Boumerdès : Le ministère et l’ANIRA dénoncent des « pratiques médiatiques choc »
À la suite du tragique accident de la circulation survenu dans la wilaya de Boumerdès, causé par le dérapage d’un bus de tourisme et ayant entraîné la mort de 27 personnes, le ministère de la Communication ainsi que l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA) ont décidé de s’exprimer publiquement.
Dans des communiqués distincts publiés samedi soir, ces deux instances ont adressé une mise en demeure ferme aux médias nationaux, dénonçant des pratiques déontologiques inacceptables et appelant à un strict respect de l’éthique journalistique.
Une mise en garde absolue du ministère de la Communication
Face aux dérives observées sur le terrain et sur les réseaux sociaux, le ministère de la Communication a souligné l’urgence de se conformer aux règles professionnelles fondamentales.
L’instance exige en premier lieu l’interdiction totale de diffuser ou de relayer des images et des séquences vidéo en direct montrant les corps des victimes ou les blessés, que ce soit sur le lieu du drame ou au sein des structures hospitalières.
De même, elle proscrit rigoureusement toute interview ou enregistrement avec les proches des victimes, encore sous le coup du choc et de la douleur du deuil.
Le ministère appelle également à recourir exclusivement aux sources officielles et fiables pour toute information relative au bilan humain et aux circonstances de l’accident, en bannissant le sensationnalisme et la course au scoop.
Enfin, l’accent est mis sur la protection des données personnelles : les médias doivent s’abstenir de publier les noms ou identités des victimes, sauf cadre légal strict, et éviter d’avancer des causes non confirmées avant la fin des enquêtes officielles.
« Transmettre la vérité et en informer l’opinion publique est un devoir journalistique et un droit pour le citoyen. Cependant, le respect et la protection de la dignité humaine dans ses moments les plus difficiles doivent demeurer le cœur même du message médiatique », a conclu le ministère.
L’ANIRA fustige des « pratiques médiatiques choc » et menace de sanctions
De son côté, l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA) a présenté ses plus sincères condoléances aux familles touchées tout en critiquant sévèrement certains médias.
L’Autorité a vivement dénoncé des pratiques médiatiques choc émanant de certaines chaînes audiovisuelles et plateformes électroniques, qui n’ont aucun lien avec l’exercice d’un journalisme professionnel, responsable et éthique.
L’ANIRA déplore que, malgré des mesures disciplinaires antérieures lors de drames similaires, certains acteurs persistent à bafouer les règles élémentaires du respect humain en exploitant la souffrance et en posant des questions déplacées et provocatrices dans le seul but de générer de l’audience et de l’engagement.
Un rappel ferme au cadre légal
L’instance de régulation rappelle à tous les éditeurs et acteurs du numérique l’obligation de respecter strictement la loi organique n° 23-14 relative à l’information et le décret exécutif n° 24-250 du 23 juillet 2024 fixant le cahier des charges des services de communication audiovisuelle.
Elle insiste sur le fait que la liberté de la presse et le droit du public à l’information ne justifient en aucun cas la violation de la dignité humaine ou l’exploitation de la souffrance d’autrui, ajoutant que la couverture des crises exige retenue et sagesse pour ne pas transformer une tragédie en spectacle.
L’Autorité conclut son communiqué en avertissant qu’elle suivra de près les contenus diffusés et qu’elle engagera toutes les procédures légales et sanctions prévues par la loi contre tout dépassement ou manquement aux règles d’éthique de la profession.
