
Plus de 500 réfugiés Rohingyas meurent : les passeurs n’ont aucun scrupule.
Deux embarcations ont quitté l’État de Rakhine au Bangladesh fin juin, l’une d’elles transportant environ 250 personnes et ayant « perdu tout contact ». La seconde, avec quelque 280 personnes, « aurait sombré au large des côtes de la région d’Ayeyarwady » le 8 juillet.
Deux bateaux ont quitté les côtes de l’État de Rakhine au Bangladesh, à l’ouest de la Birmanie, fin juin, « avec à leur bord principalement des passagers rohingyas », selon le HCR et l’OIM.
L’un des navires transportait environ 250 personnes et « a perdu tout contact ». La seconde embarcation, pour sa part, aurait embarqué environ 280 personnes et « aurait sombré au large des côtes de la région d’Ayeyarwady » le 8 juillet. Bien que ces événements et le nombre de victimes n’aient pas encore été officiellement confirmés, le HCR et l’OIM ont manifesté leur « extrême préoccupation face aux pertes humaines potentiellement considérables ». Depuis janvier, environ 300 réfugiés tentant d’échapper à la situation sont portés disparus.
Pour Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse associée au Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (IFRI), ce drame souligne une fois de plus les conditions déplorables dans lesquelles vivent des milliers de personnes. Elle indique : « L’ONU est absolument débordée, parce qu’il y a moins de ressources et plus de personnes réfugiées. Donc on est là véritablement dans une impasse, et dans une impasse qui est absolument dramatique. Et ce qui est vraiment dramatique, c’est qu’il y a très peu d’espoir pour les Rohingyas. »
Une situation préoccupante
Selon l’ONU, les Rohingyas subissent depuis des décennies une discrimination systématique, des violences, des meurtres, des agressions sexuelles et des déplacements forcés, qualifiés de « nettoyage ethnique ». Cette situation s’est intensifiée lors de la crise de 2017, lorsque plus de 750.000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh pour échapper à des crimes contre l’humanité et à un possible génocide perpétré par l’armée birmane.
Sophie Boisseau du Rocher souligne que « la Birmanie s’enfonce dans une guerre civile qui a encore aggravé la situation des Rohingyas ». Elle précise que « Aujourd’hui, cette population, environ 800.000 Rohingyas, vit dans les camps. On a tous entendu parler du camp de Cox’s Bazar au Bangladesh, qui est un camp absolument surchargé et qui est aujourd’hui dans une situation humanitaire absolument dramatique. Non seulement parce que les populations s’entassent, mais également parce que l’aide humanitaire, et notamment l’aide humanitaire américaine, s’est fortement réduite ces derniers mois. »
D’autres réfugiés demeurent en Birmanie et subissent des violences. « La Birmanie s’enfonce dans une guerre civile qui a encore aggravé la situation des Rohingyas, qui étaient déjà privés depuis des décennies de la citoyenneté et de nombreux droits fondamentaux », ajoute-t-elle.
L’aide humanitaire à bout de souffle
Dans le camp bondé de Cox’s Bazar, la situation d’urgence est palpable. « La situation humanitaire est dramatique : l’aide, notamment américaine, s’est fortement réduite ces derniers mois », souligne Sophie Boisseau du Rocher. Malgré des conditions de vie précaires, les camps offrent au moins une sécurité relative. « Une sécurité très inconfortable, mais ils ne craignent pas pour leur vie, contrairement à la Birmanie. »
Il y a peu d’espoir, certains tentent de fuir vers la Malaisie ou l’Indonésie, mais ces pays les acceptent seulement temporairement. De plus, ils sont confrontés aux risques du trafic et aux dangers en mer. « Les passeurs n’ont aucun scrupule. Les embarcations, souvent surchargées, ne résistent pas aux intempéries. Les téléphones sont confisqués, aucun témoignage n’est possible », explique Sophie Boisseau du Rocher. Les tragédies récentes, comme le naufrage de ces deux bateaux, illustrent cette catastrophe silencieuse.
