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Ukraine : remaniement douloureux, pourquoi Zelensky a limogé son ministre de la Défense ?

Une Première ministre, Yulia Svyrydenko, écartée après moins d’un an : ce remaniement n’est pas le premier depuis le début de la guerre en Ukraine, une méthode régulièrement employée pour renouveler le personnel politique en l’absence d’élections en raison de la loi martiale.

Le poste de ministre de la Défense est particulièrement instable : Oleksiï Reznikov en 2023, Roustem Oumerov en 2025, et Denys Chmyhal au début de 2026 peuvent tous en témoigner.

Un nouveau Premier ministre a été nommé, Sergii Koretskyi, un technocrate issu du géant énergétique public Naftogaz, tandis que d’autres portefeuilles changent également de mains.

Entre la vieille garde et un jeune réformateur, Volodymyr Zelensky se trouve face à un choix difficile. Cependant, le 15 juillet, la décision de remplacer le ministre de la Défense, le très populaire Mykhaïlo Fedorov, un jeune réformateur, a suscité une vague de contestation. C’est le ministre lui-même qui a fait cette annonce.

Plusieurs jours de manifestations dans les rues de Kiev et d’autres villes ukrainiennes, comme Kharkiv et Lviv, ont rassemblé des milliers de protestataires, principalement jeunes.

Une différence avec les précédents limogeages à la Défense : cette fois, le départ du ministre n’est pas motivé par un scandale de corruption. D’autres raisons expliquent son éviction.

Pour Volodymyr Zelensky, cela marque l’une des crises politiques les plus graves depuis le début de l’invasion russe en 2022.

Le choix du président de se séparer de Mykhaïlo Fedorov découle sans doute du conflit qui l’opposait à un autre personnage incontournable en Ukraine : le chef d’état-major de l’armée, le général Oleksandre Syrsky.

Agé de 60 ans, le commandant en chef des armées Oleksandre Syrsky, surnommé le « boucher », est né en Russie et formé à Moscou. Il est connu pour ses méthodes rigides, héritées de la période soviétique, avec peu d’égard pour les vies humaines, tant militaires que civiles, et une vision traditionnelle des opérations militaires.

Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, le nombre de civils tués ou blessés a augmenté de 37 % au cours des six premiers mois de cette année. Les missiles balistiques, les drones et les bombes planantes se révèlent particulièrement meurtriers, notamment pour les civils.

Face au général Syrsky, le ministre Fedorov, âgé de 35 ans, n’a jamais été accusé de corruption, n’a aucun état de service à l’armée, mais est passionné par les technologies et promoteur de la guerre par drones.

Mykhaïlo Fedorov a déployé toute son énergie pour moderniser et réorganiser l’armée, mais s’est heurté à plusieurs reprises aux blocages du haut commandement militaire. La question du recrutement fait partie des problèmes rencontrés.

Pourtant, la volonté de Mykhaïlo Fedorov d’intensifier les frappes contre les infrastructures pétrolières russes a porté ses fruits. La situation sur le front s’améliore. Il a réussi à couper l’accès de l’armée russe à Starlink, l’internet spatial d’Elon Musk, très utile pour guider ses bombes volantes.

Le jeune ministre s’est également attaqué à la réforme des procédures d’achat du ministère de la Défense. Grâce à la mise en concurrence systématique des marchés, il estime avoir permis d’économiser plus de 100 millions de dollars sur les obus de 155 mm.

Ceci constitue l’une des principales sources de son conflit avec le général Syrsky. Il ne s’agit pas seulement de marchés publics et de corruption, mais aussi d’une lutte pour le pouvoir entre la vieille garde et la nouvelle génération, avec des divergences stratégiques et générationnelles.

De plus, les Ukrainiens perçoivent dans le choix du président une tendance inquiétante à vouloir écarter toute figure politique qui pourrait lui faire de l’ombre. Car un jour, il faudra bien revoter en Ukraine.

Le lendemain, jeudi 16 juillet, Mykhaïlo Fedorov a tout déballé : il accuse Oleksandre Syrsky de bloquer totalement les réformes militaires, de diviser le pays et de refuser tout dialogue.

Dans la rue, les manifestations de soutien à Fedorov se poursuivent. La crise s’installe au cœur du bureau présidentiel de Volodymyr Zelensky.

Certains, parmi les politiques et les militaires, craignent que sans Mykhaïlo Fedorov, la situation sur le front se dégrade et se retourne contre les Ukrainiens en faveur des Russes.

Cette atmosphère rappelle la crise de l’été dernier, lorsque le président Zelensky a voulu reprendre en main les institutions chargées de la lutte contre la corruption et restreindre leur autonomie.

En 2025, les citoyens s’étaient également mobilisés pour empêcher tout recul dans ce domaine, qui est ultra-sensible et surveillé de très près par l’Union européenne. Sous la pression de la rue, Volodymyr Zelensky avait alors reculé et garanti le bon fonctionnement du Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) et du Parquet spécialisé anticorruption (SAPO).

Dans cette crise de l’été 2026 autour du commandement militaire, le président Zelensky va d’abord temporiser. Jeudi soir, il nomme un ministre de la Défense par intérim : il choisit un autre général, le chef des renseignements du Service de sécurité d’Ukraine (SBU), Yevhenii Khmara.

Finalement, ce mardi 21 juillet, Volodymyr Zelensky tranche. Ce sera la tête d’Oleksandre Syrsky qui tombera. Le vieux général est remercié et remplacé par un jeune officier : le populaire commandant des forces interarmées, Mykhaïlo Drapaty.

Ce signal d’apaisement est sans doute une solution temporaire à une crise qui survient à un moment délicat, alors que l’Ukraine semble reprendre l’ascendant sur le terrain, avant de difficiles négociations avec la Russie.

Cependant, cela grignote encore la marge de manœuvre du président Zelensky, réduit à appeler à l’unité.

En réaction, Mykhaïlo Fedorov salue « une bouffée d’air frais » et reconnaît le rôle joué par Syrsky lors des premières phases de l’invasion à grande échelle menée par la Russie : « En réalité, Syrsky a sauvé notre pays en 2022, mené plusieurs opérations réussies et nous ne pouvons pas le sous-estimer. Mais la guerre a changé. »

L’avenir de Mykhaïlo Fedorov au sein du gouvernement ukrainien reste incertain : il aurait refusé de demeurer comme conseiller du président et deux autres conseillers au ministère de la Défense ont démissionné en signe de protestation contre son éviction.