
Affaire Jubillar : les avocats de Cédric dénoncent enquête « bâclée » et corps déplacé.
Cédric Jubillar a reconnu « son implication dans la mort de Delphine Jubillar » dans un courrier envoyé à ses avocats, il y a deux semaines, arrivé avec sept jours de retard. Les avocats Pierre et Guy Debuisson affirment que Cédric Jubillar « il n’a jamais eu les moyens de pouvoir dire la vérité, on ne l’a jamais mis en confiance avant ».
Des aveux attendus mais déconcertants… Dans une lettre manuscrite adressée à son avocat Pierre Debuisson, Cédric Jubillar a enfin reconnu son implication dans la disparition de Delphine Jubillar en décembre 2020, selon les informations révélées par *La Dépêche du Midi* ce lundi. Quelques heures après, Me Pierre Debuisson et son père Guy Debuisson ont exprimé une pensée « pour Delphine et ses enfants ». *20 Minutes* fait le point sur les éléments essentiels de la conférence de presse donnée par ses avocats.
**Qu’a avoué Cédric Jubillar ?**
Cédric Jubillar a reconnu « son implication dans la mort de Delphine Jubillar » dans un courrier envoyé à ses avocats il y a deux semaines, qui est arrivé avec sept jours de retard. Il s’est déclaré « prêt à collaborer entièrement avec la justice ». Le Tarnais de 38 ans, par l’intermédiaire de ses avocats, n’utilise cependant pas le terme « meurtre ». Mes Pierre et Guy Debuisson évoquent plutôt « ce qui s’apparente à un crime passionnel », écartant le mot « féminicide ». Cette ligne de défense semble s’orienter vers l’espoir d’une requalification en coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
**Quel est le premier vrai déroulé des faits ?**
Dans ses aveux, Cédric Jubillar admet que « son couple s’était dégradé » et qu’à « l’occasion d’une énième dispute, les choses ont dégénéré », revenant sur la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines. « Il a reconnu être à l’origine de la mort de Delphine Jubillar », résument ses avocats.
D’après sa version, il aurait déplacé le corps de sa femme pour protéger ses enfants. « Quand il a réalisé ce qu’il avait fait, il a immédiatement pensé à ses enfants », expliquent les avocats de la défense, mentionnant une « décision quasi immédiate ». Il a ensuite chargé le corps dans le véhicule, essentiel dans le premier procès, pour le transporter vers un lieu tenu secret. Cédric Jubillar a fourni des indications sur la localisation, mais se garde de donner des détails aux magistrats.
**Pourquoi maintenant ?**
Pour sa défense, l’accusé a agi par besoin de « libérer sa conscience ». « J’ai ressenti que Cédric Jubillar avait besoin et envie de parler et aujourd’hui nous avons la vérité », déclare Me Pierre Debuisson. « Il y a quelques jours, il m’a dit : « Écoutez, maître, c’est moi. C’est moi qui suis à l’origine de la disparition de ma femme. » » Concernant la crédibilité de ces aveux, l’avocat assure qu’elle est « totale. Ça émane d’un profond sentiment, d’une envie réelle ».
Les avocats ajoutent : « Il n’a jamais eu les moyens de dire la vérité, on ne l’a jamais mis en confiance auparavant. J’ai ressenti qu’il avait besoin de parler. Un besoin entravé par la médiatisation de l’affaire ainsi que par la forte pression des enquêteurs. »
**Que va-t-il se passer pour l’enquête et le procès ?**
Le procès en appel devait s’ouvrir devant la cour d’assises de Toulouse le 21 septembre prochain. Ce calendrier semble désormais impraticable. « C’est impossible et ce serait grotesque [que le procès soit maintenu]. Il faut laisser du temps au temps. Tout doit être repris. Il faut qu’il soit entendu, des fouilles doivent être faites, des analyses sur le corps de Delphine si on la retrouve… », avancent les avocats. La décision finale de reporter l’audience appartient à la présidente de la cour.
En attendant, la défense est déjà prête et utilise l’occasion pour critiquer l’enquête, qualifiée de « bâclée », dans la continuité des critiques émises par les anciens avocats, Mes Franck et Martin. « Si le travail avait été bien fait, il aurait fallu quelques semaines, quelques mois pour passer aux aveux », affirme Guy Debuisson.
**Quid de la détention de Cédric Jubillar ?**
Les aveux de Cédric Jubillar pourront-ils influencer sa détention ? Les Mes Debuisson contestent fermement le régime de détention de leur client, à l’isolement depuis 2021. « Cinq ans d’emprisonnement avec une prise obligatoire de médicaments, c’est insupportable », critique Guy Debuisson. Son fils Pierre ajoute : « J’ai immédiatement été choqué par le délabrement de cette personne à cause de l’isolement pendant cinq ans. » Ils réclament la fin de l’isolement et l’arrêt du traitement médical obligatoire, que le détenu « recrache dans les toilettes en cachette ».
**Comment ses avocats veulent le présenter ?**
Loin de l’image de l’homme arrogant ou muet, les avocats cherchent à redéfinir la personnalité de Cédric Jubillar. « Tout le monde est passé à côté de sa personnalité, affirme Pierre Debuisson. C’est un homme qui a peur, qui est paniqué malgré ce que l’on dit de lui. » « En libérant sa conscience, nous allons découvrir un nouveau personnage. C’est un nouvel homme qui se présentera devant les juges », ajoute son père Guy Debuisson.
« Il ressent de grands regrets. Il est très affecté par l’absence de lien avec ses enfants. C’est le pire geste de toute sa vie qu’il regrette par-dessus tout. Dans sa lettre, il dit : « Pauvres enfants, pauvre Delphine » », rapporte Pierre Debuisson. « Il voulait montrer qu’il y a une autre réalité, une sensibilité chez l’homme et des remords. C’est un homme qui doit être jugé comme un homme », conclut son père Guy Debuisson.
