Belgique

« Mon enfant sait nager, mais la vigilance des experts est essentielle »

La sécurité en milieu aquatique dépend de la vigilance, du choix d’un lieu de baignade approprié et de certains réflexes qui ne doivent pas être négligés. Selon Denis Ulweling, responsable à la Ligue francophone belge de sauvetage, « savoir nager est indispensable, mais ce n’est qu’une étape ».


Les vacances d’été sont souvent synonymes de baignade dans des piscines, lacs, rivières ou bord de mer. Pour de nombreuses familles, il s’agit d’un moment de détente. Cependant, les experts soulignent que **savoir nager est essentiel, mais cela ne suffit pas** à éliminer tous les dangers. La sécurité dépend également de la vigilance, du choix d’un lieu de baignade approprié et de certains réflexes parfois négligés.

À 13 ans, Joey se remémore ses premiers cours de natation, auxquels ses parents l’avaient inscrit avant même les séances scolaires. * »Ça m’a donné confiance dans l’eau. Quand les cours ont commencé avec l’école, je connaissais déjà les bases et j’ai pu progresser plus facilement, »* témoigne-t-il. Cette confiance est précieuse, mais elle ne doit jamais être confondue avec un sentiment de sécurité absolue.

Fin juin, l’histoire de Gaspard, un garçon de 20 mois, a montré à quel point des accidents peuvent survenir dans des contextes apparemment anodins. Après avoir * »bu la tasse »* dans une petite piscine gonflable chez lui à Heppignies, il a contracté une pneumonie et a été hospitalisé en soins intensifs, comme l’ont rapporté nos confrères de Sudinfo.

### « Savoir nager est indispensable, mais ce n’est qu’une étape »

Denis Ulweling, responsable à la Ligue francophone belge de sauvetage, affirme que l’une des erreurs les plus courantes est de penser qu’un brevet de natation rend un enfant autonome. * »Savoir nager est une compétence de base, comme apprendre à marcher ou à lire. C’est indispensable. Mais cela ne signifie pas qu’un enfant est capable de faire face à toutes les situations. »*

Apprendre à nager ne se limite pas à parcourir quelques longueurs. * »Il y a toute une progression. On commence par l’accoutumance à l’eau, la gestion de la respiration, le fait de mettre la tête sous l’eau, la flottaison, la capacité à revenir au bord et surtout à ne pas paniquer. Toutes ces compétences se développent progressivement, à l’école ou dans les écoles de natation et de sauvetage. »*

En d’autres termes, **un brevet valide des acquis, mais ne fait pas d’un enfant un nageur autonome** dans tous les environnements. * »Savoir nager 25 mètres ne veut absolument pas dire qu’on peut laisser son enfant seul au bord de la mer ou d’un lac. Ce n’est pas la réflexion qu’il faut avoir, »* insiste Denis Ulweling.

### Une piscine n’est pas un lac

Denis Ulweling souligne que c’est l’un des messages les plus cruciaux à transmettre avant les vacances. En piscine, tout est maîtrisé : la profondeur est connue, l’eau est claire, la température agréable et un maître-nageur est souvent présent.

En revanche, la baignade en milieu naturel comporte bien plus de risques. * »Les courants, les changements de profondeur, les obstacles invisibles… Le milieu naturel représente un grand danger s’il n’est pas bien géré, »* avertit-il. Ainsi, un enfant à l’aise dans un bassin peut perdre tous ses repères dans une rivière ou à la mer.

### « On ne se baigne jamais seul »

Un autre conseil essentiel des sauveteurs est de **ne jamais aller dans l’eau seul**. * »Si je vais nager seul et qu’il m’arrive quelque chose, j’ai très peu de chances que quelqu’un puisse réagir. À deux ou à plusieurs, il y aura toujours quelqu’un pour donner l’alerte, »* rappelle Denis Ulweling. Ce conseil est valable tant pour les enfants que pour les adultes.

Cette année, la campagne estivale de la Ligue francophone belge de sauvetage tourne autour d’un slogan simple :

> La baignade est un moment qui se partage.

* »Jouer avec ses enfants dans l’eau, c’est agréable… Mais c’est aussi la meilleure manière de les surveiller, »* ajoute-t-il.

La surveillance doit être active. * »Pas un adulte sur son téléphone. Pas un adulte plongé dans un livre. Bien sûr, on peut se relayer, mais il faut toujours que quelqu’un surveille constamment les enfants, »* insiste le spécialiste.

### Les mêmes erreurs reviennent chaque été

Chaque été, les sauveteurs font face aux mêmes comportements à risque. * »Le premier, c’est le manque de surveillance, surtout des enfants. Nous voyons aussi des personnes qui nagent après avoir consommé de l’alcool ou qui choisissent des lieux non autorisés, comme des carrières ou des voies navigables, »* observe Denis Ulweling.

Il rappelle également de ne pas plonger brusquement dans une eau froide après avoir été longtemps au soleil. * »Il est préférable d’entrer progressivement dans l’eau afin d’adapter le corps à la différence de température, »* conseille-t-il.

### « Le danger est là où on ne le voit pas »

Devi Chanteux, infirmière en soins intensifs et fondatrice du projet citoyen « Des vies à sauver », observe que les accidents de baignade ne résultent jamais d’une seule cause. * »L’été, les accidents sont souvent relayés dans les médias lorsqu’ils sont dramatiques. Il serait bon que les messages de prévention aient autant d’écho, »* déclare-t-elle.

Elle note une importante différence entre les piscines surveillées et les baignades improvisées. * »Dans une piscine, les maîtres-nageurs gardent un œil vigilant. Les accidents y sont plus rares. En milieu naturel, le taux de mortalité est beaucoup plus élevé. »* Avec les vagues de chaleur, elle remarque davantage de personnes cherchant un peu de fraîcheur dans des endroits interdits. * »Je comprends que les gens veuillent se rafraîchir, mais pas à n’importe quel prix. Les carrières ou les plans d’eau non surveillés sont particulièrement dangereux. »*

### Savoir nager ne protège pas de tous les dangers

Pour l’infirmière, l’idée reçue la plus persistante est la suivante : * »On ne se noie pas simplement parce qu’on ne sait pas nager. »* Une hydrocution, un malaise, un courant, une eau très froide, un obstacle sous la surface… beaucoup de facteurs peuvent piéger même les bons nageurs. * »On peut avoir un malaise dans une piscine… voire même dans son bain, »* rappelle Devi Chanteux. * »Le risque zéro n’existe pas. Et le danger est souvent là où on ne le voit pas. »*

Elle met aussi l’accent sur l’importance d’adapter son corps avant de plonger. * »Il faut d’abord mouiller les bras, les jambes, la nuque. Quand le corps est très chaud, le choc thermique peut être important. »*

### Les vacances ne doivent pas faire baisser la garde

Un constat partagé par les professionnels est que pendant les vacances, la vigilance diminue. * »On part généralement entre amis ou en famille. Chacun pense que quelqu’un d’autre veille… Et c’est souvent ainsi que surviennent les drames, »* explique Devi Chanteux.

Sa formule résume parfaitement son message : * »On peut tous partir en vacances… sauf notre vigilance ! Elle, ne part jamais en vacances. »*

> La vigilance ne part jamais en vacances !

En ce qui concerne les accessoires de flottaison, bien qu’ils puissent être utiles, ils ne sont pas infaillibles. * »Les brassards peuvent glisser lorsque l’enfant saute dans l’eau les bras levés. Les nouveaux gilets sont plus performants, mais aucun système de flottaison ne remplacera jamais la surveillance, »* rappelle Denis Ulweling.

### Apprendre à nager reste la meilleure prévention

Les deux experts s’accordent sur un point : le meilleur moyen de protection est l’apprentissage de la natation.

Cependant, Devi Chanteux estime que la prévention ne devrait pas se limiter à la piscine. Les messages de sensibilisation gagneraient à être plus visibles, en particulier avant les vacances estivales. * »L’été, les accidents font souvent la une des médias lorsqu’ils sont dramatiques. Il serait bien que les messages de prévention bénéficient de la même exposition, »* estime l’infirmière. Elle envisage des campagnes nationales soulignant les bons réflexes, similaires à celles diffusées durant la pandémie de Covid-19.

> Il serait dommage de choisir nos morts en fonction de nos portefeuilles.

Elle plaide également pour que chaque enfant ait les mêmes opportunités d’apprendre à nager. * »Si les parents n’ont pas le temps ou les moyens d’inscrire leurs enfants à des cours en dehors de l’école, certains n’acquièrent pas suffisamment les bases. »*

Cette réflexion rejoint les observations de nombreux enseignants, qui constatent qu’un nombre croissant d’élèves arrive en secondaire sans être réellement à l’aise dans l’eau.

Pour Devi Chanteux, l’accès à l’apprentissage de la natation ne devrait jamais être tributaire de la situation familiale. * »Il serait tragique que nos morts soient déterminées par un facteur économique, »* conclut-elle.

### Les bons réflexes avant de plonger

Les professionnels rappellent plusieurs règles essentielles :

• Choisir une zone de baignade autorisée et surveillée ;
• Écouter les consignes des sauveteurs ;
• Ne jamais se baigner seul ;
• Désigner un adulte responsable de la surveillance des enfants ;
• Éviter l’alcool avant la baignade ;
• Entrer progressivement dans l’eau ;
• Respecter les interdictions de baignade dans les carrières, canaux et voies navigables.

> L’eau peut être votre meilleure amie… comme votre pire ennemie.

*Les sauveteurs sont là pour le bien-être de tous,* rappelle Denis Ulweling. *Choisir une zone surveillée et respecter leurs consignes reste la meilleure façon de profiter de l’eau.*

Devi Chanteux conclut : * »L’eau peut être votre meilleure amie… comme votre pire ennemie. La différence réside souvent dans la manière dont on anticipe le danger. »*