
Affaire Jubillar : Résultats de l’autopsie de Delphine cinq ans après ?
Lundi, lors d’une conférence de presse, l’avocat de Cédric Jubillar a confirmé les aveux de son client, qui reconnaît aujourd’hui son implication dans la disparition de son épouse, Delphine. Philippe Boxho assure que l’état de conservation d’un cadavre dépend de plusieurs facteurs : « l’état de santé de la personne au moment de la mort, la période de l’année, si elle est restée exposée ou non avant d’être enterrée, la profondeur à laquelle elle a été enterrée et la qualité de la terre ».
Lundi, lors d’une conférence de presse, l’avocat de Cédric Jubillar a confirmé les aveux de son client, initialement révélés par la Dépêche du Midi. Alors qu’il affirmait son innocence depuis plus de cinq ans et qu’il avait fait appel de sa condamnation à trente ans de réclusion criminelle pour homicide volontaire sur conjoint, Cédric Jubillar, 38 ans, reconnait aujourd’hui son implication dans la disparition de son épouse, Delphine. Une fois le corps de la victime retrouvé, son autopsie pourrait corroborer la défense esquisée par maître Pierre Debuisson, à savoir celle de « coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Ou pas.
Avant même que le nouvel avocat de Cédric Jubillar aborde en partie les circonstances de la mort de sa cliente, Jacques Dallest, ancien magistrat instructeur et ancien procureur de Marseille, expliquait à 20 Minutes que la défense plaiderait probablement pour des « coups mortels » sans « intentionnalité de meurtre ». Ce magistrat expérimenté estimait également que si le prévenu prend le risque de révéler l’emplacement du corps de sa victime, c’est qu’il « sait que l’autopsie ne donnera rien ». Un postulat « à double tranchant », nuance le professeur Philippe Boxho, chef du service de médecine légale de l’université de Liège (Belgique).
« Ça pourrait se retourner contre lui », souligne l’expert. « C’est à double tranchant. Si le corps est mieux conservé qu’il ne le pense et s’il a menti, effectivement, ça pourrait se retourner contre lui. » Selon lui, il est impossible d’être certain de l’état de conservation d’un corps, surtout plus de cinq ans après la mort. « Lorsqu’on procède à une exhumation, on ne sait pas sur quoi on va tomber », poursuit-il. « J’ai exhumé des corps enterrés à 50 mètres de distance dans un même cimetière : l’un était très bien conservé tandis que l’autre ne l’était pas du tout. »
Philippe Boxho affirme que l’état de conservation d’un cadavre dépend de plusieurs facteurs : « l’état de santé de la personne au moment de la mort, la période de l’année, si elle est restée exposée ou non avant d’être enterrée, la profondeur d’enfouissement et la qualité de la terre ». Par exemple, un sol argileux favorise une meilleure conservation, contrairement au schiste qui laisse passer l’air et l’eau. Le légiste précise qu’il peut également y avoir des accélérateurs de décomposition, comme les insectes ou l’ajout de substances telles que la chaux. « Mais ce n’est pas parce que ces facteurs sont déterminants qu’ils sont prévisibles », avertit-il.
Dans le cas d’un corps laissé à l’air libre ou immergé, il faut également considérer les animaux qui auraient pu se nourrir. En ce qui concerne l’intention de faire disparaître totalement le corps, « le meilleur moyen était de le brûler », admet le médecin légiste. « J’ai déjà eu un cas similaire, une femme qui a brûlé son mari dans l’insert familial. Elle a jeté les cendres et les morceaux non brûlés à la poubelle, et nous n’avons jamais retrouvé une seule trace de son mari. »
Cependant, même si seul un squelette subsiste, « il existe encore des moyens de le faire parler », poursuit Philippe Boxho. « En cas de coup porté à la tête, l’os garde la déformation engendrée par la fracture, causant potentiellement le décès, explique le médecin. Ainsi, nous pouvons encore obtenir des éléments qui orientent l’enquête et vérifient si le suspect dit la vérité ou non. »
Selon l’expert, une balle, un coup de couteau ou un empoisonnement peuvent laisser des traces sur ou dans les os. Cela dit, « tous les poisons ne se fixent pas dans les os. Et si le coup de couteau ou le coup de feu passe entre les côtes sans toucher d’os, nous n’en saurons rien si le corps est réduit à l’état de squelette », avertit Philippe Boxho. « L’autopsie peut aussi bien confirmer ou infirmer la version du prévenu, tout en étant possible qu’elle ne permette pas d’établir les causes de la mort. »
