Belgique

L’UEFA « perd confiance » en Gianni Infantino malgré ses rétropédalages sur les investissements privés à la FIFA

Critiqué de toutes parts, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a annoncé dans la nuit de vendredi à samedi, par le biais d’un communiqué, le retrait de son projet visant à créer une société, la FIFA Forward Entreprise (FFE), ouverte aux investisseurs privés et chargée de gérer les activités commerciales et événementielles de l’instance, y compris la Coupe du monde. « Après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est devenu clair que le projet a créé des divisions […] qui ne sont plus dans l’intérêt de l’objectif initial », a reconnu Infantino, fragilisé face à l’opposition de nombreuses fédérations et après la démission de son conseiller principal, Carlos Cordeiro.

Cette proposition, révélée mardi, a été massivement rejetée à l’échelle mondiale, notamment par l’UEFA, qui avait menacé jeudi « à l’unanimité » de ne pas participer aux prochaines compétitions de la FIFA, y compris le Mondial, si le projet était mis en œuvre. La colère de l’instance qui regroupe 55 fédérations européennes n’a pas été totalement apaisée par ce rétropédalage d’Infantino. Dans son communiqué publié samedi, l’UEFA qualifie l’abandon de ce projet de « victoire pour l’ensemble du football », mais précise qu’il ne doit pas « marquer la fin de l’histoire » : « La tâche consistant à rétablir la confiance dans la FIFA ne fait que commencer. »

L’UEFA, dirigée par le Slovène Aleksander Ceferin, considère que ce projet faisait craindre une marchandisation du football, sur fond de soupçons de conflit d’intérêts. Dans son communiqué, elle s’en prend directement à Infantino, en affirmant qu’il avait, avant son élection en 2016, prôné la transparence et assuré que l’argent de la FIFA était celui des associations membres.

« Il n’a pas tenu ces deux promesses », accuse l’UEFA. « Le projet miteux, opaque et fomenté en coulisses qu’il a tenté d’imposer par la force était tout sauf transparent. » L’abandon de ce projet doit, selon l’UEFA, mener à la création d’une « nouvelle méthode de répartition des ressources par le biais du programme FIFA Forward existant », en utilisant une partie des fonds de réserve de l’instance, évalués à 5 milliards de dollars.

« Nous devons commencer à utiliser une partie de cet argent qui dort sur le compte bancaire de la FIFA pour donner l’élan dont le football a besoin dans chacun des 211 pays membres de la FIFA. Mais nous n’avons pas besoin de brader nos bijoux de famille pour financer cela », écrit-elle.

Les fédérations anglaise (FA) et allemande (DFB), deux membres influents de l’UEFA, ont également critiqué samedi le président de la FIFA, qui arrive doucement à la fin de son mandat mais est pour l’instant le seul candidat à sa propre succession, dont l’élection se déroulera en mars 2027. Gianni Infantino « a agi de manière unilatérale, sans transparence et, en définitive, de façon irresponsable », a déclaré le président de la DFB, Bernd Neuendorf, tandis que la FA a jugé qu’il était « temps de procéder à un examen approfondi et rigoureux de la direction et de la gouvernance de la FIFA pour garantir que le football mondial soit géré de façon transparente. »

La Concacaf, qui regroupe 41 fédérations d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, a demandé une « mise à plat complète » de la gouvernance du président de la FIFA, Gianni Infantino, après le retrait de son projet controversé d’ouverture à des investisseurs privés. Ce projet est « le symptôme d’une gouvernance qui a cessé de placer le football au premier plan » et agit « en dehors de tout cadre et sans transparence, consultation, ni procédure régulière », écrit la Concacaf dans un communiqué. « Le futur du football mondial doit toujours être organisé autour des consultations appropriées, du dialogue collectif et du respect pour les structures de gouvernance de notre sport », avait réagi plus tôt le président de la Confédération asiatique (AFC), Shaikh Salman.

Les confédérations africaine et océanienne se sont montrées moins critiques après la révélation du projet, appelant leurs associations membres à l' »examiner » et à l' »évaluer », tandis que la Conmebol sud-américaine a demandé des précisions, appelant à « placer toujours le football au-dessus de tout autre intérêt ».

Parmi les potentiels investisseurs, les détracteurs du plan avaient identifié le fonds d’investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère du gendre de Donald Trump, alors que Gianni Infantino a régulièrement affiché sa proximité avec le président américain, notamment lors du Mondial. Si le projet avait été mis en œuvre, chacune des fédérations membres de la FIFA aurait pu recevoir une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars début 2027 et voir sa dotation sur la période 2027-2030 passer de 8 à 20 millions de dollars. « Une forme de chantage », avait estimé vendredi la présidente de la Fédération norvégienne, Lise Klaveness, affirmant que la FIFA « n’avait pas besoin de cet argent ».