
Mao Zedong disparaissait il y a 50 ans : médias, dont la RTBF, minimisaient un régime meurtrier.
En septembre 1976, la Chine est plongée dans un profond chagrin alors que le corps embaumé de Mao Zedong est exposé au public, drapé d’un drapeau rouge, dans la grande salle du peuple à Pékin. Les caméras de la télévision chinoise capturent des jeunes en uniforme, défilant avec une solennité qui semble orchestrée, affichant une tristesse manifeste. Un journaliste de l’Agence France Presse, parmi les rares occidentaux présents, témoigne de l’impact émotionnel que la mort du « grand leader » a eu sur la population : « Les habitants de Pékin, comme sans doute ceux de toute la Chine, ont été choqués, traumatisés par la mort de Mao Zedong ». Cependant, une sinologue, Françoise Lauwaert, nuance cette perception en déclarant que la peur de l’incertitude politique après la disparition de Mao était tout aussi palpable : « En réalité, les gens étaient morts de peur de ce qui risquait d’arriver après la mort de Mao. »
Lauwaert, qui a vécu en Chine durant les dernières années de Mao, se remémore comment, en avril 1976, des rassemblements spontanés avaient déjà eu lieu sur la place Tian’anmen pour commémorer Zhou Enlai, le ministre décédé. Ces manifestations avaient révélé des critiques voilées envers le régime, marquant un tournant dans l’expression du mécontentement populaire. Les mots de contestation, bien que subtils, laissaient entrevoir un désir de changement : « On n’est plus à l’époque de Qin Shi Huangdi, le premier empereur de Chine », rapportait-elle.
Dans les médias occidentaux, la couverture de la mort de Mao, y compris à la RTBF, le présentait comme un grand leader historique ayant façonné la Chine moderne. Des phrases emphatiques telles que « Jamais dans l’Histoire, la pensée d’un seul n’avait autant influencé le comportement d’un aussi grand nombre » illustraient cette glorification. Toutefois, les conséquences tragiques de son règne, telles que le Grand bond en avant et la Révolution culturelle, étaient souvent passées sous silence. Les purges et les persécutions orchestrées par les Gardes rouges étaient également occultées, tandis que des historiens évoquaient les millions de morts causés par ces politiques.
Dans les années 70, le maoïsme avait trouvé un écho dans les cercles intellectuels de gauche en Occident. Des figures comme Simon Leys, qui dénonçait le totalitarisme du maoïsme dans son ouvrage « Les habits neufs du président Mao », apportaient une voix critique à une époque où le maoïsme était idéalisé. Xavier Dupret, économiste, souligne que cette fascination pour la Révolution culturelle était alimentée par un fantasme de jeunesse prenant le pouvoir, particulièrement en France et en Belgique, où des institutions comme l’École normale supérieure étaient des bastions du maoïsme.
La mort de Mao a marqué un tournant, permettant une libération partielle de la parole et une désillusion croissante face à l’héritage de son régime. Aujourd’hui, la question se pose de savoir si un retour au maoïsme est envisageable. Lauwaert évoque un retour possible des figures autoritaires, en pointant du doigt le fait que « tout revient maintenant ». Elle se demande pourquoi ces « monstres » refont surface, alors que le portrait de Mao continue de dominer la place Tian’anmen.
Le Parti communiste chinois, tout en tournant la page sur Mao d’un point de vue économique avec l’ascension de Deng Xiaoping, reste réticent à ouvrir le débat politique. Le président Xi Jinping, figure centrale du Parti, continue de célébrer la longévité du régime malgré son passé tumultueux. Le débat sur l’héritage de Mao et les implications de son retour potentiel dans le discours politique chinois reste d’actualité.
