Thomas Dermine (PS) alerte sur la vague de chaleur.
La ville de Charleroi est la commune du sud du pays qui reçoit le plus de montants de la part de la Région wallonne, mais elle reste en difficulté financière. Selon Thomas Dermine, depuis le mois de janvier, 3600 personnes ont frappé au CPAS suite à la réforme du chômage, dont 75% sont au CPAS, ce qui est « deux fois et demie plus que le tiers sur lequel tablait le gouvernement ».
« On assume toute une série de dépenses pour les autres niveaux de pouvoir »
Les investissements demandent néanmoins du temps. N’aurait-il pas été judicieux d’investir plus tôt ? « Nous avons commencé à investir. À Charleroi, des dizaines de bâtiments ont été isolés. Dix places ont été rénovées. Toutefois, à l’heure actuelle, la situation budgétaire est telle que tous les investissements des villes sont bloqués par la région wallonne. Le gouvernement wallon assèche les villes wallonnes, qui doivent suspendre leurs programmes d’investissement« . Thomas Dermine critique ici directement le gouvernement régional MR-Les Engagés. « Peut-être n’a-t-on pas agi assez tôt, mais aujourd’hui, nous sommes dans une situation absurde, car nous devons réduire des projets d’investissement en matière de végétalisation, de rénovation d’écoles et de crèches, alors qu’ils sont plus nécessaires que jamais.«
La ville de Charleroi reçoit en effet des sommes considérables de la Région wallonne. C’est la ville du sud du pays qui en bénéficie le plus. Malgré cela, elle continue de faire face à des difficultés financières. « Il existe un profond désamour de la Wallonie pour ces villes. Je ne blâme pas le gouvernement wallon actuel. C’est une réalité qui prévaut depuis plusieurs années. » Selon lui, malgré une bonne gestion et des frais de fonctionnement réduits, la situation demeure complexe car « nous absorbons de nombreuses dépenses pour d’autres niveaux de pouvoir. » Le bourgmestre socialiste évoque particulièrement la réforme du chômage mise en place par le gouvernement Arizona.
Il a fait ses calculs. Selon lui, cette réforme n’a pas permis de réinsérer des chômeurs de longue durée dans le marché du travail. Elle aurait plutôt déplacé le problème vers les CPAS et les communes. « Depuis janvier, nous avons enregistré 3600 personnes qui se sont présentées au CPAS« , raconte-t-il. « Des chômeurs qui ont été transférés suite à cette réforme. Le ministre Clarinval faisait référence au fameux tiers, tiers, tiers. Un tiers retrouvant un emploi, un tiers allant au CPAS et un tiers ailleurs. La réalité à Charleroi, c’est que 75 % se retrouvent au CPAS. C’est donc deux fois et demie plus que le tiers sur lequel comptait le gouvernement. Le problème n’est pas résolu. Il a juste été déplacé du niveau fédéral à celui des communes.«
Une politique d’emploi critiquée
L’ancien secrétaire d’État pour la relance critique la politique du gouvernement concernant l’emploi. « On aborde le problème à l’envers, dénonce-t-il. Il y a 270.000 demandeurs d’emploi et, en parallèle, 35.000 offres d’emploi. Donc même si, pour reprendre la formule de Macron, tous les chômeurs wallons traversaient la rue pour trouver un emploi, il y aurait un emploi pour 7 demandeurs d’emploi. Aujourd’hui, ce que nous constatons, c’est un gouvernement qui se concentre sur les plus faibles de la société, mais qui ne s’interroge pas sur la création d’emplois.«
Il critique également l’initiative du gouvernement wallon de réformer le Forem (Service public wallon de l’Emploi et de la Formation professionnelle). « Il est nécessaire de s’assurer que chacun soit bien préparé pour trouver un emploi, mais il est aussi essentiel de se concentrer sur la création d’emplois et de travailler avec les industriels pour améliorer la création d’emplois en Wallonie.«
Concernant l’industrie, Charleroi est concernée par la restructuration de Thy-Marcinelle, active dans la sidérurgie. Thomas Dermine souhaite s’investir dans ce dossier afin de sauver l’entreprise et prolonger la production à Charleroi. « Nous avons besoin d’acier. Si nous voulons rénover des bâtiments, nous avons besoin d’acier. Pour réarmer, nous avons besoin d’acier. Si nous désirons construire des éoliennes… Il y a encore un potentiel dans le bassin carolo. Ce n’est pas un haut-fourneau du passé. C’est une aciérie électrique qui est l’une des plus économes en énergie au monde, datant de quelques années. Elle est en train de fermer. Pourtant, nous avons un gouvernement qui parle d’industrie sans cesse mais qui est resté trois mois en tant que simple spectateur. » Là encore, l’élu local évoque la responsabilité des gouvernements fédéral et régional, auxquels son parti n’appartient pas.
Quelles suites à la Sambrienne ?
Une autre actualité marquante de cette semaine concerne l’incendie mortel survenu dans un immeuble d’Anvers. À Montignies-sur-Sambre, un autre immeuble à appartements a été touché par le feu ce jeudi. « Une inspection avec les pompiers sera effectuée dans les bâtiments de la Sambrienne afin de vérifier si tous les travaux de conformité ont été effectués. L’ensemble des bâtiments est inspecté régulièrement par nos services de pompiers. Des plans d’évacuation sont établis à chaque visite et des contrôles réguliers des forces de l’ordre sont réalisés. »
Pourtant, en janvier dernier, le magazine Investigation avait mis en lumière de nombreux manquements au sein de la Sambrienne, la société de logements publics de Charleroi (dont la commune est le principal actionnaire), notamment en termes de sécurité incendie. « J’étais ébahi« , se souvient le bourgmestre de Charleroi. Suite à ces révélations, des audits ont été réalisés et l’un des directeurs de la société a été concerné. « Ces audits ont révélé, en conjonction avec une analyse a été menée en toute transparence avec la région wallonne, qu’il y avait eu des insuffisances dans la gestion, explique-t-il. Pour moi, il était impensable de continuer avec la même équipe pour mener à bien le travail de reconstruction qui doit avoir lieu. » Cependant, ce directeur quitterait son poste avec une indemnité de 280.000 euros. « Tout cela est régi par le droit du travail« , répond Thomas Dermine. « Les indemnités de licenciement n’ont pas encore été établies de façon précise. Nous allons maintenant entrer dans une phase de négociation.«
En revanche, trois autres dirigeants de la société sont toujours en fonction. À ce sujet, le dirigeant socialiste n’exclut pas leurs départs :
Un travail est effectué avec un manager de crise. Il est présent pour réorganiser un comité de direction. Il n’y a pas d’impunité. Une mission de service public n’a pas été correctement accomplie et des citoyens se retrouvaient dans des logements insalubres. C’est intolérable.
Thomas Dermine, bourgmestre de Charleroi
À Anderlecht, une autre société de logements sociaux est au centre d’un scandale : le foyer anderlechtois. Dans cette affaire, le Parti socialiste de Thomas Dermine est particulièrement critiqué, notamment via le président du Foyer, Lotfi Mostefa, soupçonné de clientélisme et de favoritisme. Cependant, la commission d’enquête parlementaire chargée d’éclaircir cette affaire peine à progresser. Alors, le PS refuse-t-il de connaître les tenants et aboutissants ? « C’est une décision prise par l’ensemble du gouvernement. Les socialistes ne gouvernent pas seuls, souligne-t-il. Il semble y avoir un problème au foyer anderlechtois, mais le Parti socialiste n’est pas le seul à être incriminé. Un travail est en cours par la justice et la commission parlementaire. Je n’ai pas d’informations particulières. Attendons les conclusions.«
Refonte du PS au menu d’un Congrès de parti
Ce week-end, le PS tiendra un congrès avec comme sujet principal sa refondation. Quelle interprétation en fait Thomas Dermine ? « Le Parti Socialiste est en pleine remontée dans les sondages. Les citoyens réalisent qu’ils ont été trahis. Il y a un effet naturel vers le PS. Cependant, il faut aller plus loin, car il est nécessaire de moderniser plusieurs de ses composantes.«
Il reste à déterminer si cette modernisation doit passer par une révision des valeurs du Parti. « Je suis convaincu que nos valeurs demeurent justes. Une société qui émancipe, où le travail protège et permet de bien vivre, et où chacun a sa place. Mais nous devons également travailler sur nos structures et nous adapter aux enjeux du 21e siècle. » En revanche, concernant un éventuel changement de nom, il n’est pas en faveur, le considérant comme une simple question cosmétique.
