsabilités et démissionner », a commenté le député insoumis des Hauts-de-Seine, Aurélien Saintoul. Gérald Darmanin a réitéré sa volonté de ne pas quitter son poste. Responsable institutionnel peut-être, mais pas coupable politique. « Quitter le bateau en pleine tempête, je ne suis pas sûr que ça aiderait la cause », a-t-il insisté lundi soir sur BFMTV. Pour le ministre le plus populaire du gouvernement, le navire n’a cependant pas fini de tanguer.