
Tout se déroule comme prévu, la chaleur ne s’est pas atténuée.
31% de morts en plus en Flandre, 60% de morts en plus à Bruxelles, 76% de morts en plus en Wallonie, totalisant 1747 décès supplémentaires. Selon un sondage, 3% des sondés en Flandre considèrent la préoccupation pour le climat comme le problème le plus important, contre 1% en Wallonie.
Plus de morts que prévu à cause de la vague de chaleur
En Flandre, le nombre de décès a augmenté de 31 %, à Bruxelles, de 60 %, et en Wallonie de 76 %. Cela représente 1 747 décès supplémentaires. Ces chiffres surprennent les spécialistes par leur ampleur et les disparités régionales. « C’est plus que prévu », m’a-t-on révélé hier chez Sciensano. Ce constat est cliniquement exact. En s’appuyant sur des précédentes vagues de chaleur, on s’attendait plutôt à 1 200 morts de plus.
Certes, les décès étaient anticipés, même s’ils dépassent les prévisions. Cette réalité froide rappelle une interview du célèbre ingénieur Jean-Marc Jancovici, qui réagissait à la dernière canicule en affirmant : « Tout se passe comme prévu par les modèles scientifiques. »
Des conséquences connues de longue date
Ces épisodes de canicule, ainsi que leurs conséquences mortelles, étaient connus depuis longtemps. Les experts en santé publique ont averti que les canicules engendrent des morts supplémentaires, particulièrement parmi les populations les plus vulnérables. Prévisible ne signifie pas inévitable. L’enjeu réside précisément ici : les conséquences multiples des canicules sur l’agriculture, l’économie et la santé humaine auraient pu être évitées, mais elles ne l’ont pas été. Les mesures de limitation ont échoué jusqu’à présent et celles d’adaptation demeurent insuffisantes.
Fatalisme sur le climat
Nous observons une forme d’apathie et de fatalisme collectif face à ces enjeux. La nonchalance des régions, en particulier en Wallonie, face à l’invitation du ministre du Climat Jean-Luc Crucke pour une table ronde sur la gestion des événements extrêmes en est un exemple.
Cependant, les décisions politiques reflètent logiquement l’opinion publique. Dans notre dernier sondage, la préoccupation pour le climat se classait loin derrière d’autres problématiques : seulement 3 % des personnes interrogées l’ont considérée comme la plus importante en Flandre, et cela n’atteint même pas 1 % en Wallonie, malgré le nombre élevé de décès. Cela s’explique facilement : 30 % des Wallons estiment que les difficultés financières sont plus préoccupantes. Entre l’angoisse quotidienne du déclassement et la peur floue de mourir de chaleur quelques jours par an, il n’est pas surprenant que les priorités s’orientent ainsi.
Pourtant, ces deux problèmes sont liés. Si la canicule tue davantage en Wallonie, c’est en partie dû au fait que la région compte une population plus vulnérable, vivant dans des conditions précaires, ayant plus de comorbidités et moins de moyens pour s’adapter. Ces données, pour reprendre les mots de Jancovici, étaient effectivement prévisibles.
