RDC : manifestation de l’opposition contre la réforme dégénère à Kinshasa.
La coalition « C64 », regroupant des leaders de l’opposition comme Martin Fayulu et Delly Sesanga, a organisé une manifestation le 12 juin pour contester le projet de révision de la Constitution. D’après le parti de Jean-Marc Kabund, 189 blessés graves ont été recensés, tandis que le gouvernement provincial évoque 20 blessés légers, incluant 15 policiers et 5 manifestants.
La manifestation a été organisée par les principaux leaders de l’opposition au président Félix Tshisekedi, qui se sont réunis le 19 mai dernier sous la bannière de la « Coalition Article 64 » (C64). Ce nom fait référence à l’article de la Constitution qui stipule que « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ». Cette plateforme regroupe des figures majeures de l’opposition active à Kinshasa, comme Martin Fayulu, Jean Marc Kabund, Delly Sesanga, ainsi que Moïse Katumbi, actuellement en exil. Bien que la coalition ne dispose que d’une faible représentation à l’Assemblée nationale, où plus de 400 sièges sur 500 sont occupés par des députés de la majorité présidentielle, elle semble déterminée à faire entendre sa voix dans la rue face au projet de révision de la Constitution actuellement en cours d’examen.
Le 3 juin, la coalition C64 a appelé la population de Kinshasa à rester chez elle pour exprimer son opposition à ce projet de révision de la loi fondamentale. Cette opération « ville morte », qui a été relativement suivie dans plusieurs quartiers de la capitale, devait se poursuivre le vendredi 12 juin par un sit-in que les opposants souhaitaient organiser devant le Parlement. Toutefois, les autorités provinciales avaient refusé cet itinéraire, demandant aux leaders de l’opposition de modifier le lieu du rassemblement.
« La police nous a accueillis avec des gaz lacrymogènes, des coups de matraques et même des tirs de balles caoutchouc », a déclaré Martin Fayulu, membre de la coalition C64. Il a expliqué : « Après la réussite de notre opération « ville morte », nous avions annoncé au gouverneur de Kinshasa que nous organiserions ce 12 juin un sit-in devant le Palais du Peuple (le Parlement, ndlr). Arrivés sur place, la police nous a accueillis avec des gaz lacrymogènes, des coups de matraques et même des tirs de balles caoutchouc. Delly Sesanga a été blessé à la jambe par un de ces tirs et j’ai moi-même reçu un coup de matraque sur la tête. Nous déplorons également la mort de deux de nos militants. » Ce bilan n’a pas été confirmé officiellement.
Le parti de Jean-Marc Kabund, l’Alliance pour le changement, également membre de la coalition C64, a rapporté 189 blessés graves. En revanche, le gouvernement provincial de Kinshasa a évoqué 20 blessés légers, dont 15 policiers et 5 manifestants. La vice-ministre de l’Intérieur, Eugénie Tshiela Kamba, a même accusé l’opposition de s’être livrée à « une mise en scène » en utilisant du sang d’animaux pour feindre leurs blessures, précisant que « les droits humains sont pleinement garantis en République démocratique du Congo depuis l’avènement du Président Félix Tshisekedi à la magistrature suprême ».
Quelques jours plus tard, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi facilitant l’organisation d’un référendum pour modifier la Constitution, avec 348 voix pour, 2 contre et une abstention. Il s’agissait d’une formalité dans un hémicycle composé à 90 % de députés de la majorité, où le principal groupe d’opposition a choisi de suspendre sa participation aux travaux ces dernières semaines. La « Coalition Article 64 » avait alors annoncé qu’elle intensifierait sa mobilisation avec un sit-in prévu le 12 juin.
Félix Tshisekedi, qui a célébré ses 63 ans le samedi 13 juin, conclura officiellement son second mandat en 2028. Il a déjà laissé entendre que le prochain scrutin pourrait être reporté en raison de la situation sécuritaire dans l’est du pays, où les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda, occupent de larges territoires dans les provinces du Nord et du Sud Kivu.
