
Paul Magnette (PS) dénonce un « trou noir budgétaire » et propose une alternative.
Paul Magnette a déclaré que « ce n’est plus un abîme, c’est un gigantesque trou noir budgétaire » en référence à un déficit chiffré à 40 milliards d’euros. Il a également fait savoir que, selon lui, les socialistes avaient mis en garde dès le début de la législature que « c’était un budget basé sur du sable et sur des chiffres qui n’avaient absolument aucun fondement ».
Pour Paul Magnette, la situation financière de la Belgique est désormais alarmante. Le président des socialistes francophones déclare : « Ce n’est plus un abîme, c’est un gigantesque trou noir budgétaire » en référence à un déficit évalué à 40 milliards d’euros selon le comité de monitoring, alors que le gouvernement doit trouver 7,7 milliards d’ici 2029.
Il rappelle que les socialistes avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en début de législature : « C’était un budget basé sur du sable et sur des chiffres qui n’avaient absolument aucun fondement, des effets retour, des économies dont on voit bien qu’elles ne se réalisent pas ».
Partant d’un déficit d’environ 20 milliards, le pays voit son déficit doubled, ce que Magnette considère comme une « confirmation de ses mises en garde ».
Interrogé sur l’influence de facteurs extérieurs comme la guerre en Iran, le président du PS relativise : « Tous les gouvernements sont confrontés à des crises externes », rappelant que l’équipe précédente, avec des socialistes, a dû faire face à la pandémie de Covid et à la guerre en Ukraine, entraînant un arrêt partiel de l’économie et une explosion des prix de l’énergie.
« Pourtant, avec les socialistes, on avait réduit le déficit à 3%, on avait créé 300 000 emplois, on a sorti 400 000 personnes de la pauvreté et on a investi massivement dans la transition climatique. Vous voyez qu’il est possible de faire autrement », soutient-il.
Au cœur de sa critique, Magnette accuse le gouvernement actuel de tenir un « discours sans alternative ». « Monsieur De Wever dit sans arrêt : il n’y a pas d’alternative, la seule politique possible, c’est l’austérité », déplore-t-il, soulignant que cela engendre des conséquences : « Quand tout augmente sauf les salaires, quand on fait des milliards d’économies sur le dos des pensionnés, c’est l’économie que l’on brise ».
Il évoque également la critique du président de la FEB, qui a dénoncé des mesures jugées « contre la compétitivité », affectant à la fois le pouvoir d’achat et les entreprises.
Face à cette situation, Paul Magnette présente une alternative socialiste qu’il résume dans un livret intitulé « Prospérité pour tous », en réponse aux propositions du Premier ministre. Il prône « une politique basée sur l’investissement, à court et à long terme, et sur la relance par le soutien au pouvoir d’achat ». Selon lui, les pays qui s’appuient sur ces leviers voient « la croissance repartir à la hausse » et « les recettes publiques remonter ».
Il s’oppose à l’idée que l’investissement équivaut nécessairement à un endettement insoutenable, citant comme exemple les dépenses militaires. « Monsieur Franken est en Turquie pour le moment, avec la carte Visa du gouvernement. Il a encore dépensé 3 milliards hier pour acheter des avions. Donc qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a pas d’argent », affirme-t-il.
Le président du PS propose ensuite plusieurs mesures pour générer de nouvelles recettes « sans toucher ni le pouvoir d’achat, ni l’économie ». Il suggère, entre autres, une taxation des grandes fortunes, pouvant rapporter 6 milliards, une augmentation des salaires de 1% par an qui génèrerait 4 milliards supplémentaires, une réduction des dépenses militaires de 3 milliards, une contribution plus importante des sociétés énergétiques et bancaires (2 milliards), et un encadrement renforcé des aides aux entreprises (2 milliards).
« Vous voyez, en moins d’une minute, je vous montre qu’il est possible de trouver 15 milliards sans toucher le pouvoir d’achat des travailleurs et des pensionnés », résume-t-il.
Concernant la taxe sur les grandes fortunes, Paul Magnette précise qu’elle ciblerait les patrimoines de plus de 5 millions d’euros, avec une « vraie taxation sur les plus-values » estimée à 3 milliards, suivie d’une taxe de 1% au-delà de 5 millions et de 2% au-delà de 100 millions. Il évoque la « proposition Zucman », de l’économiste français Gabriel Zucman, pour justifier une contribution plus équitable des très hauts patrimoines à la solidarité nationale.
Il diverge néanmoins de la proposition du parti Les Engagés, qui souhaite une taxation progressive dès 500 000 euros, pensant que cela toucherait des personnes ayant beaucoup travaillé et investi. « Je pense que ce n’est pas une très bonne idée », juge-t-il, préférant « se concentrer sur les très grandes fortunes » qui ont un capital inactif.
Lors de l’entretien, Paul Magnette aborde également les conséquences de la canicule de fin juin et la surmortalité observée en Belgique. Il reproche au gouvernement fédéral de n’avoir « absolument rien fait », signalant que le comité de concertation n’a pas été convoqué malgré des températures dépassant 35 °C.
Il dénonce « des conséquences désastreuses, 1200 morts, une surmortalité beaucoup plus élevée que dans les pays voisins », affirmant que le PS a proposé « 40 mesures » pour mieux préparer le pays.
Cependant, il se dit « heureux » que certaines de ces propositions soient désormais « prises en considération » et qu' »certaines vont même être appliquées par les différents gouvernements », ce qu’il considère comme une preuve du « travail d’opposition constructive » de son parti.
« Je dis toujours, le PS, c’est le parti des solutions. Je ne me contente pas de slogans, je viens systématiquement avec des propositions », ajoute-t-il.
Sur le plan climatique, il défend des mesures pour diminuer le trafic automobile lors des vagues de chaleur et investir dans les transports en commun, tout en notant que certains trains n’ont pas circulé en raison de l’absence d’air conditionné.
Il insiste sur l’importance d’actions urgentes pour les personnes vulnérables et évoque des dispositifs de prévention inspirés de ce qui se fait ailleurs, comme des registres communaux pour les personnes fragiles et des messages durant les pics de chaleur afin d’informer sur les lieux frais accessibles (bibliothèques, piscines, parcs, hôpitaux…). « C’est un vrai problème de santé publique aujourd’hui », souligne-t-il, appelant à « tout faire pour éviter ces drames ».
Concernant la refondation du PS, Paul Magnette met l’accent sur l’importance de l’éthique. « Quand on est socialiste, on se doit d’être exemplaire », déclare-t-il, précisant que le parti modifie ses statuts pour renforcer la parité « à tous les étages », prévenir les violences sexistes et sexuelles, encadrer l’usage de l’intelligence artificielle et anticiper les enjeux éthiques.
Sur le dossier du foyer anderlechtois, il affirme avoir demandé « parmi les premiers » que « toute la transparence » soit faite, et que « s’il y a des faits répréhensibles, ils seront évidemment sanctionnés », tout en rappelant que les enquêtes doivent suivre leur cours.
Concernant une éventuelle alliance avec le PTB, il considère la question comme « purement hypothétique » et même « de la science-fiction », rappelant que le parti d’extrême gauche a inscrit dans ses statuts qu’il ne s’associerait pas à des majorités régionales ou fédérales.
Quant à un changement de nom du Parti socialiste, il maintient le suspense, précisant que le processus de refondation se poursuivra jusqu’au début de l’année 2027.
