
De retour d’Indonésie (2) : Le retour de l’esprit de Bandung (Fin)
M. Fadli Zon, ministre de la Culture indonésien, entouré de ses livres et manuscrits précieux, a accueilli une délégation tunisienne au sein de son ministère. Ce dernier, véritable musée vivant, regorge d’objets historiques et culturels, témoignant de la richesse du patrimoine indonésien.
Le Café Batavia, emblématique de la vieille ville de Jakarta, se dresse fièrement sur la place Taman Fatahillah. Ce bâtiment colonial, datant des années 1830, est le deuxième plus ancien de la place, juste après l’ancien hôtel de ville, aujourd’hui musée. Avec ses grandes fenêtres à volets et son Grand Salon au premier étage, le café a su conserver son charme d’antan. Son bar, nommé « Winston Churchill », a été élu meilleur bar du monde par Newsweek International en 1996. À l’intérieur, le décor évoque les Années folles, orné de photographies d’époque de célébrités et de familles royales des années 1930.
Lianny Haryono, la propriétaire du Café Batavia, se distingue par son aisance et sa présence. Lors de ma visite, une serveuse lui a montré un respect particulier, témoignant de son statut. Lianny, avec un sourire chaleureux, m’a révélé qu’elle était la propriétaire du lieu.
Un détour par le vieux quartier de Batavia s’impose pour quiconque se rend à Jakarta, avec ses bâtiments historiques et son ambiance nostalgique.
Le 29 juillet, j’ai eu l’honneur de rencontrer Fadli Zon, qui s’est montré particulièrement intéressé par notre projet de film sur Hatim Elmekki, un peintre tunisien né à Jakarta en 1918. Accompagné de l’ambassadeur de Tunisie en Indonésie, M. Mohamed Trabelsi, nous avons été chaleureusement accueillis. Ce dernier, bien que modeste, joue un rôle actif dans la diplomatie indonésienne.
Le ministre, également historien, nous a fait visiter son ministère. Ce lieu atypique abrite des livres et manuscrits inestimables, ainsi que des masques et des œuvres d’art. Fadli Zon, passionné, manipule ces trésors avec soin, s’émerveillant devant chaque pièce.
Dans une salle spacieuse, il m’a montré un tableau mural interactif, affichant des données précises sur les sites culturels et archéologiques indonésiens, allant du nombre de visiteurs à l’état des lieux.
Lors de notre échange, Fadli Zon m’a offert son dernier ouvrage, publié par sa maison d’édition en avril 2026. Ce livre, consacré à la célèbre conférence de Bandung de 1955, est enrichi de 203 photos inédites. Nous avons alors discuté du renouveau de l’esprit de Bandung, symbole des luttes de libération et du mouvement des non-alignés, incarné par des figures telles que Soekarno et Gamal Abdel Nasser.
Aujourd’hui, l’Indonésie, membre du G20 et intégrée aux BRICS depuis janvier 2025, se positionne comme un acteur géopolitique majeur. Avec 288 millions d’habitants et une croissance économique de 5 % par an, le pays mise sur ses ressources naturelles pour renforcer son autonomie. Jakarta, héritière du non-alignement, entretient des relations avec Washington, Pékin, Moscou et Bruxelles, tout en jouant un rôle croissant dans les affaires du Moyen-Orient.
Nous avons convenu de futures collaborations, alors que je m’apprêtais à quitter Jakarta. La veille de mon départ, j’ai visité la mosquée Istiqlal, la plus grande d’Asie du Sud-Est, fondée en 1961. Son tunnel de l’amitié, reliant la mosquée à la cathédrale Sainte-Marie-de-l’Assomption, a été salué par le pape François comme un symbole de paix interreligieuse. J’y ai retrouvé Nata Sutisna, un étudiant indonésien passionné par la culture tunisienne.
Le soir, je me suis aventuré dans les cafés-restaurants de Jakarta, où j’ai observé la simplicité des échanges autour d’un café Luwak. Dans un monde déjà complexe, ces moments de convivialité rappellent les vérités essentielles souvent occultées par la modernité. L’Indonésie, avec sa richesse humaine et culturelle, offre une perspective unique sur la vie et la solidarité.
